(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "Revue d'ethnographie et des traditions populaires"

I 

REVUE é 

(l'Ethnographie 

ET DES 

TRADITIONS POPULAIRES 



2 e ANNÉE H° 8 4 e trimestre 1921 



SOMMAIRE 



PAGES 



R. ARNAUD. — Notes sur les Montagnards Habé des cer- 
cles de Bandiagara et de Hombori (Soudan Français) 

(14 figures) 241 

R. BASSET. — Contes et légendes arabes 3 1 5 

"W. DEONNA. — A propos de bottes 319 

Bulletin bibliographique 3a 1 

Publications reçues par la Société 334 

Table des matières de la 2 e année 335 



PARIS 
SOCIÉTÉ FRANÇAISE D'ETHNOGRAPHIE 

Emile LAROSE, Libraire-éditeur 
1 1 , rue Victor-Cousin, Y" 



Société Française d'Ethnographie 

SIEGE SOCIAL : 2, RUE DE LILLE, PARIS, VU* 

(ÉCOLE DES LANGUES ORIENTALES VIVANTES) 



CONSEIL : MM. Jacques BACOT, René BASSET, Emile BLËMONT, le 
Prince BONAPARTE, Paul BOYER, le D>" Louis CAPITAN, Guillaume CAPUS, 
Paul CLAVELIN, Marcel COHEN, Henri CORDIER, G. de CRÉQUI-MONTFORT, 
Maurice DELAFOSSE, Jean DENY, Edmond DESTAING, Maurice GAUDEFROY- 
DEMOMBYNES, Arnold van GENNEP, Clément HUART, Henri HUBERT, 
Gustave JULIEN, Louis MATRUCHOT, Jacques de MORGAN, Emile NOURRY, 
le Dr Paul RIVET. 

COMMISSION DBS CENSEURS : MM. Emile BLÉMONT, Paul 
BOYER, Louis MATRUCHOT. 

BUREAU : Président, : M. Henri CORDIER. 

Vice-Présidents : MM. René BASSET et Arnold van GENNEP. 

Secrétaires de section : MM. GAUDFEROY-DEMOMBYNES 
(traditions populaires et monde islamique), Jean DENY 
et Henri HUBERT (Europe), Jacques BACOT et Clément 
HUART (Asie), Gustave JULEIN (Océanie), Marcel COHEN 
et Edmond DESTAING (Afrique), G. de CRÉQUI-MONTFORT 
et le Dr Paul RIVET (Amérique). 

Secrétaire-Archiviste : M. Paul CLAVELIN. 

Trésorier : M. Edmond DESTAING. 

Secrétaire général : M. Maurice DELAFOSSE. 



EXTRAITS DES STATUTS 

La Société Française d'Ethnographie... publie un bulletin 
périodique appelé Revue d'Ethnographie et des traditions popu- 
laires, qui donne des travaux inédits se rapportant à l'ethnogra- 
phie, à la sociologie et aux traditions populaires de tous les temps 
et de tous les pays, et une bibliographie critique des publications 
ayant trait aux mêmes sciences... La Société Française d'Ethnogra- 
phie comprend des membres effectifs et des membres adhérents... 
Est... membre effectif... toute personne ou tout établissement pré- 
senté par deux membres effectifs et agréé par la Société... qui s'en- 
gage à verser... une cotisation annuelle fixée provisoirement à 
trente francs... Cette cotisation peut être rachetée... par le verse- 
ment d'une somme de six cents francs... Est... membre adhérent... 
toute personne... qui s'engage à verser... une cotisation annuelle 
de dix francs... Tous les membres... peuvent assister aux réunions 
de la Société et consulter les ouvrages appartenant à la Bibliothè- 
que... Les membres effectifs seuls reçoivent gratuitement les publi- 
cations périodiques... Tous les membres effectifs de nationalité 
française peuvent prendre part aux délibérations de l'Assemblée 
générale et faire partie du Conseil, du Bureau et de la Commission 
des Censeurs ; ils sont les seuls à jouir de ces prérogatives. 



Notes sur les Montagnards Habé 

des cercles de Bandiagara et de Hombori 
(Soudan Français) 

par Robert ARNAUD 



I. — Habitat des Habé (1) 

Les populations habé sont établies, depuis un temps immé- 
morial (2), dans les falaises du cercle actuel de Bandiagara 
et dans celles de la partie méridionale du cercle de Hombori, 
à l'intérieur de la Boucle du Niger. Le plus grand nombre 
des villages sont installés sur les éboulis ou au sommet des 
falaises ; quelques-uns se trouvent en plaine, où les Habé se 
rencontrent avec les Houmbébé, leurs frères de sang. D'après 
le dire des montagnards, ils habitaient autrefois les fertiles 
terres à cultures du plateau nigérien. Les invasions des Peuls 
et des conquérants noirs, en particulier des Toucouleurs, les 
appauvrirent, puis les ruinèrent. Il n'y avait aucune soli- 
darité d'intérêts entre les villages, qui, enlevés l'un après 
l'autre, fournissaient aux pillards un fructueux butin de 
captifs. Pour échapper à une destruction totale, la plupart des 

(1) Le nom de Habé, usuellement donné par les Européens aux populations 
dont il est question dans ces notes, est un mot peul, qui fait au singulier Kado 
et qui est appliqué par les Peuls à tous les peuples de race noire en général et 
principalement aux autochtones des pays dans lesquels eux-mêmes se sont 
établis. C'est ainsi que les Peuls du Massina appellent Habé les montagnards 
dont il s'agit ici et que les Peuls du Gober appellent également Habé les Haoussa 
au milieu desquels ils vivent. Ces populations des falaises des cercles de Bandia- 
gara et de Hombori sont désignées par les Bambara sous le terme de Tombo, 
qui semble être aussi une appellation étrangère. Elles se dénomment elles-mêmes 
Dognn, Dogono ou Dogom et, à Tabi, Toro. 

(2) Elles se prétendent même autochtones et la tradition a conservé la 
mémoire des cavernes d'où la race est issue. Toutefois, beaucoup de Habé 
déclarent être originaires du Manding, tout en affirmant que leurs ancêtres 
trouvèrent dans la région des falaises, lorsqu'ils vinrent s'y installer, une vieille 
population avec laquelle ils se mélangèrent peu à peu et dont on trouverait 
encore quelques traces à peu près pures dans le canton de Tintam. On pourrait 
déduire de cela que les Habé actuels proviennent d'unions entre des envahis- 
seurs d'origine mandingue et des autochtones appartenant à un autre rameau. 

ETHNOGRAPHIE 16 



242 



ROBERT ARNAUD 



Habé gagnèrent les falaises et y opposèrent, admirablement 
protégés par la nature du terrain, une résistance victorieuse 
à leurs ennemis. Ceux qui ne voulurent pas abandonner 
leurs champs se résignèrent à se soumettre et devinrent les 
serfs ou rimaïbé des Peuls. 

Les montagnards prirent, à l'occasion, l'offensive et descen- 
dirent souvent en plaine, avant notre arrivée, pour enlever 
aux Peuls des troupeaux et des esclaves et pour incendier 
leurs campements. Les Peuls essayèrent vainement de forcer 
les Habé dans leurs repaires (1). 

Il fallut la paix française pour mettre fin à des luttes qui 
menaçaient de s'éterniser entre les deux races. 

Celles-ci vivent encore côte à côte, les Peuls dans le bas 
pays, les Habé sur les escarpements. Plus civilisés, musul- 
mans convaincus, les Peuls se considèrent comme d'une intel- 
lectualité supérieure à celle de leurs voisins, fétichistes endur- 
cis ; les Habé, laborieux cultivateurs, échangent volontiers 
leurs produits contre le bétail des Peuls. La langue de ceux-ci 
est même adoptée comme truchement commun entre les 
villages qui ne parlent pas le même dialecte. Tous les Habé 
comprennent le peul, tandis qu'il n'est sans doute pas un 
Peul qui connaisse un idiome de la montagne. 

Partout vivant à proximité des Peuls, les Habé, à l'Est, sont 
mélangés aux Songoï et, à l'Ouest, aux Bobo, aux Bambara 
et aux Marka. 

Les villages de Tabi, Taga et Toupéré, dans le cercle de 

Hombori, seraient les derniers villages habé dans la direction 

de l'Est (2). 

* 
* * 

IL — Coutumes et croyances diverses 

Imposition du nom. — Une huitaine de jours après la nais- 
sance, l'homme le plus vieux de la famille présent au village 
impose un nom à l'enfant ; celui-ci reçoit le nom d'un ancêtre 
mort, ou, s'il s'agit d'une fille, d'une aïeule morte ; jamais on 
ne lui donne le nom d'une personne vivante. 

(1) « La dernière de ces expéditions, dirigée (contre Bargué) par le chef de 
Nerientza, Amadou Cissé, se termina par un désastre pour les assaillants (1890)». 
(Rapport de M. Terrier, adjoint des affaires indigènes, du 4 septembre 1907). 

(2) Le recensement effectué en 1921 a donné pour les habitants de race habé 
du cercle de Bandiagara le chiffre de 76.862 individus, dont 43.109 dans la subdi- 
vision de Bandiagara, 10.275 dans celle de Douentza et 23.478 dans celle de 
Sangha. Il convient d'ajouter à ce total environ 5.000 Habé établis dans le 
cercle de Hombori. Ces derniers habitent dans les cantons de Boni et du Sar- 
nièré et dans les villages de Tabi, Taga et Toupéré. Ceux du cercle de Bandiagara 
se rencontrent principalement dans la falaise du Gandamia (canton du Oualo 



NOTES SUK LES MONTAGNARDS HABK 243 

Le rasement de tête (kouh-kah, de kouh « tête », kah 
« raser » ). — On ne rase la tête d'un enfant que trois ans 
après sa naissance, dans le canton de Téménéré (cercle de 
Bandiagara). Dans la falaise de Douentza, le premier rase- 
ment de la tête est pratiqué sur les enfants vers l'âge de 4, 6 ou 
8 mois, selon les villages et la coutume de chaque famille. 
En général, il n'y est jamais procédé tant que l'enfant est 
incapable de se tenir assis à terre sans aide. 

Du jour où l'enfant peut se tenir assis, il passe dans la caté- 
gorie des « petits-grands », qui ne sortent de cette catégorie 
que par la circoncision. 

Le premier rasement de tête autorise le mari à avoir à 
nouveau des rapports sexuels avec sa femme. 

La circoncision (sendi-you). — Elle est opérée par un vieux 
forgeron qui porte le nom de kékénendou, dans tout le pays 
habé. 

Elle s'opère avec une petite hache de fer, longue comme 
le doigt. Elle a lieu pendant la saison froide ; on ne circoncit 
que les enfants du village ; ce sont les vieux qui fixent le 
jour de l'opération. Quelques jours avant la cérémonie, les 
jeunes gens à circoncire vont mendier sur une route passante, 
près du village. A cette occasion, il y a un grand « tamtam », 
qui dure une nuit entière ; il est procédé à la circoncision le 
lendemain matin. Les enfants ont de sept à dix ans. L'opé- 
ration terminée, on oblige les opérés à manger beaucoup ; 
même s'ils sont dégoûtés de la nourriture, il faut qu'ils man- 
gent quand même, sinon ils sont battus. L'alimentation qu'on 
leur fournit est choisie et délicate. 

La cérémonie s'accomplit dans une case de paille bâtie pour 
la circonstance, en dehors du village. Tant que la guérison 
n'est pas complète, c'est-à-dire durant quinze à vingt jours, 
les enfants habitent cette case dans la journée ; ils ne rega- 
gnent le village, chaque jour, qu'à la tombée de la nuit. Les 
femmes ne doivent pas les rencontrer ; un gardien précède la 
théorie des circoncis et écarte les femmes de leur passage. 

Au bout de huit jours, les circoncis sortent du village et 
vont, une baguette à la main, se promener dans les champs ; 
ils ont le droit de saisir les poulets qu'ils rencontrent. 

principalement) et dans les cantons de Nadiomba, Tédié, Tégné, Dianvéli, 
Bamba, Gondo-Séno, Ningari, Dé, Kani-Gogouna, Nandouli, Dakol-Ibi, 
Dakol-Iréli, Sangha Kamari-Lélou, Guimini, Endé, Séno-Tengourouri, Tibiri, 
Arou, Barassara, Téménéré, Séno-Tendéli, Séno-Togol, Séno-Bankass, Korokiri, 
Dinangourou, Yoroguiri, Kassa, Ouakarana, Yanda, Piniéré-Makou, Piniéré- 
Tougoumé, Dogani, Douléri-Sanabéri, Douléri-Sissongo, Ouassabari-Ourouri- 
Sare, Ouassabari-Oudougou, Ouassabari-Amala, Météridjé, Kabadjé, Bon- 
goudjé, et dans quelques villages indépendants. 



244 



ROBERT ARNAUD 



Les filles sont excisées par une forgeronne ; jusqu'à leur 
guérison, elles ne quittent pas la case spéciale qui a été cons- 
truite pour elles dans le village (cantons de Sangha et de 
Téménéré). L'excision se nomme koli-sendi-you. 

Dans la montagne de Tabi, la circoncision est opérée en 
novembre ou décembre par le kékénendou ; elle porte le nom 
de pérou et se fait hors de la vue des femmes, qui ne doivent à 
aucun moment apercevoir les circoncis. 

Les Habé de la montagne de Tabi n'excisent pas les filles, 
non plus que ceux de la subdivision de Douentza, sauf dans 
le canton de Nadioumba, où la proximité de groupements 
peuls a fait adopter aux Habé cette coutume. Dans la subdi- 
vision de Bandiagara, l'excision n'est guère, pour la même 
raison, pratiquée que dans le canton de Bamba. 

Albinos. — Dans la falaise de Douentza, l'albinos est 
considéré comme ntébano « presque blanc » (appellation 
identique en peul). Dans la famille, il est préféré aux autres 
enfants (esk'ho), car il apporte le bonheur dans la maison, et il 
va au travail plus tard que ses frères ou sœurs. On le surnomme 
konna-élé-bono (porte-bonheur). 

Dans la région de Sangha, l'albinos est désigné sous le 
nom d'indé-diabia ; aucune croyance particulière n'existe 
à son sujet. 

Loucheux. — Les loucheux portent le nom de guiré-bambou 
dans le dialecte de Sangha. Aucune prévention à leur sujet. 

Borgnes. — Le borgne est mal considéré chez les Habé ; 
on ne le fréquente pas ; il lui est interdit de manger et de boire 
en compagnie d'hommes qui ont leurs deux yeux ; ils ne peu- 
vent épouser que des borgnesses. On se prive de leur concours 
en temps de guerre ; en effet, ils possèdent des gris-gris tels 
qu'ils ne sont jamais touchés par les balles ; celles-ci, au lieu 
de les atteindre, vont frapper leurs voisins. 

Jumeaux. — Té signifie « jumeau » en habé de Sangha 
(fille jumelle, ya-té; garçon jumeau, en* -te). Les jumeaux sont 
traités comme les autres enfants. 

Bâtard. — On l'appelle en habé de Sangha yo-ba-sé-lé (yo 
« enfant », ba « père », se « avoir », lé « négation »). Il n'est 
l'objet d'aucune prévention. 

Enfant posthume. — On le nomme en habé de Sangha 
tem'bel, « celui qui n'a pas connu son père ». Aucune croyance 
à son sujet. 

Éternuement (ességuélé). — Dans la falaise de Douentza, 



NOTES SUR LES MONTAGNARDS II AliK 245 

il est considéré comme un signe de santé par les Habé, qui 
prétendent que l'individu malade n'éternue jamais. 

Le mariage ou polo (canton de Téménéré). — Le fiancé 
n'achète pas sa femme ; il ne lui constitue pas de dot. Il 
apporte, chez ses futurs beaux-parents, une charge de bois, 
bien faite, liée avec art, et leur annonce ainsi ses intentions ; 
puis, au début de l'hivernage, il convoque ses amis et va avec 
eux cultiver l'un des champs de son futur beau-père, à qui 
il envoie, en présent, une ou plusieurs charges de mil. S'il est 
agréé, les vieillards des deux familles conviennent du jour 
de la noce. 

La femme est libre de quitter à sa convenance le domicile 
conjugal et d'abandonner son mari, voire même le lendemain 
du mariage. 

Les Habé ne tiennent nullement à la virginité de celle 
qu'ils épousent. Jadis, une femme ne pouvait trouver d'époux 
que si elle avait d'abord eu un enfant ; quand elle se mariait, 
elle laissait cet enfant chez sa mère, et cet enfant était sa 
propriété. 

Une fois qu'elle était mariée et mère pour la seconde fois, 
l'enfant né du mariage appartenait au mari ; celui-ci, si sa 
femme le quittait, conservait le droit de reprendre son enfant 
au bout de sept ans. 

Dans plusieurs parties de la falaise, ces dernières coutumes 
commencent, sous l'influence musulmane, à tomber en désué- 
tude. A Tabi, il semble que, sous l'influence musulmane, 
une dot soit versée par le fiancé. 

Le serment ou bini (Téménéré). — Le serment se prête dans 
l'enceinte sacrée (1) ; un vieillard mêle dans un vase diverses 
substances rituelles ; il prévient les parties que celle qui 
prêtera un faux serment mourra ; pendant que les intéressés 
boivent, deux vieillards indiquent le délai dans lequel mourra 
le faux témoignant. Celui qui meurt dans ce délai est considéré 
comme ayant commis un grand crime ; ses biens et sa famille 
sont saisis et dévolus en toute propriété au chef religieux 
(hogon) ; celui-ci d'ailleurs n'intervient pas autrement dans 
l'affaire. 

L'héritage ou béri (signifie : l'ensemble des biens). 

A. Cantons de Sangha et de Téménéré. — Si le défunt a 
des frères de même père et de même mère que lui, l'aîné de 
ces frères devient chef de sa case ; les biens, maison, objets 
divers, cultures, lui sont dévolus, de même que les femmes 

(1) A Ibissa, cette enceinte sacrée porte le nom de Sana-Golia. 



246 ROBERT ARNAUD 

et les enfants du de cujus. Toutefois, les femmes peuvent 
s'en aller, si elles le désirent, et retourner dans leur propre 
famille en emportant leurs biens propres. Mais les enfants 
demeurent la propriété de leur oncle. 

Si le défunt n'a pas de frères, c'est son fils aîné qui, dans les 
conditions précitées, devient chef de case. 

Si le défunt a un fils et un demi-frère, l'héritage appartient 
au fils. 

S'il n'a qu'un demi-frère, l'héritage n'est dévolu à ce dernier 
qu'au cas où il a toujours vécu avec le défunt. 

S'il n'a qu'une sœur, celle-ci n'hérite pas ; on cherche dans 
la famille le parent mâle le plus rapproché, et il devient chef 
de case. 

S'il n'a que des filles, celles-ci n'héritent pas ; on cherche 
de même dans la famille le parent mâle le plus rapproché, 
qui devient chef de case. 

B. Montagne de Tabi. — Le défunt laisse des biens meubles 
et des immeubles : les premiers comprennent le bétail, les 
bandes de coton, les grains, les chevaux, les objets divers ; 
les seconds comprennent maisons et cultures. 

Les meubles passent en totalité au fils aîné de la sœur 
aînée du défunt ; si le de cujus laisse des enfants, l'héritier 
doit leur donner à chacun la nourriture d'un an ; toutefois ce 
viatique ne sera point remis à une fille mariée. 

Si la sœur aînée n'a que des filles, la fille aînée de celle-ci 
hérite, au même titre qu'un garçon, des biens meubles du 
de cujus. Si elle a des filles et un garçon, c'est toujours à 
celui-ci que cette succession est dévolue. 

S'il n'existe pas d'enfants de sœur, l'héritage entier, aussi 
bien meubles qu'immeubles, est dévolu à l'aîné des fils du 
défunt. Celui-ci, devenu chef de case, acquiert les droits les 
plus étendus sur les membres de la famille ; il peut en disposer 
comme il l'entend, et même les vendre comme captifs. 

Quand l'héritier est le fils de la sœur aînée, il n'a droit qu'aux 
biens meubles et non aux personnes et aux immeubles. 

Exemple : Amadou Seïdou a une femme, Diko Boï, sœur de 
Yéro Boubou, et Diko Boï lui a donné un fils, Djibrila. Yéro 
Boubou, à l'heure actuelle, est chef de case ; il est donc le 
maître des enfants de sa sœur ; à ce titre, il contraint Djibrila 
à s'engager. Quand Yéro Boubou mourra, ses biens meubles 
seront dévolus à Djibrila, qui donnera au fils de Yéro Boubou 
la nourriture d'un an. De son coté, Amadou Seïdou nourrit et 
entretient Djibrila, qui, en revanche, doit travailler pour lui ; 
mais, seul, Yéro Boubou dispose de la personne de Djibrila, 
dont il peut à sa guise aliéner la liberté. Amadou Seïdou, lui, 



NOTES SUR LES MONTAGNARDS HAHÉ 2\1 

a droit sur les enfants de sa sœur, dont le fils aîné héritera de 
ses biens meubles. 

Toutefois, si Amadou Seïdou est riche et que Yéro Boubou 
soit pauvre, Amadou Seïdou n'est nullement obligé par la 
coutume de nourrir et d'entretenir Yéro Boubou et sa famille ; 
en outre, Yéro Boubou, à cause de sa pauvreté, perd tout 
droit sur ses neveux. 

Si Y'éro Boubou est riche et qu'Amadou Seïdou soit pauvre, 
le premier n'est nullement obligé de nourrir le second. 

Les biens immobiliers (maison et cultures) sont dévolus 
au fils aîné du défunt. En ce qui concerne les champs, il y a 
lieu cependant de faire une distinction : s'ils sont venus au 
de cujus de sa sœur, ils retourneront aux héritiers de celle-ci ; 
s'ils viennent du père du de cujus, ils sont attribués au fils 
de ce dernier ; donc, dans un héritage, on classera les immeu- 
bles d'après leur origine : les uns iront aux collatéraux, les 
autres à la ligne directe. 

Si le de cujus ne laisse qu'une fille, celle-ci hérite des cul- 
tures ; si elle est mariée, son mari n'a que l'usufruit du champ 
dont elle conservera la nue propriété. A la mort de cette héri- 
tière, le champ passera à son enfant, et non à l'enfant de la 
sœur aînée. 

Donations ou legs modifient cependant ces principes, qui 
ne s'appliquent, dans leur intégralité, qu'aux intestats. 

En effet, un père, pendant sa vie, peut donner en toute 
propriété tout ou partie de ses biens meubles à son fils ou à 
une autre personne. Il peut également appeler l'héritier 
collatéral et lui ordonner telle ou telle libéralité en faveur 
d'un tiers. Ces dispositions doivent être prises en présence 
de témoins mâles, autant que possible des vieillards ; car 
l'héritier régulier s'efforce toujours, à la mort du testateur, 
d'échapper à ses obligations. 

Les filles peuvent recevoir des donations de cultures ; des 
donations de ce genre se font à l'occasion, par exemple, de 
l'imposition du nom à l'enfant ; le champ devient en pareil 
cas la propriété définitive de la fille, même s'il provient d'un 
héritage du côté de la sœur du donateur ; la ligne collatérale, 
en ce cas, perd tous ses droits éventuels au champ. 

Une donation de ce genre peut se faire aussi à l'occasion du 
mariage de la fille. 

Le veuve, à son choix, demeure dans la famille de son mari, 
ou s'installe chez un de ses enfants, ou retourne dans sa 
famille. 

De la propriété. — A. Dans les cantons de Sangha et de 
Téménéré, les biens qui viennent, d'une femme vont aux 



248 ROBERT ARNAUD 

femmes. Les biens de la famille sont, en principe, inalié- 
nables ; le chef de famille en a la possession, non la propriété ; 
celle-ci appartient à la famille entière. C'est pourquoi l'homme 
qui veut léguer un objet quelconque à un étranger doit le 
faire en présence de témoins sûrs, autant que possible de 
membres de sa famille, dont le consentement lui est pour 
ainsi dire nécessaire, ou de notables du village. Sinon l'exis- 
tence du legs sera contestée par l'héritier légitime. Une dona- 
tion n'est valable que faite en présence des notables ; si elle 
est faite par une femme à une autre femme, sa fille par exem- 
ple, la présence des femmes de la famille de la donatrive est 
requise. En cas de contestation au sujet d'une propriété, les 
vieux du village sont arbitres. 

Si une femme veut cultiver un champ à son bénéfice parti- 
culier, elle doit en demander la concession au chef de la 
famille, et celui-ci ne peut donner suite à cette requête qu'avec 
le consentement de la famille entière ; ce consentement com- 
porte transfert de possession ; nul ne peut plus retirer le champ 
à la bénéficiaire. 

Il y a autant de « maîtres de la terre », dans un village, 
qu'il y a de vieilles familles. Si un étranger désire cultiver 
de la terre dépendant d'une de ces familles, il doit s'adresser 
directement au chef de famille, et obtenir l'assentiment de la 
famille assemblée. Cet assentiment obtenu, il paiera au chef 
de famille une location annuelle équivalant en général au 
dixième des produits du sol. 

Le chef de famille ne peut aliéner un champ qu'avec l'assen- 
timent de la famille entière. 

Il n'existe pas de prescription en matière de propriété 
immobilière. 

Il n'y a pas de champ spécial au chef de village. 

B. Dans la montagne de Tabi, chaque chef de famille est 
propriétaire de son champ, dont il peut disposer à sa guise 
et qu'il peut même aliéner avec l'assentiment des membres 
de sa famille, sans qu'il lui soit besoin de l'autorisation du 
chef de village. 

Quand la femme est propriétaire d'un champ, le mari n'a 
aucun droit sur lui ; seul, l'un des frères de la femme pourrait 
aliéner,' en cas de nécessité, ce champ ; non seulement son 
frère aîné, mais n'importe lequel de ses frères. 

Il n'y a pas de prescription en matière de propriété fon- 
cière. 

Le chef de village a un champ qui lui est réservé, et qui se 
transmet de chef en chef. 

Le meurtre (niri 'gué-dana dans le canton de Téménéré : 



NOTES SUR LES MONTAGNARDS HA HÉ 249 

nin'gué « homme », dana ou dané a tuer » ; noumou-ouoo dans 
la montagne de Tabi). — La peine de mort, en dehors des cas 
de protection magique contre les maléficients, n'existe pas 
chez les Habé. 

Le meurtrier est banni du village pour trois ou quatre ans ; 
il est considéré comme mort par ses proches et par ses contri- 
bules. Pendant son exil, ses parents s'emparent de ses terres 
et de ses biens, dont ils prennent soin. Ce laps de temps 
écoulé, ils vont le chercher, et il rentre au village en tenant 
la queue d'un bœuf noir ; on dit alors que c'est le bœuf qui 
le ramène, et que l'homme a ressuscité d'entre les morts. 
Quand le cortège a pénétré dans le village, le bœuf est tué, et 
les parents du meurtrier tuent aussi moutons, chèvres et 
poules ; l'homme ramené doit être porteur d'un morceau de 
sel et d'une couverture à fines rayures bleues sur fond blanc, 
de celles qu'on emploie d'ordinaire comme linceuls. Le sel 
sert à saler la viande du festin ; la couverture est remise en 
présent aux parents de la victime. 

On cherche ensuite une fille non mariée dans la famille du 
meurtrier ; on la donne en mariage à un parent de la victime ; 
le premier enfant qui naîtra de cette union recevra le nom 
de la victime. Alors le passé est aboli ; les choses sont en effet 
considérées comme remises en état ; la victime est considérée 
comme ayant réapparu, puisque son nom se trouve toujours 
exister. Chez les Habé, en effet, l'être qui meurt est toujours 
remplacé par un être qui porte son nom. Si un enfant vient à 
mourir, l'enfant suivant recevra son nom. 

Dans le cas visé ci-dessus, la fille que l'on marie ne peut 
quitter son époux qu'après lui avoir donné l'enfant de la 
réparation. 

Le vol (gou ; le voleur : gou n > goni en dialecte de Téménéré ; 
voleur : gouïnou en dialecte de Tabi). — Le vol est un crime 
très grave, entre Habé ; il est puni par le hogon ; le voleur, 
arrêté, est mis aux fers ; le hogon s'empare de tous ses biens, 
de sa femme, de ses enfants et les vend, s'il le veut, comme 
captifs. Le vol était autrefois très rare. 

Les faux-témoins (kart gué-nguémé, témoins de mensonge) 
sont punis comme les voleurs. 

Le viol (panga en dialecte de Téménéré). — La famille de 
la victime se plaint au hogon ; celui-ci convoque le coupable 
et les témoins ; si le fait est établi, le hogon met le coupable 
aux fers et s'empare de ses biens et de toute sa famille, dont 
il dispose à son gré. 

Le hogon. — Le hogon est le chef religieux et sacré d'un 
groupe, chez les Habé. 



250 ROBERT ARNAUD 

Il est choisi parmi les représentants des familles les plus 
considérées et les plus anciennes du groupe. Ce sont les nota- 
bles, c'est-à-dire les vieillards, qui procèdent à ce choix. Il 
n'est pas désigné aussitôt après la mort de son prédécesseur ; 
un laps de temps de deux ou trois ans s'écoule entre ce décès et 
l'élection ; le fils du précédent hogon, s'il en a un, peut, le 
cas échéant, assurer l'intérim du hogon décédé, dont la mort 
n'est pas annoncée à la population. De nombreuses réunions 
se tiennent entre les vieillards ; ceux-ci portent leur suffrage 
sur le candidat qui leur paraît posséder des facultés supra- 
normales, le mettant avec facilité en relations avec le monde 
invisible ; un collier composé de trois boules, provenant d'un 
tombeau très ancien, est par leurs soins caché dans la brousse ; 
celui des candidats qui, après s'être mis en état d'extase, 
voit l'endroit où est le collier et va le chercher, est agréé 
comme hogon. 

Le hogon est considéré comme ne faisant plus partie des 
hommes. Il est soumis à quantité d'interdits. Il reçoit et 
doit porter les insignes de ses fonctions, et, en particulier 
doit porter le bonnet de son prédécesseur. Ce bonnet est de 
couleur rouge. Il est le seul, dans le pays, à avoir le droit de 
porter un bonnet de cette couleur. 

Il a en principe droit de vie et de mort sur les Habé ; il ne 
l'exerce guère à cause de notre présence. Toutefois, il ordonne, 
au moins une fois par an, avant les semailles, la capture et 
le sacrifice, devant lui, d'une victime humaine que l'on a 
surprise dans la brousse. 

Ce sacrifice rituel a lieu avant l'hivernage et a pour but 
d'assurer des pluies abondantes, et, par conséquent, une 
bonne récolte ; les vieillards et le hogon délibèrent en secret au 
sujet de la date de la fête et du choix de la victime ; à Ibissa, 
celle-ci est toujours un Peul ; ailleurs, on enlève soit un homme, 
soit une femme, soit un enfant, ou l'on achète à une femme 
son enfant, qu'on lui paie jusqu'à cent mille cauries (1). 

A la date fixée, on se réunit dans la case du hogon ; celui-ci 
égorge la victime, que les assistants tiennent par les bras et 
par les jambes, de façon que le sang arrose l'autel en forme de 
ccne, nommé binon ou toro, sur lequel se font les sacrifices. 
Puis la victime est coupée en morceaux ; sa chair est mélangée 
à de la chair de chèvre ou de mouton ; on fait cuire ces viandes 

(1) En 1920, la victime, dans la région de Sangha, fut le frère d'un garde 
de cercle de race habé ; cet homme était un simple d'esprit ; il disparut un beau 
jour ; les recherches pour le retrouver furent infructueuses ; il est d'ailleurs 
interdit aux gens de parler de ces sortes d'affaires ; le garde lui-même connais- 
sait le sort qui avait été réservé à son frère ; il mit une répugnance évidente à 
procéder à une enquête qui demeura infructueuse. Toutefois, il est de notoriété 
publique que le malheureux a été tué et mangé rituellement. 



NOTES SUH LES MONTAGNARDS BABÉ 



251 




Fig. 1. — Vase sacré d'un hogon de Togo, canton de Bamba, 
représenté au 1/6 de sa grandeur. 

Fig. 2. — Vase sacré d'un hogon des environs de Bangui, d'après 
un dessin de M. Laroux, chef de la subdivision.de Douentza. 



252 ROBERT ARNAUD 

et on les place dans un grand vase de bois (fig. 1 et 2). Le 
hogon s'en approche le premier ; en tournant le dos au vase, 
il y plonge la main, saisit un morceau au hasard, et, sans le 
regarder, le porte à sa bouche et le mange ; chacun des assis- 
tants s'approche du vase à son tour, et fait comme le hogon. 

On procède alors à des libations très abondantes de dolo, 
(bière de mil), qui sont accompagnées des danses sacrées 
des masques ou nabadié. La fête dure un jour au moins ; 
quand les vieux parlent de la célébrer, chacun, dans le pays, 
sait ce que cela signifie : il y aura sacrifice humain. 

Le hogon a des pouvoirs judiciaires étendus ; il possède 
plusieurs bâtons. Lorsque deux hommes se querellent dans 
le pays, il n'a, pour arrêter à l'instant la dispute, qu'à envoyer 
déposer un de ces bâtons à la porte des intéressés ; la querelle 
s'arrête à l'instant. 

La maison du hogon s'appelle hon' gon' -tila-ilo en dialecte 
de Tabi, c'est-à-dire « maison (ilo) des gris-gris (tila) du 
hogon (hon'gon en dialecte de Tabi) » . 

« Marié, le hogon conservera ses femmes ; veuf, il ne doit 
« plus contracter d'union. Aucun Habé ne doit pénétrer 
« dans sa case ; lui-même n'entre jamais dans les autres 
« habitations (exception faite de celles de ses femmes) ; la 
« nourriture lui est apportée par une jeune fille vierge, qui 
« prend également soin de la propreté du logis. Aux époques 
« mensuelles de ses indispositions, cette jeune fille est rem- 
« placée dans ses fonctions par une de ses compagnes, géaé- 
« ralement celle qui lui succédera quand elle-même sera mariée. 

« Quand le hogon sort de sa case, son fils, ou, s'il n'en a 
a pas, son neveu, a seul le droit de porter la natte sur laquelle 
« il doit s'asseoir. S'appuyant sur un bâton noueux, il est 
« couvert de gris-gris et sa peau est frottée d'huile d'ara- 
« chide. L'extérieur de sa case est orné de nombreux ex-voto 
« (crânes d'animaux, cornes, etc.). Après la mort d'un hogon, 
« ses veuves ne se remarient pas. 

« Aucun montagnard ne passe devant le hogon sans se 
« découvrir et répéter une vingtaine de fois le mot naha 
« (seigneur ?). 

« Le hogon de Bargué procède pour ses invocations (au 
« génie de la pluie) à des sacrifices de poulets et de chèvres 
« sur un aérolithe (1) de la grosseur du poing, tombé sur la 
« montagne de Dio (2). 

« Après chaque tornade, la pierre se trouvant lavée du 

(1) Ou, plus exactement, sur une pierre de l'âge de la pierre polie, qualifiée 
d'aérolithe et appelée « pierre du ciel » par les Habé. 

(2) Lisez « trouvé sur la montagne de Dio. » 



NOTES SUR LES MONTAGNARDS llABÉ 25:> 

« sang qui la souille, il doit être procédé sans retard à de 
« nouveaux sacrifices, faute de quoi elle reprendrait sa route 
« dans l'espace, privant à jamais les Habé de sa protection 
« et de la grande influence qu'elle possède sur le génie de 
« la pluie. » (Terrier, adj. des A. I., Renseignements généraux 
sur la région de Bargué-Kaza, 4 sept. 1907 ; inédit). 

Le hogon ne doit plus, depuis qu'il est entré en fonctions, 
toucher la terre de ses pieds nus ; il porte toujours des san- 
dales. 

J'ajoute qu'en 1920, le hogon d'Amba porta plainte à 
M. Portes, administrateur de Bandiagara, contre un mara- 
bout qui, établi depuis de longues années dans son village, 
avait converti plusieurs Habé à l'islam. Certains néophytes, 
étant morts, avaient été enterrés en conformité de la loi 
musulmane et non selon la coutume des Habé. A cette infrac- 
tion aux usages, le hogon attribuait la sécheresse dont avaient 
souffert les gens de son canton. 

Parlant du hogon, Desplagnes écrit {Le plateau central 
nigérien, page 275) : « Le titre de ces chefs religieux est bougho 
ou houghon, nom qui signifie le feu ou la chaleur du feu. » 
Cet auteur a fait erreur ; la chaleur du feu se dit ougho et 
non bougho. Quant à pougho (et non bougho), titre donné 
parfois au hogon, il désignerait, comme ce dernier mot, 
l'homme aux pouvoirs magiques qui fait les sacrifices (1). 

Voici la liste des villages où, en 1921, se trouvent des hogon : 
Dollo, Kani-Bonzon, Garo-Do et Niomdé (canton du Séno- 
Tengourouri) ; Endé et Kani-Kombolé (canton d'Endé) ; 
Omonia (canton de Ouassabari-Amala) ; Diam (canton 
d'Arou) ; Ouakarana, où se trouvent deux hogon (canton 
de même nom) ; Arou et Amba, villages indépendants, 
c'est-à-dire ne faisant pas partie d'un canton ; Ibi (canton du 
Dakol-Ibi) ; Iréli, Idiélina et Téréli (canton du Dakol-Iréli) ; 
Nombori, Tendéli et Ouol-Maoundé (canton du Kamari) ; 
Komboro-Kégné et Bendimana (canton du Séno-Tendéli) ; 
Lessagou (canton du Tibiri) ; Kono (canton de Kassa) ; 
Ogoloudô (canton ou groupe de Sangha) ; Ogoténé (canton du 
Séno-Bankass) ; Doundé (canton de Tédié) ; Ogodiamba 
(canton du Tégné). 

Dans les villages suivants, les *hogon n'étaient pas encore 

(1) Parmi les nombreuses inexactitudes qui se rencontrent dans l'ouvrage de 
Desplagnes, on peut signaler l'interprétation donnée, page 217, au nom — ortho- 
graphié hanna gara — que porte « le vieillard le plus Agé de chaque village 
rouge (sic) >> ; auna gara signifie simplement « l'ancien (gara) du village (anna) ». 
De même, page 191, Desplagnes prétend que le chef militaire porte, chez les 
Habé, le titre de koron-doua, qu'il traduit par » aigle rouge », tandis que koron- 
doua est une expression bambara servant a désigner le « vautour » et une sorte 
de bouffon dans certaines cérémonies. 



254 ROBERT ARNAUD 

remplacés en février 1921 : Pesséma (canton de Bamba-dô) ; 
Déguéré (canton de Bamba-leï) ; Oudougou-Timbi, Dimbi 
et Guinakanda (canton de Ouassabari-Oudougou) ; Gongoro- 
Gorou (canton de Guimini) ; Sougui (canton de Ningari) et 
Ogourou-leï (canton ou groupe de Sangha) (1). 

Les chefs laïques. — Ils n'ont pour ainsi dire aucun pouvoir 
effectif ; celui-ci est accaparé par le hogon. 

Le chef de village est toujours choisi dans la même famille, 
celle que l'on considère comme la plus ancienne. A sa mort, 
il est remplacé par celui de ses frères qui vient immédiate- 
ment après lui, de même père et de même mère ; s'il n'a que 
des demi-frères, les notables choisissent parmi ceux-ci, sans 
s'arrêter à l'ordre de primogéniture. S'il ne laisse ni frère, ni 
demi-frère, son fils lui succédera, à condition qu'il soit adulte ; 
s'il est encore enfant, le fils sera remplacé par son oncle pater- 
nel, qui restera chef jusqu'à sa mort, et aura alors pour héri- 
tier à la tête du village son neveu. Le chef de village porte une 
canne comme insigne de ses fonctions (fig. 3). 

Le chef de canton a été imposé par les Peuls et les Toucou- 
leurs aux Habé ; nous l'avons maintenu ; il est, au cas où il 
meurt, remplacé dans les mêmes conditions que le chef de 
village ; ce sont les chefs de village qui désignent l'héritier 
légitime. 

A Tabi, chaque chef de famille donnait tous les ans au 
chef de village cinq à six paquets ou paniers de mil pour les 
menus frais de réception, etc; 

Les pierres sacrées. — Tous les ustensiles de l'époque de la 
pierre polie sont ramassés et vénérés par les Habé, qui croient 
qu'ils sont envoyés par anou, l'orage, pour fendre les arbres 
et témoigner ainsi sa puissance. Ces pierres portent le nom, 
dans la falaise de Tabi, de ani-noumo-touo « pierre des hommes 
du ciel » ou de dzina-touo « pierre de la pluie ». 

A Tabi, je découvris, dans la falaise, une pierre oblongue, 
ayant 50 cent, de longueur sur m ,08 de petit diamètre, 
parfaitement arrondie et polie. Je crus d'abord qu'il s'agis- 
sait d'une pierre à écraser le grain ; je la montrai à un habitant 
de Tabi, qui me dit : « Non, cette pierre n'est pas destinée à 
l'usage que tu crois ; on en trouve parfois dans la falaise, 
après un orage ; nous appelons cette pierre sao ; elle est 
envoyée par le tonnerre ; l'homme qui veut faire tomber la 
pluie prend plusieurs de ces pierres ; il les range en ligne, 
les inclinant du côté de l'Orient, d'où viennent les tornades ; 

(1) Voir, à la fin de cette notice, en annexe complémentaire, des notes de 
M. l'administrateur Marzin sur le hogon et son entourage. (N. D. L. R.). 



NOTES SUR LES MONTAGNARDS HAIiK 255 

après quoi il enduit les sao d'un certain liniment, composé 
de miel et d'ingrédients que j'ignore, car ce sont seulement 
les grands féticheurs qui les connaissent ; puis il verse un peu 
de ces ingrédients (sans le miel) dans le creux de sa main, et 
souffle la poussière dans la direction de la tornade : la pluie 
tombera, c'est fatal, dans la journée. C'est Amma qui taille 
ces pierres dans le ciel ; il les précipite contre les montagnes, 
et brise, grâce à elles, les plus gros rochers. Quand l'opé- 
rateur a terminé, il range avec soin, au fond d'un vase spécial, 
dans un endroit secret de sa case, les sao. » Tous les Habé 
partagent cette croyance. 

Pierres de lune. — Dans le canton de Nandouli, à 24 kilo- 
mètres de Bandiagara, les Habé accordent une certaine 
croyance et un certain pouvoir à des pierres qu'ils prétendent 
être tombés du ciel (de la lune). Ces pierres, placées dans les 
arbres, sur les fourches des branches, ne doivent plus être 
touchées sous peine de malheurs prochains dans la famille de 
celui qui les touche. Celui qui trouve une de ces pierres sur 
le sol doit la placer lui-même sur un arbre et est ainsi assuré 
des plus grandes joies. 

Ces pierres, de la grosseur d'une orange ou d'un gros œuf, 
sont très légères et affectent un peu la forme des galets roulés 
par les eaux. (Renseignement donné par M. Pal, ancien rési- 
dent de Sangha). 

Le Ciel et la Terre. — Dans la croyance des Habé, le Ciel 
(Ana-Kala) est solide ; Amma ou Amba est le chef ou dieu du 
Ciel. Amba désigne aussi l'autel où l'on sacrifie à cette divi- 
nité, lequel est nommé amba dans le canton de Dondori, amma 
dans la plaine et ammo par les Houmbébé. Cet autel est à 
trois pointes. 

Dans la falaise du Gandamia, en particulier entre Ouro- 
Minti et Kinian, et au village de Kikara ; dans la falaise de 
Douentza, entre Ibissa et Bargué, ainsi que dans le Dakol ; 
dans la falaise de Sangha, et dans les falaises au Sud de Bandia- 
gara, on trouve nombre de monolithes (1) qui, hauts de l m ,80 à 
2 mètres, sont en général fixés dans une fente de roche sous- 
jacente, et étayés par des pierres à leur base. Ces monolithes 
sont les autels d'un culte ; ils incarnent ou retiennent l'Etre bon 
par excellence, celui qui ordonne la pluie, Amma ou Amba, 
qui n'a pas de forme, et qui réside dans les grottes et les 
amoncellements de rochers. On lui offre en tout temps des 
sacrifices. 

(1) Pégué-lé-gourou en dialecte de Sangha, louo-gourou en dialecte de Témé- 
néré, « menhir » ; mot-à-mot « pierre longue ». 



250 ROBERT ARNAUD 

L'homme qui désire obtenir d'Amba une faveur s'en va, 
seul, lui offrir de la farine de mil ; il répand cette farine sur 
le menhir en formulant ses vœux : accroissement du bien, 
enfants, pluie ; la présence du hogon est inutile. 

Quand la faveur a été accordée par la Bonne Influence, 
il est essentiel que celui qui l'a obtenue en fasse part au 
hogon et aux vieillards ; il les convoque devant la pierre 
sacrée, et, en .leur présence, sacrifie sur cette pierre, de façon 
que le sang coule sur elle, une chèvre, un coq et une poule. 
La viande est alors partagée entre les assistants. Les femmes 
sont exclues de ce sacrifice d'actions de grâce. Si le favorisé 
oublie de faire le sacrifice, de grands malheurs, vengeance 
d'Amba, fondent sur lui (1). 

Les Habé considèrent que la Terre est la femme d'Amba 
parce qu'avec la pluie (liquide séminal) il la féconde chaque 
année ; elle enfante des produits qui sont considérés comme 
les enfants d'Amba. Tout ce qui se fait sur la Terre a eu 
l'agrément d'Amba (2). 

Eclipses. — L'éclipsé de soleil est attribuée à l'action de 
la lune sur le soleil, et l'éclipsé de lune à l'action du soleil 
sur la lune, l'un des deux astres venant s'emparer de l'autre. 
Lorsqu'il y a une éclipse, les Habé organisent de grandes 
danses et font tapage jusqu'à ce que l'astre éclipsé ou la 
partie de l'astre éclipsée reparaisse. 

Les masques (naba, pi. nabadié, dans le canton de Sangha). — 
La grande danse des gens masqués a lieu une fois par an, au 
mois de juillet, et accompagne les cérémonies auxquelles il 
est procédé pour provoquer ou activer la chute de la pluie. 
Le conseil des vieux, sous la présidence du hogon, fixe le 
jour de la danse ; celle-ci commence le matin et se termine 
vers 21 heures, dans la soirée. 

Un groupe de danseurs représente les ancêtres ; ils ont sur 
la tête des masques, surmontés à Sangha d'immenses caï- 
mans (3), dont, de temps à autre, ils frappent la terre en 

(1) J'ai trouvé chez les Diawara du cercle de Nioro des croyances analogues, 
demeurées très vivaces malgré la conversion des Soninké à un demi-islamisme ; 
le vœu n'est pas formulé devant un monolithe, mais devant un baobab sacré ou 
dans une grotte ; le sacrifice d'action de grâces doit, le vœu accompli, être célé- 
bré, sous peine de vengeance de l'Entité invoquée. 

(2) Influence possible de l'islam sur la croyance suivante : il y a après la 
mort un lieu spécial rempli de vivres excellents pour les Habé qui ont mené une 
vie honnête. Ceux qui ont été criminels pendant leur vie sont précipités par 
Amba dans un grand puits où bride un feu éternel. 

(3) Sur les flancs du vase sacré du hogon sont gravés aussi des animaux d'eau : 
caïmans, crapauds, serpents. J'ai entendu narrer une vague légende sur l'origine 
des Habé, sortis d'une caverne pleine d'eau, près du village de Bamba, au Nord- 
Est de Diankabo. 



NOTES SUR LES MONTAGNARDS HABK 



257 




A 




Fig. 3. — Canne à bout en fer servant d'insigne de fonction au 
chef du village de Tabi (long. l'",20). 
Fig. 4. — Masque d'ancêtre (Sangha). 
Fig. 5. — Autel dit loro. 



ETHNOGRAPHIE 



17 



258 ROBERT ARNAUD 

dansant (fig. 4). L'autre groupe de danseurs, plus nombreux 
que le premier, représente des animaux et des individus, 
hommes ou femmes, de races étrangères, Mossi, Peuls, etc. 
Ceux qui figurent des femmes ont des seins factices tenus par 
des bretelles, des coiffures caractéristiques, etc. ; ils n'évo- 
luent qu'après les premiers ; ils symbolisent les êtres infé- 
rieurs, ceux que l'on peut détruire. 

Les danseurs forment <l'abord, devant les tambours, une 
ronde générale, qui, les ancêtres en avant, tourne dans le 
sens des aiguilles d'une montre ; ensuite les ancêtres font 
leurs pas, et choquent la terre de leurs coiffures, après quoi 
chaque individu du second groupe danse à son tour la danse 
nationale des Habé, qui s'effectue les bras allongés vers les 
tambours, tandis que se meuvent sans repos les épaules et que 
trépignent les pieds ; c'est une sorte de gigue qui n'est pas 
sans grâce ; parfois, plusieurs danseurs se réunissent et com- 
posent un ballet où ils font moutre d'une prodigieuse agilité. 

Il existe, à peu près dans chaque village, une société de 
masques ; je n'ai assisté qu'à la danse des naba de Sangha ; 
il existait des naba à Tabi ; les masques qui, dans cette falaise, 
sont tombés entre nos mains représentaient des oiseaux- 
marabouts, des aigrettes, des grues de Numidie, et l'être aux 
cornes qui symbolise l'ancêtre. 

Le sorcier (doudougou). — Lé sorcier, grâce à ses malé- 
fices, suce (nono) le sang des vivants et leur mange le cœur. 
Il profite de la nuit pour maléficier ses voisins, et n'hésite 
pas à sacrifier à ses appétits meurtriers sa propre famille. 

La nuit, il se rend dans les cimetières, viole la tombe de 
l'homme récemment enterré, lui arrache le cœur ; il met ce 
cœur à pourrir ; de la sanie qui en découle, il compose de 
puissants gris-gris pour empoisonner les gens. 

Il rejoint, la nuit, dans la brousse, l'assemblée des sorciers 
et complote avec eux des maléfices dont ils profiteront tous, 
car ils sont friands de chair humaine ; il partage avec eux les 
cœurs d'homme qu'il a volés. 

Le sorcier se reconnaît la nuit au feu qu'il jette par la 
bouche et par le derrière. 

Voici comment on se débarrasse de lui ; les jeunes gens 
(souko-toro) se réunissent après minuit, alors que le sorcier 
est encore dans la brousse ; ils s'embusquent au débouché de 
toutes les routes du village ; quand survient le doudougou, 
ils bondissent sur lui, le maîtrisent, lui enfoncent dans le 
crâne un morceau de fer long comme la main et le laissent 
aller. Le sorcier rentre chez lui, se plaint de violents maux 
de tête et meurt le lendemain. 



NOTES SUR LES MONTAGNARDS HARK 259 

Les gens du village surviennent, regardent, examinent sa 
chevelure et retrouvent le clou ; la preuve est faite que le 
doudougou n'existe plus. Le hogon est alors prévenu ; il vient 
devant la porte du mort ; il ne peut entrer dans la maison, 
car il lui est interdit de pénétrer dans une autre maison que 
la sienne ; il ordonne de transporter chez lui la totalité des 
biens du défunt, qui lui sont à l'instant dévolus, et la famille 
entière de ce dernier devient sa propriété ; il a le droit de 
la vendre à son profit ou de la garder en esclavage. 

La porte de la maison est ensuite fermée ; l'habitation est 
abandonnée à jamais et nul ne peut plus s'y introduire. Le 
cadavre du sorcier est jeté dans une grotte quelconque, loin 
du village, sans être roulé dans le linceul et dans la natte 
coutumiers, et la grotte demeure ouverte. 

A propos des doudougou et de leurs pratiques, l'interprète 
Tiékoura, qui est du Samorhodougou, me raconta l'anecdote 
suivante : 

« J'ai été témoin, dans ma jeunesse, d'un fait de sorcellerie 
qui se passa dans mon village natal. Une vieille femme avait 
l'habitude, chaque nuit, de se dépouiller de sa peau, de la 
cacher sous son grenier à mil dans sa case et de rejoindre 
ensuite, dans la brousse, l'assemblée des sorciers ; cette 
vieille était très méchante ; elle avait livré sa famille entière 
à ses collègues les autres sorciers, et, en conséquence, elle 
était seule en ce monde ; le hasard fît qu'un de ses voisins 
s'aperçut de son manège. Il prépara un grand pot de piment 
réduit en poudre. Un beau minuit, il pénétra chez la vieille, 
absente naturellement puisqu'elle était au sabbat ; il fureta 
dans tous les coins et finit par trouver la peau de la sorcière ; 
il l'étendit sur le sol et la saupoudra à l'intérieur de poudre 
de piment ; puis il la remit en place et s'en retourna dans sa 
case. Quand la vieille s'en revint à la maison, elle se reglissa 
dans sa peau ; la poudre alors lui brûla la chair de telle sorte 
qu'elle hurla et pleura force larmes, jusqu'au matin ; le voisin 
avisé accourut et les gens du village arrivèrent à sa suite ; 
la vieille, accroupie dans un coin, ne cessait de gémir et les 
poules picoraient quelques graines de piment qui étaient 
chues sur le sol, lorsque la sorcière avait repris sa peau. Le 
voisin avisé s'écria alors : « Maintenant nous te connaissons ! » 
Et il exposa aux gens du village ce qu'il avait fait pendant 
la nuit et la cause des souffrances endurées par la vieille. 
Chacun conclut avec lui qu'il était indéniable qu'on avait 
affaire en elle à une sorcière. Et on la tua. » 

Œufs de sorcier (doudougou-tali à Sangha, doudougou-tarou 
à Téménéré). — Quand un chef de famille sait qu'un sorcier 



260 ROBERT ARNAUD 

a l'habitude de s'introduire chez lui pour dévorer le cœur 
des gens de sa famille, il prépare un certain médicament 
qu'il met à sécher et qu'il réduit en poudre. Avant l'arrivée 
du sorcier, il met cette poudre à brûler sur un brasier, dans 
la case* 

Dès que le sorcier est là et qu'il sent la fumée de cette 
poudre, il lui est impossible de s'en aller jusqu'à ce qu'il ait 
pondu un œuf ; dès qu'il l'a pondu, il lui est permis de s'échap- 
per. Le chef de famille s'empare de l'œuf, le fait durcir et le 
partage entre les membres de sa famille ; celle-ci est dès lors 
à l'abri des attaques du sorcier. 

Démons de la brousse (ondjo, pi. ondjo-oué). — Un homme 
sort de sa maison, la nuit, et va déféquer près du village ; 
il revient ; il a mal à la tête, il est oppressé ; un démon de 
la brousse s'est abattu sur lui, l'a rendu malade. Il ne pourra 
guérir qu'avec des remèdes magiques. 

Meurtre par maléfice. — Les Habé font désigner le meur- 
trier par le cadavre de la victime, juché sur les épaules des 
parents de celle-ci ; cette coutume est pratiquée dans tout 
le Soudan et il est inutile de décrire la cérémonie. 

Le coupable désigné par le cadavre n'est pas tué ; il est 
livré au hogon qui, après l'avoir interrogé, le condamne à 
une forte amende ; si l'autre ne peut la payer, le hogon le 
met aux fers et fait main-basse sur ses biens et sur sa famille. 

Dans le dialecte de Sangha, la promenade du cadavre se 
nomme guigui-lémadié. Deux hommes portent le cadavre 
sur leur tête et tournent dans le cercle formé par les gens du 
village. Pendant ce temps, les vieux chantent le nom du 
mort et prient celui-ci de leur indiquer quel est son meurtrier. 
Celui-ci une fois désigné, l'assistance entière se lève et assiste 
à l'enterrement. 

Divination par le chacal (région de Sangha). — Un enclos 
épineux est ménagé, où quelques ouvertures sont pratiquées ; 
il est indispensable que l'intérieur de cette enceinte soit de 
terre molle ou de sable ; l'opérateur trace sur le sol diverses 
figures, triangles, carrés, cercles, etc., dans un ordre convenu ; 
au centre du terrain, il trace un petit carré où il met des ara- 
chides ; le chacal, la nuit, pénètre dans l'enclos pour manger 
les arachides ; la trace de ses pas est interprétée par le devin. 
(Renseignement fourni par M. Pal, ancien résident de Sangha, 
9 janvier 1921). 

Le serment du sang. — D'un travail manuscrit de M. l'admi- 
nistrateur Marzin sur les coutumes habé (1909), je tire les 
renseignements suivants : 



NOTES SCH LES MONTAGNARDS HABÉ 261 

« Le serment du sang est l'acte par lequel deux ou plusieurs 
« individus s'allient entre eux et jurent de se considérer 
« en tonte occasion et pour toujours comme frère de même 
« sang. Ce serment engage non seulement les contractants, 
« mais encore leurs descendants, et d'une façon plus étroite 
« que les liens même de la famille : faire couler le sang de 
« quelqu'un qui vous est lié par ce pacte est infiniment plus 
« grave qu'un parricide ou un fratricide, et ce crime entraî- 
« ncrait pour le coupable et pour tous les siens les plus effroya- 
« blés calamités. 

« La cérémonie du serment du sang consiste généralement 
« à faire boire à chacun des contractants quelques gouttes 
« de sang pris au bras de celui vis-à-vis duquel il s'engage. 

« Les Habé sont ainsi liés depuis plus d'un siècle avec les 
« Bozo. Au temps où les Habé descendirent du Manding, une 
« grande famine se déclara dans le pays ; ils allèrent alors 
« demander secours aux pêcheurs bozo. Ceux-ci souffraient 
« également de la disette. Ils partirent à la pêche, laissant 
« leurs enfants à la garde du chef des Habé. Or, parmi ces 
« enfants bozo, ils s'en trouvait un qui allait mourir de 
« faim. Le chef habé, pour le sauver, découpa un morceau de 
« chair à sa propre jambe, le fit rôtir et le donna à manger au 
« petit Bozo, qui recouvra la santé. Mais le chef habé tomba 
« d'épuisement et mourut victime de son sacrifice. Le soir, 
« le chef des Bozo rentra de la pêche ; on lui montra le corps 
« du chef habé en lui contant ce qu'il avait fait. Alors le 
« Bozo s'écria : « Quel brave ! Quel brave ! Que ma famille 
« et la sienne ne fassent désormais qu'une seule famille ! 
« J'ordonne à nos enfants et aux enfants de ce Kado (1) de 
« se considérer comme frères jusqu'à la fin des temps ! Je 
« leur défends de se marier entre eux, et maudit soit celui 
« qui versera le sang de son frère ! » 

« Ainsi donc, les Habé ne peuvent se marier avec les Bozo. » 

La même légende fut recueillie, à ma prière, par M. l'admi- 
nistrateur Eugène Portes, en février 1921, avec quelques 
variantes : 

« A une époque indéterminée, le serment du sang fut 
prêté, dans le Bourgou, entre Habé et Bozo ; la famine régnait 
dans le pays ; une des vieilles familles des clans habé cher- 
chait sa nourriture, par plaines et plateaux ; elle rencontra une 
famille de Bozo qui, en quête elle-même de nourriture, parcou- 
rait la brousse ; les deux familles tinrent une longue réunion 
et tombèrent d'accord pour cheminer ensemble ; elles arri- 

(1) Kado est, en peul, le singulier de Habé. 



262 ROBERT ARNAUD 

vèrent ainsi auprès d'une mare et s'y installèrent ; le chef 
des Bozo, qui possédait un filet, partit à la pêche ; il explora 
la mare et constata qu'elle ne renfermait plus de poisson ; 
il alla plus loin, et découvrit une autre mare, qui, elle, était 
poissonneuse ; pendant son absence, les deux familles souf- 
frirent cruellement de la faim ; le chef habé, à qui le chef bozo 
avait confié les siens avant son départ, constata qu'un 
enfant bozo agonisait, faute de nourriture ; il en éprouva 
tant de peine qu'il eût préféré voir un de ses propres enfants 
dépérir. Il eut alors l'idée de détacher la chair d'un de ses 
mollets, de la griller, et de la faire manger au fils de son ami ; 
le garçon, après avoir bu un peu d'eau, commençait à se 
ranimer et même se levait, lorsque le chef bozo revint porteur 
d'une charge de poissons grillés. En pénétrant dans l'abri, le 
pêcheur vit un pansement autour de la jambe du Kado ; il 
l'interrogea à ce sujet ; le Kado ne lui répondit pas ; ce ne 
fut que plus tard que le Bozo connut ce qui s'était passé. 
Le chef bozo s'écria alors : « Qu'à l'avenir le Kado soit le 
frère du Bozo ! Que jamais l'un d'eux ne fasse couler le sang 
de l'autre ! » 

La fidélité à ce pacte est restée absolue. M. Portes en four- 
nit la preuve par l'anecdote suivante : « Une femme habé 
eut certaine nuit, en 1904, des relations intimes avec un Bozo 
de Mopti, dont elle ignorait la race. Le lendemain même, elle 
tombait malade ; en 1921, elle n'a pu encore guérir et elle 
se ressentira toujours des suites de son péché contre le ser- 
ment. Quant au Bozo, il n'apprit que le lendemain à quelle 
race appartenait la femme avec laquelle il avait couché ; à 
l'instant même, il se dévêtit complètement et donna en pré- 
sent aux vieillards, sur la place du marché, tous les habits 
qu'il portait et ses couvertures. » 

Interdits. — Dans le canton de Kabadjé, il existe dans 
certains villages, celui de Kabadjé, notamment, une case 
spéciale réservée aux femmes qu'une indisposition men- 
suelle rend impures. Elles sont tenues de rester dans cette 
case et de n'avoir plus aucun rapport avec les gens du village ; 
elles^ demeurent enfermées jusqu'à leur guérison et sont 
entretenues par la famille, qui leur fait parvenir leur nourri- 
ture en la déposant à l'entrée de cette infirmerie spéciale. 
(D'après; M. Pal, ancien résident de Sangha). 

La chose interdite ou « tabou o porte, chez les Habé de la 
falaise de Bandiagara, le nom de dama. Elle présente les 
mêmes caractères que partout ailleurs en Afrique Occidentale, 
caractères décrits avec précision par M. Delafosse, à propos 
du diamou ou nom de clan, dans l'un des premiers numéros 



NOTES SUR LES MONTAGNARDS HABÉ 263 

de la Revue d'ethnographie et des traditions populaires (n° 2). 
L'objet ou l'être déclaré dama ne doit pas être touché par 
l'individu à qui s'applique l'interdiction. 

Fêtes et sacrifices. — La première fête ou Ao (1) (dialecte 
du groupe de Sangha) se célèbre au plus tard en mai ; elle 
a pour but d'obtenir des pluies et par suite des récoltes 
abondantes ; c'est à cette occasion qu'on sacrifie des animaux 
et des hommes. 

La deuxième fête ou Guinam-golo (dialecte des cantons 
du Dakol ; dans les cantons du Kamari, de Dondori-Bandia- 
gara et dans le village de Bandiagara, on l'appelle Bila) se 
célèbre au mois de juin et a pour but d'obtenir des pluies 
abondantes. On fait à cette occasion des sacrifices d'animaux, 
mais non d'hommes. 

La troisième fête ou Ondonbilé (dialecte du Dakol ; dans 
le dialecte de Bandiagara, on la nomme Moro) se célèbre en 
juillet. Elle est précédée d'une partie de chasse à laquelle 
prennent part les hommes et leurs chiens. A leur retour, 
dans la soirée, ils sacrifient des moutons, des chèvres et des 
poulets. Cette fête a toujours pour but de provoquer la chute 
de pluies abondantes, d'obtenir de grosses récoltes de mil, 
de maïs et de haricots et, pour les gens, bonne santé et pros- 
périté. 

La quatrième fête, ou Taba, se célèbre après les récoltes, 
dans le but de remercier le ciel d'avoir exaucé les vœux des 
hommes. On sacrifie également des moutons, des chèvres 
et des poulets. 

Il n'y aurait pas de nom spécial, dans les dialectes habé, 
pour désigner les hommes et les animaux des sacrifices (2). 

Dans le canton de Touré, d'après des renseignements 
fournis en 1912 par M. Cuillière, agent des A. I., les Habé 
célébreraient, outre les fêtes musulmanes, fin du Ramadan 
et Tabaski, trois fêtes fétichistes particulières : le taka, qui 
serait la fête des semailles ; le poli, qui se célébrerait un ou 
deux mois après celle-ci, et le nébé, qui serait la fête des 
récoltes. 

Dans les cantons de Dianvéli, de Douma et du Oualo, 
le même informateur n'indique que deux fêtes annuelles 
chez les Habé : celle des semailles et celle des moissons. 

C'est au cours de la fête de la moisson que l'on procède à la 
consécration des objets sacrés, par exemple des haches en 
pierre trouvées sur des éboulis de falaise et consacrées à 
Àmma. Voici comment l'on opère : des animaux (moutons, 

(1) Desplagnes la nomme Agguet ; le mot agué signifie « caïman » dans le 
dialecte de Sangha. Il y a eu erreur de la part de Desplagnes. 

(2) Renseignements fournis par M. Eugène Portes. 



264 ROBEHT ARNAUD 

chèvres, poulets, sont tués près de l'objet ; puis, avec du mil, 
de la farine de mil, de l'eau, il est fait une sorte de crème 
épaisse qui est répandue sur l'objet vénéré. Un grand repas 
a lieu ensuite, où sont consommées les viandes ; il est bu 
quantité de bière de mil. 

La pluie est attendue impatiemment dans la falaise de 
Douentza ; dès le commencement de la, saison sèche, des fêtes 
sont célébrées, pour provoquer d'abondantes chutes d'eau 
pendant l'hivernage. A l'occasion de ces fêtes, les Habé célé- 
braient autrefois des sacrifices humains ; ils prétendent avoir 
renoncé à cette pratique ; rien n'est moins certain ; on apprend 
chaque année que des hommes ont disparu, aux environs des 
falaises, sans laisser de traces. Les Habé reconnaissent pour- 
tant qu'ils boivent beaucoup de dolo pendant les fêtes et 
qu'ils tuent alors beaucoup d'animaux, surtout des moutons, 
des chèvres, des coqs, etc. 

Desplagnes (Le plateau central nigérien, page 293) signale 
au village de Bamba « le culte religieux dont est honorée la 
divinité féminine fécondante Yo-Ngo ». 

J'ai demandé à ce sujet des renseignements à M. Portes, 
administrateur de Bandiagara ; avec la plus grande obli- 
geance, il m'a communiqué les résultats de son enquête : 

Une jeune fille découvrit, à une époque indéterminée, 
aux environs de Bamba, une mare très poissonneuse. Elle 
accourut prévenir sa mère de sa découverte. La mère et la 
fille profitèrent de l'aubaine et péchèrent seules pendant 
deux jours ; puis la mère envoya la fille chercher son frère 
aîné, qui vint et prit force poisson à son tour. Or, les bergers 
du voisinage ne tardèrent pas à être au courant de la nouvelle. 
Les habitants de Bamba-dô et de Yan'da revendiquèrent 
les uns et les autres la propriété de la mare ; chacun de ces 
deux villages prétendait qu'elle était située sur son territoire ; 
la querelle s'envenima ; les deux villages se battirent ; les 
gens de Bamba-Dô furent secondés par leurs proches parents, 
les Habé du Gondo-Séno. Avec leur aide, ils furent victo- 
rieux des habitants de Yan'da, et la propriété de la mare 
leur demeura acquise. Le pacte suivant fut conclu entre eux : 
1° Tous les deux ans, les habitants de la région se rassem- 
bleraient pour curer la mare ; 2° Chaque année, ils se réuni- 
raient auprès de la mare, au mois de janvier, et, pendant 
une journée entière, y célébreraient une grande fête commé- 
morative. Cette fête est encore célébrée de nos jours : hom- 
mes, femmes et enfants dansent autour de la mare, font 
force libations de dolo, mais ne procèdent à aucun sacrifice 
d'homme ou d'animal. La danse terminée, les femmes et les 
enfants se retirent en arrière, et les hommes entrent dans la 



NOTES SUR LES MONTAGNARDS HABÉ 2()5 

mare pour y prendre le poisson. Ceux qui attrapent les plus 
gros sont certains de jouir d'une excellente santé jusqu'à 
l'année suivante et de récolter une moisson splendide ; ceux 
qui attrapent les plus petits poissons ont mauvaise santé et 
mauvaise récolte ; ceux qui n'attrapent rien sont menacés des 
pires calamités dans leur vie et dans leurs biens. 

Le culte des toro ou lorou. — Dans les falaises méridionales 
du canton du Bore, où sont les pittoresques villages d'Ibissa, 
de Nombori, de Séméri, de Damgani, les Habé sont demeurés 
très attachés à leurs anciennes coutumes. 

Il y sont d'autant plus attachés qu'ils ont vécu presque 
constamment, jusqu'à la conquête française, en état de 
guerre avec leurs voisins. Ils payèrent longtemps aux Habé de 
Tintam une redevance ; les Peuls de Cheikhou Amadou les 
réduisirent à vivre constamment sur le qui-vive. Ils n'appor- 
taient dans leurs villages que la quantité de grains nécessaire 
à leur nourriture pour quelques jours ; le reste était caché 
dans des cavernes connues d'eux seuls. Dès que l'ennemi 
était signalé, les hommes quittaient le village et se cachaient 
dans la montagne. Les hommes essayaient de résister à l'enva- 
hisseur. S'ils étaient vaincus, ils s'échappaient facilement 
dans la falaise où les ennemis ne se hasardaient pas à les 
poursuivre. Le village leur était abandonné, mais il ne conte- 
nait que des cases vides, contre lesquelles ils exerçaient bien 
quelquefois leur fureur en les détruisant : c'est ce qui arriva 
notamment trois fois à Séméri avec les Peuls de Cheikhou 
Amadou ; mais la razzia escomptée fructueuse, soit en butin, 
soit en captifs, n'avait donné que de maigres résultats. Pour 
se mettre à l'abri de ces incursions, les Habé décidèrent de se 
placer sous la protection du chef du Bore, Kouiba, qui, lui- 
même, était soumis à Cheikhou Amadou. 

Ils ont conservé une foi aveugle dans leurs toro (divinités 
locales). Séméri semble être le centre de cette croyance. 

Tout près du village, sur une place réservée au culte, s'élè- 
vent une dizaine de cases rondes construites en pierres sèches ; 
elles sont reliées l'une à l'autre par des murailles ; une cour 
est ainsi formée sur laquelle s'ouvrent les portes des cases. 
On pénètre dans cette cour par une ouverture basse au-dessus 
de laquelle est posée une grande pierre plate. Au centre de 
la cour s'élève une colone en forme de cône tronqué, d'environ 
3 mètres de hauteur et de 2 mètres de circonférence à la base. 
Une toute petite porte, fermée par une claie de branchages, 
masque une sorte de four situé à l'intérieur de la colonne 
(fig. 5). Si l'on en juge par les nombreux os de poulets et de 
chèvres qui parsèment les alentours, les sacrifices doivent 



266 ROBERT ARNAUD 

être nombreux. Les femmes ne peuvent pénétrer dans les 
cases ; seuls, les hommes ont ce droit. On sacrifie sur le toro 
dans des cas très précis : 

1° Pour obtenir de la pluie ; 

2° Pour avoir un enfant ; 

3° Pour avoir un enfant mâle. 

Le sacrifice, dans le premier cas, est fait par le chef du toro. 
Dans les autres cas, c'est la femme stérile ou celle qui veut 
avoir un enfant mâle qui vient s'agenouiller au seuil de la 
case, prononce l'invocation selon les rites et se retire après 
avoir déposé en offrande un poulet noir qui doit lui concilier 
la divinité. Si sa demande est exaucée, la grâce est ordinai- 
rement payée d'une chèvre. 

Il se célèbre alors une fête où l'on boit beaucoup de dolo 
(bière de mil) (1). 

Le nom de toro ou torou est donné à l'autel aussi bien qu'à 
la divinité à laquelle celui-ci est consacré. On rencontre des 
toro dans presque tous les villages habé ; c'est sur eux que 
sacrifient les hogon. Le véritable nom de l'autel conique, 
construit en briques ou en argile et creux à l'intérieur, sur 
lequel sacrifie le hogon, semble être binon. Après le sacrifice, 
on introduit dans la cavité centrale des morceaux de l'animal 
sacrifié. 

Habitations. — Chez les Habé du Tengourouri et du Tamari, 
la case d'habitation (fig. 6) est de forme rectangulaire, large 
de 2 à 3 mètres ; la longueur et le nombre des pièces varient 
suivant le nombre des membres de la famille ; les pièces ont 
d'ordinaire 3 mètres à 3 m ,50 de long ; la terrasse, soutenue 
par des fourches de bois placées à l'intérieur, est faite de 
branchages et de tiges de mil sur lesquels est disposée une 
couche d'argile de 20 centimètres d'épaisseur. Cette toiture 
déborde à l'arrière d'une trentaine de centimètres ; à l'avant, 
elle est prolongée de 1 mètre à l m ,20 pour former la toiture 
de la véranda, qui est également soutenue par des piliers de 
bois. 

Les murs de la case sont bâtis, selon les ressources du pays, 
soit avec des pierres, soit avec des briques séchées au soleil, 
soit avec de simples tiges de mil réunies entre elles par des 
liens et enduites d'argile. 

Les greniers sont construits avec soin. Isolés de terre par 
des pierres ou des troncs d'arbres fendus par le milieu et 
posés à plat sur le sol, ils s'élèvent, sur un plancher fait de 
branchages, de tiges de mil et d'argile reposant sur ce pilotis, 

(1) Notes prises dans le rapport d'une tournée effectuée en 1912. 



NGTES SUR LES MONTAGNARDS HABE 



267 



: © 



D o 



o o o a o o o o o 



Ç K f G- 




D 



Fig. 6. — Plan d'une habitation du Tamari (A et B, pièces d'ha- 
bitation ; C, cuisine ; D, hangar ; E, F, G, greniers ; H, poulailler ; 
I, véranda). 




Fig. 7. — Grenier à terrasse. 



Fig. 8. — Grenier 

à toiture 

en paille. 



268 ROBERT ARNAUD 

jusqu'à 4 et 5 mètres de hauteur. Les uns sont à terrasse, les 
autres comportent en plus une petite toiture en paille se ter- 
minant en pointe ; ceux de la montagne sont de dimensions 
beaucoup plus restreintes que ceux de la plaine (fig. 7 et 8). 

L'intérieur de ces greniers est souvent divisé en quatre 
compartiments en croix, qui s'élèvent jusqu'au tiers environ 
de la hauteur totale ; on y pénètre à l'aide d'une échelle 
rudimentaire par une ouverture de m ,50 environ placée au 
sommet et fermée par une porte munie d'une serrure en bois. 

A proximité des greniers se trouve un hangar où les indi- 
gènes s'installent pendant les heures chaudes de la journée. 

Enfin, un poulailler de petite dimension complète l'amé- 
nagement de la case. Dans chaque village, on trouve au moins 
un saouro ou case à palabres. Tous les villages sont entourés 
d'une haie de tiges de mil ou de branchages (1). 

Dans la falaise de Douentza, les habitations se composent 
en général d'un mur en pierres sèches, surmonté d'une supers- 
structure en briques d'argile (fig. 9). Lorsque l'eau et l'argile 
servant à faire du mortier sont en quantité suffisante, ces 
maisons sont recouvertes d'un crépissage, qui fait défaut 
dans le cas contraire. Quant aux murs de clôture à l'inté- 
rieur desquels sont bâties les habitations proprement dites, 
ils sont rarement crépis. 

Les Habé de la falaise de Bandiagara usent fréquemment, 
pour fermer les portes de leurs maisons, de serrures en bois 
de différents modèles, souvent fort curieux (ûg. 10 et 11). 

Les castes. — Voici quelques renseignements, extraits d'un 
rapport inédit de M. Marzin, sur la caste des forgerons chez 
les Habé. 

En cas de rixe, si un forgeron s'interpose entre les com- 
battants, ceux-ci doivent se séparer. 

Si un homme se dispute avec sa femme, c'est le forgeron 
qui tentera de mettre la paix entre eux ; si les époux se récon- 
cilient après cette intervention, ils remettront au forgeron, 
en gratification, l'homme du mil, la femme des cauries. 

Lorsqu'on égorge un mouton, la tête et la peau reviennent 
au forgeron ; cependant, lorsqu'il y a dans le village des 
galabo (cordonniers), on ne donne que la tête au forgeron, 
la peau revenant de droit aux galabo. 

En général, un Habé ne refusera jamais rien de ce que lui 
demande un forgeron. 

Les forgerons ont seuls le droit, à l'enterrement d'un hogon, 
de porter le corps de celui-ci à son tombeau. 

(1) Notes empruntées à un rapport de tournée de M. Villeneuve (décembre 
1911). 



NOTES SUR LES MONTAGNARDS HABÉ 



2G9 




3tf* 



270 ROBERT ARNAUD 

Le forgeron fait gratuitement tous les outils nécessaires 
à la culture des champs ; par contre, à la saison des récoltes, 
chaque propriétaire de champ devra lui donner un panier 
de mil. 

Lorsqu'un homme libre se marie avec la femme d'un for- 
geron, il ne peut plus épouser d'autre femme. 

Les nabadié ou hommes des masques sont chargés de la 
garde et de l'entretien des arbres fruitiers ; ils partagent 
avec le hogon les biens des sorciers convaincus de meurtre ; 
ils sont chargés de l'exécution des condamnés à mort ; ils ont 
des danses spéciales, dont les accessoires sont considérés 
comme sacrés (masques, costumes, etc.). 

* * 
III. Traditions et légendes sur l'origine 

DES HABITANTS DES FALAISES 

Comme il a été dit plus haut en note, l'ensemble des habi- 
tants de la région des falaises des cercles de Bandiagara et 
de Hombori, appelés Habé par les Peuls, se désignent eux- 
mêmes sous le nom de Dogo ou Dogono, prononcé Tofo à 
Tabi. 

D'après une tradition répandue dans la falaise de Dou- 
entza, les Habé ou Dogo viendraient d'une région du Mandé 
ou Manding située au Sud-Ouest de Bamako. 

Deux chefs mandingues se disputèrent, à Kangaba, capitale 
du Mandé ou Mali, sous le règne de Kankan-Moussa ou Gongo- 
Moussa (1). Tant que le plus jeune résolut d'émigrer. Il 
partit avec sa femme, ses fils et ses esclaves et, après avoir 
vainement essayé de se fixer dans la région de Bamako, 
vint s'établir dans la région de Bandiagara. Les Habé eurent 
à subir les razzias des Mossi, des Touareg, des Peuls. Ils 
montèrent alors dans la montagne. 

Certains Habé n'acceptent pas la légende qui fait sortir 
la race d'une caverne remplie d'eau (légende qui a cours à 
Bamba). Cette caverne était habitée par un génie ou un 
diable, qui fut le protecteur de la race. 

Chaque village habé de la subdivision de Douentza a un 
animal sacré. Les animaux sacrés ne sont pas pourtant très 
nombreux. Ils sont : 

1° Le serpent boa ou python (les serpents venimeux, 

(1) Kangaba est situé sur la rive gauche du Niger, en amont de Bamako, à 
peu près à mi-chemin entre cette dernière ville et Siguiri. Le roi Gongo-Moussa 
régna de 1307 à 1332 (N. D. L. R.). 



NOTES SUN LES MONTAGNARDS HABE 



271 




Fig. 10. — Type de serrure en bois des Habé de la falaise de 
Bandiagara, représenté au 1/4 de sa grandeur. 

Fig. 11. — Autre serrure en bois des Habé de la falaise de Ban- 
diagara, représentée au 1/4 de sa grandeur. 



272 ROBERT ARNAUD 

serpent noir, trigonocéphale, etc., ne sont jamais l'objet 
d'une vénération quelconque). 

2° Le singe (surtout et presque uniquement le singe vert). 

3° Le caïman. 

4° La panthère. 

Lorsque les Habé, content les vieillards, quittèrent Kangaba 
à la suite du jeune chef mandingue, ils perdirent leurs gris- 
gris pendant leur voyage ; ils se désolaient, certains d'être 
exterminés par leurs ennemis ; un serpent d'eau leur fit 
découvrir l'endroit où se trouvaient les objets sacrés égarés. 
D'après d'autres vieillards, l'animal qui leur aurait rendu cet 
éminent service serait un caïman ; selon d'autres, une pan- 
thère, etc. Ce fut alors que ces animaux furent considérés 
comme protecteurs de la race. 

Le village qui possède un animal sacré le traite avec une 
profonde vénération ; non seulement il ne chasse, ou ne tue. 
ou ne mange n'importe quel représentant de l'espèce res- 
pectée, mais encore il veille à satisfaire tous les besoins du 
protecteur ; à l'occasion de certaines fêtes, on lui apporte 
des poulets en présent s'il s'agit d'un serpent, des moutons 
s'il s'agit d'une panthère. Il n'y a pas encore bien longtemps, 
les Habé offraient même en sacrifice leurs propres enfants 
à l'animal protecteur. Sauf les représentants de l'espèce 
sacrée, les Habé mangent tous les animaux ; quelques-uns 
s'abstiennent toutefois de la viande du cheval. Presque tous 
mangent le chien ; cependant, il existe une coutume parti- 
culière à propos de ce dernier : si, dans une famille, il naît 
deux jumeaux, la viande de chien leur est à tout jamais 
interdite, alors qu'elle continue à demeurer licite à leurs 
parents. 

* * 

« Une légende, très répandue chez les Habé », écrit M. l'ad- 
ministrateur Fawtier dans un rapport manuscrit, « les fait 
« venir du Manding, qu'ils auraient abandonné il y a environ 
« 450 ans pour échapper aux pillages qui désolaient ce pays. 
« Cette version sur leur origine est celle donnée par toute la 
« falaise, de Douentza à Sankoro (canton de Bougoundié) et 
« chez les Habé de la plaine de Séno. » 

« Les Habé du Tintam », écrivait d'autre part le commis 
Cuillière, en 1912, « appartiennent à la grande famille mandé ; 
« ils seraient originaires des environs de Siguiri. Des dissen- 
« sions ayant éclaté, à une époque très reculée, entre la caste 
« dirigeante et le peuple, plusieurs familles résolurent de 
« quitter le pays et de traverser le Niger pour se mettre à 



NOTES SUR LES MONTAGNARDS HABÉ 273 

« l'abri de toutes poursuites ; c'est ainsi que plusieurs tribus 
« auraient atteint la falaise et s'y seraient installées. 

« Les Kassoumbara, étant arrivés les premiers dans cette 
« région, auraient engagé ensuite d'autres familles à venir 
« les rejoindre. Ceci expliquerait la suzeraineté que les chefs 
« Kassoumbara du Tintam ont exercée sur les autres peu- 
« plades des environs. Les Habé de Soki. de Nombori, de 
« Nadiomba, du Tégné, de Tédié et de Dokani (Bandiagara) 
« ont en effet payé l'impôt aux différents chefs du Tintam et 
« le chef de Nadiomba lui-même va assez souvent encore 
« rendre visite au chef actuel de ce canton. La conquête de la 
« falaise par Tidjani avait seule pu détacher ces peuplades 
« des maîtres qu'elles s'étaient librement donnés. 

« Les Habé du Tintam ont pu échapper à cet asservisse- 
« ment, la famille de leurs chefs étant l'alliée de Tidjani. 

« A leur arrivée dans le pays, les Habé ont été obligés de 
« livrer de nombreux combats contre les premiers occupants(l). 
« D'après les renseignements recueillis, on trouverait encore 
« quelques aborigènes à Tintam même. Ils ont d'ailleurs 
« été complètement assimilés et ni leurs mœurs ni leurs 
« diamou (noms de famille) ne les distinguent des Habé. 
« Cependant, au lieu d'habituer au pied de la montagne de 
« Boundou, comme ces derniers, leurs cases sont construites 
« sur le même emplacement qu'elles occupaient avant l'arrivée 
« des Habé dans le pays, c'est-à-dire sur le sommet de la 
« montagne. 

« La légende explique ainsi l'origine des diamou (noms de 
« famiïle) des différentes familles qui ont peuplé la contrée : 

« Lorsque celles-ci eurent résolu de quitter le pays mandé 
« et de traverser le Niger pour se mettre à l'abri des pour- 
« suites des chefs mandingues, elles se trouvèrent très embar- 
« rassés pour le franchir, d'autant que, suivies de très près, 
« elles pouvaient être rejointes d'un moment à l'autre. 

« En arrivant sur les bords du grand fleuve, quelques 
« désespérés se jetèrent à la nage pour essayer d'atteindre 
« l'autre rive, mais, malgré tous leurs efforts, ils furent entraî- 
« nés par le courant et allaient se noyer, sans l'assistance que 
« leur prêta un énorme caïman ; il les prit sur son dos et les 
« déposa de l'autre côté. 

(1) Une légende, rapportée par Desplagnes, qui la tenait de l'ancien hogon du 
Bankass, fait habiter la falaise, dans un temps très ancien, par de petits hommes 
roux, pêcheurs ou chasseurs, qui logeaient dans les buissons et dans les creux 
de rochers. M. Portes, à qui j'avais demandé de faire procéder à une enquête à ce 
sujet, m'a répondu que certains vieux Habé de Bandiagara avaient en effet 
connaissance de cette tradition, mais que, d'après d'autres, les premiers habi- 
tants de la falaise avaient des ailes qui leur permettaient de s'installer dans les 
cases construites au flanc des falaises, et dont on voit, de la plaine, les ruines 
inaccessibles. 

ETHNOGRAPHIE 18 



274 ROBERT ARNAUb 

« L'animal revint ensuite chercher ceux restés sur l'autre 
« rive ; il traversa ainsi une famille, puis une autre ; celle-ci, 
« après avoir débarqué, le tua. Une violente dispute éclata 
« et, d'un commun accord, les premiers débarqués, qui 
« s'appelaient, comme les autres, Kouloubali, auraient appelé 
« cette famille Kassoumbara, c'est-à-dire « personne qui sent 
« mauvais, e D'après eux, ces derniers devaient toujours 
« conserver l'odeur du caïman tué. 

« Une troisième famille, qui réussit à traverser le Niger 
« par ses propres moyens, critiqua également le procédé 
« employé par les Kassoumbara à l'égard du caïman. Elle 
« refusa de continuer le voyage en aussi mauvaise compagnie 
« et, pour rompre définitivement tout lien de communauté 
« d'origine, décida sur le champ de s'appeler Yombolba, 

« Les Péliaba sont de la même famille que les habitants de 
« Ouori, canton du Bore ; mais, alors que ceux-ci, qui ont 
« toujours habité dans la plaine, sont devenus musulmans 
« au contact des Peuls, les autres, qui demeuraient sur la 
« falaise, sont restés fétichistes ; aussi les a-t-on appelés 
« Péliaba ou Bambara, c'est-à-dire infidèles. 

« Les Kassoumbara ne portent aucune marque sur le corps 
« ou sur la figure pouvant les distinguer des autres tribus ; 
« à l'exception toutefois des femmes, qui se font de petits 
« traits verticaux au-dessous des yeux. » 

La même légende est narrée par d'autres populations sou- 
danaises. Voici un passage qui s'y rapporte dans les Études 
sur l'Islam, de M. Marty (Dienné, le Macina et dépendances, 
page 307) ; il s'agit d'une famille bambara : 

« Les Koulibali ont pour tana (tabou) le tamao (sorte de 
« silure). Deux frères arrivèrent au bord d'un fleuve et, 
« désireux de le traverser, interpellèrent un tamao. Celui-ci 
« acquiesça, passa d'abord l'aîné, revint chercher le cadet, le 
« passa à son tour, et, à ce moment, fut tué d'un coup de jave- 
« lot par le cadet. Depuis ce temps, on n'appelle plus cette 
« famille que les Kassamara ou « sentant mauvais », et il y 
« y a une haine inextinguible entre le tamao et elle (1). » 

(1) Cette légende, bien connue, a été rapportée en maints endroits. Elle 
s'applique uniquement à des familles bambara, ainsi qu'il appert du nom même 
de ces familles : Kouloubali eu Koulibali et Kassoumbara ou Kassamara sont 
des mots bambara, appartenant à la langue mandingue, tandis que Yombolba et 
Péliaba n'ont aucune signification en mandingue. Ceci pourrait faire penser 
qu'il y a chez les Habé deux éléments : l'un autochtone ou très anciennement 
établi sur les falaises, et l'autre venu du Manding à une époque relativement 
récente et ayant adopté la langue des premiers occupants. Les divers dialectes 
parlés actuellement par les Habé, comme on pourra s'en rendre compte par 
l'examen des vocabulaires et notes grammaticales recueillis par M. Arnaud, 
sont en effet très distincts du bambara et des autres dialectes mandingues, 
tout en semblant appartenir au même groupe linguistique, (n. d. l. r.). 



notks si n Les montagnards habé 275 

Les chevauchements de légendes sont fréquents parmi les 
populations noires voisines. 

Les Habé qui habitent la plaine sont désignés par les Peuls 
sous le terme spécial de Houmbébé (au singulier Koumbédyo). 
On les trouve dans les cantons deDianvéli, Tintam, Nadiomba, 
Dogani ou Dokani et Dinangourou (cercle de Bandiagara), 
et dans les villages de Pétaka et de Borko. 

a Habé de la montagne et Houmbébé de la plaine sont à 
rapprocher, au point de vue du langage comme à celui de 
certaines coutumes, de diverses populations de la Boucle 
du Niger qui les avoisinent à l'Ouest et au Sud, Bozo, Samo, 
Nioniossé ou Foulsé, dont les premières (Bozo et Samo) 
semblent se rattacher linguistiquement au même groupe 
que les Soninké et les Mandingues, tandis que la troisième 
(Nioniossé) paraît bien appartenir au groupe dit voltaïque, 
qui renferme notamment les Bobo, les Gourounsi, les Mossi, 
etc. Peut-être est-ce dans cette direction qu'il conviendrait 
de rechercher la double origine du peuplement actuel de la 
région des falaises. Au point de vue grammatical, le parler 
actuel des Habé semble devoir être rattaché au même groupe 
que les parlers mandingues, tandis que, du côté lexicogra- 
phique, il a des rapports avec le groupe voltaïque comme 
avec le groupe mandingue. » (Renseignement communiqué 
par M. Delafosse). 

Le village de Ziga, dans le canton de Soubéra ou Soubéga, 
subdivision de Kaya (Haute- Volta), est habité en majorité 
par des Nioniossé, population certainement antérieure aux 
Mossi dans la contrée et qui fournit les « chefs de la terre » 
dans tous les villages du district. 

A l'époque où M. Rinkenbach, administrateur des colo- 
nies, était chef de la subdivision de Kaya (de mars 1914 à 
novembre 1917), il constata les faits suivants : 

1° Le chef de Ziga, dès qu'il est nommé, ne doit plus porter 
de vêtements de toile ; son costume, boubou, pantalon, san- 
dales et bonnet, est entièrement en peaux tannées de mouton 
ou de chèvre. C'est le seul cas de ce tabou spécial qu'ait 
observé M. Rinkenbach au Mossi. Une fois par an, vers le 
mois de mai (début des semailles), le chef en question fait des 
sacrifices d'animaux. On n'a signalé à M. Rinkenbach, comme 
animaux sacrifiés dans la circonstance, que des bœufs. A 
cette occasion, la plupart des chefs mossi, y compris le mor , o- 
naba (1), envoient au chef de Ziga des animaux à sacrifier. 

2° Dans tous les villages nioniossé, il est interdit d'intro- 

(1) Chef du pays mossi. 



276 ROBERT ARNAUD 

duire des chevaux. Ce tabou est absolu. M. Rinkenbach lui- 
même s'y conformait. - 

8° Tous les chefs nioniossé portent sur l'épaule, dès qu'ils 
sortent, une hache sacrée, en fer, qui ne diffère d'ailleurs en 
rien de la hache ordinaire des Mossi. 

Enfin, au dire des Mossi, les Nioniossé, outre l'idiome 
vulgaire, usent d'une langue rituelle dont ils se servent dans 
des cérémonies nocturnes. 

* 
* * 

IV. Vocabulaires habé (1) 

Observation préliminaire. — J'ai eu comme principaux 
informateurs : 

1° Pour le dialecte de la montagne de Tabi : les tirailleurs 
libérés Goumbo (Sana Marma chez les siens) et Siré, origi- 
naires de Tabi, et qui ont tous deux une petite connaissance 
du français, et l'interprète et chef de canton Bokary Maïga, 
qui, quoique ignorant le dialecte de Tabi, pouvait cependant, 
en s'exprimant en peul, langue parlée couramment par mes 
premiers informateurs, obtenir d'eux des précisions inté- 
ressantes ; 

2° Pour les dialectes de Sangha et de Téménéré, l'inter- 
prète Tiékoura, du cercle de Bandiagara, qui parle couram- 
ment le dialecte de Téménéré (il est d'origine samo et a 
appris dès son enfance le habé, et a quelque connaissance du 
dialecte de Sangha). J'ai obtenu aussi des renseignements du 
nommé Bandjî Baké Guindo, ancien élève de nos écoles, 
petit- fils de l'ancien hogon de Bamba, et qui, non seulement 
parle couramment le français, mais l'écrit. 

Le dialecte de Sangha est parlé dans les cantons du Dondori 
et du Dakol ; celui de Téménéré dans les cantons de Arou, 
Tibiri,Barassara, Séno-Togol, Séno-Tengourouri, Séno-Tendéli, 

(1) Nous ne possédions jusqu'à présent absolument rien sur la langue des 
Habé, en dehors d'une dizaine de mots douteux donnés, en 1849, par Clarke 
dans ses Spécimens of dialects sous les noms de grou (n° 197), kanga (n° 199) et 
dewe (n° 251), de la numération de 1 à 1.000 recueillie en 1854 à Tombouetou 
par Barth et publiée pour la première l'ois, en 1912, par P. A. Benton,dans ses 
Notes on some languages of the Western Sudan, sous le nom de tombo (pages 
297-298), et enfin de la même numération donnée par Desplagnes, en 1907, dans 
Le plateau central nigérien (page 380) en dialectes du Pignari (ou Piniéré), du 
Tingué (ou Tégné) et des Déforo (ou Houmbébé). Quelques renseignements sur 
divers dialectes de cette langue ont sans doute été recueillis par quelques offi- 
ciers et administrateurs, mais aucun, à notre connaissance, n'a été publié. On 
comprendra facilement, dans ces conditions, l'intérêt considérable que présen- 
tent les documents linguistiques fournis par M. Robert Arnaud ; ils constituent 
une véritable révélation et c'est pourquoi la Revue d'ethnographie et des traditions 
pojmlaires a cru devoir ne pas les disjoindre de la partie proprement ethnogra- 
phique de cette notice, (n. d. l, r.). 



NOTES SUR LES MONTAGNARDS HA HÉ 277 

etc. ; celui de Tabi dans les cantons de Boni et du Sarnièré. 

D'après mes informateurs, il existerait au moins une 
vingtaine de dialectes habé. 

Les mots et expressions du dialecte de la falaise de Dou- 
entza ont été recueillis, à ma demande, par M. l'adjoint des 
Affaires Indigènes Laroux. 

Nota. — S. signifie « dialecte de Sangha », T. « dialecte de 
Téménéré », Ta. « dialecte de Tabi », B. « dialecte de Bargué », 
D. « dialecte de la falaise de Douentza ». — L'r gras est repré- 
senté par r\ l'n sonore devant une consonne ou à la fin d'un 
mot par n 9 ; s toujours dur ; les autres lettres comme en 
français. 

Les animaux. 

Animal (en général) : S. et T. ogo ou ogor'o. 

iVnimal (viande sur pied ou abattue) : S. et T. nama, Ta. 
naoua. 

Gibier à poil : S. bala-nama, T. bar a- nama (bala ou bar a, 
brousse). 

Mâle : S. et T. ana, Ta. ara. 

Femelle : S. et T. y a ou nya, Ta. y a. 

Petit (d'un animal) : S. et T. i, Ta. ini. 

Chèvre : S. et T. dèï, Ta éra (é très nasalisé), B. éné, D. iné. 

Mouton : S. et T. énè, Ta. bélou (mot peul), B. et D. pédiou. 

Cheval : S. et T. som, Ta. soum, B. som, D. son 1 . 

Jument : S. et T. so-ya, Ta. sou-ya. 

Poulain : S. et T. so-i-ana ; pouliche : so-i-ya. 

Bœuf : S. et B. na, T. nan'gua, Ta. nan'ga, D. nahana ; 
vache : na-ya, nan 1 gua-ya, nan'ga-ya ; veau : S. na-i-ana, 
T. nan 1 gua-i-ana. 

Chien : S. et T. idji, Ta. nénou ou isi, D. isi. 

Chat : S. et T. don do, Ta. poro, D. gamma. 

Ane : S. djam-toulou, T. djo-tourou, Ta. yam-dourou, B. et 
D. dian-doulou. 

Poule : S. et T. kogo, Ta. ésa, B. emdié, Nadiomba Jcor'o, 
D. yénayéya. 

Coq : S. et T. kogo-ana, Ta. ésa-ra. 

Pintade : S. nian'gué, T. nian'ga, Ta. nioung, D. yan'gama. 

Canard : D. été. 

Hyène : S. et T. ta, Ta. ténam ou téna, D. tara. 

Panthère : S. et T. ta-don'do, Ta. toro-basa, D. tara-son. 

Hippopotame : S. et T. orobo, Ta. ban 1 ga, D. aliéna. 

Eléphant : S. et T. bar a-bol {bar a, brousse ; boï, tambour), 
Ta. gon'g, D. gouen. 

Lion : S. et T. yara, Ta. d'oun'gou, D. yana. 



278 ROBERT ARNAUD 

Singe (en général) : S. et T. ono, Ta. kano, D. dégui. 

Singe rouge : S. et T. ono-ban\ Ta. kané-bano. 

Cynocéphale : S. et T. ono-guèn\ Ta. kané-guieng. 

Phacochère : S. tolou, T. torou, Ta. torou, D. tolou. 

Fourmilier : S. et T. kart-gourou {kan\ bouche ; gourou, 
long), Ta. aoua, D. amari'da. 

Porc-épic : S. et T. keï-banga (1), Ta. guéla-basa. 

Rat : S. et T. sori, Ta èï (très nasalisé), D. aï. 

Aulacode : Ta. amaouli, D. kortdo. 

Chacal : S. bala-idji, T. bara-idji, Ta ouo-isi (chien de 
brousse). 

Lièvre : S. et T. djiori 'gué. 

Chameau : S. et T. ogor 'o-ma-niang (animal très long), 
Ta. nion'g, D. niogoumi. 

Autruche : S. et T. ogo-niouri 'gou (animal long), D. ogono- 
tana. 

Caïman : S. et T. agué, Ta. taga-aouan > {taga, mare ; aouan\ 
écaille), D. angnem. 

Lézard (margouillat) : S., T. et Ta. kèn'gou. 

Tortue : S. et T. koro-kara, Ta. kiro. 

Gueule-tapée (iguane) : S. et T. sélou, Ta. sari. 

Serpent : S. lire, T. louré, Ta. iso-poro (iso, terre ; poro, 
chat), D. iri. 

Crapaud : S. en'guélé, T. evCguêré, Ta. youra. 

Oiseau : S. sadji, T. sadjou, Ta. saï, D. sada. 

Chauve-souris : S. daga-sadji (oiseau du soir), T. daga- 
sadjou, Ta. ouaso. 

Pigeon : S. sadji-don'do (oiseau-chat), T. sadjou-don'do, 
Ta. gou. 

Perdrix : S. et T. sougui. 

Vautour : T. djiga (cf. bambara douga). 

Epervier : T. kogo-sadjou (oiseau des poules). 

Poisson : S. kokolo, T. kokolo ou kokoro, Ta. ni-naoua {ni, 
eau ; naoua, viande). 

Scorpion : S. kekké, T. kokko, D. momouyou. 

Mouche : S. nious, T. niousi, Ta. niori'gueï, D. yerCguilé. 

Moustique : S. et T. on'kérè, Ta ouogo, D. om. 

Termite : S. et T. djanHou, Ta. kato. 

Punaise des bois : Ta. artkoou. 

Mouche maçonne : S. et T. sousou, Ta. djidjim. 

Araignée : Ta. loro. 

Sauterelle : S. et T. kah, Ta kaga, D. kaka. 



(1) Le mot keï signifie « flèche, dard >; ; banga répond, dans la langue des 
Habé, au bambara tigui « maître de, propriétaire, possesseur » : keï-banga, 
maître de dard, qui a d piquants. 



NOTES SUR m:s montagnards habk 279 

Abeille : S. et T. té, Ta. kayoung. 

Fourmi : S. et T. même, Ta. mémérou. 

Pou : S. semé, T. karon'ka (mot bambara). 

Ver de terre : D. séoudou. 

Peau : S. et T. goudjou, Ta. gousou. 

Poil : S. kouro, T. kouro ou koro, Ta. kouro. 

Patte : S. et T. koubo, Ta. kouô. 

Corne : S. et T. kiré (les cornes de la biche, bara-nama-kiré). 

Griffe : S. et T. koko, Ta. kéouré. 

Queue : S. doulo, T. douro, Ta. bana. 

Excréments : S. bodjo, T. bè, Ta. et D. boso. 

Lait : S. em (na em, du lait de vache), T. iri {narCgua iri, 
du lait de vache), Ta. et B. em. 

Œuf : S. tali, T. tarou, Ta. taro, B. toi (signifient aussi 
« boule », cf. en bambara kili) ; œuf de poule : kogo tali, kogo 
tarou, ésa taro, emdié tal. 

Miel : S. et T. té, Ta. yono, autre dialecte igué. 

Bec : S. et T. kan, Ta. ka. 

Aile : S. et T. guet, Ta. guéta : aile d'oiseau : sadji guel, 
sadjou guel) saï guéta. 

Plume d'oiseau : S. sadji-kouro, T. sadjou-koro, Ta. gou- 
koro. 

Ecaille : S. et T. kobo, Ta. aouan\ 

Traces, piste (laissée par un homme ou un animal) : S. et T. 
koubo, Ta. kouô. 

Odeur, fumet : S. et T. djiridji. 

Cri (de tous les animaux, quadrupèdes ou oiseaux) : T. kon ; 
le chien aboie, T. idji konkondjo, Ta. nénou bogobo kéda ; le 
chat miaule, T. dorCdo kondjo, Ta. poro meï ; le lion rugit : 
T. y ara kondjo. 

Traire le lait : T. iri badja {iri, lait ; badja, tirer). 

Voler (oiseaux) : S. et T. doui (l'oiseau vole, sadji doui ou 
sadjou doui), Ta. kilou ouoré; (la poule ne peut pas voler, ésa 
ka kili béna). 

Aller à la chasse : T. gongono (signifie « promenade »). 

Les aspects de la terre. 

Montagne : S. péguélé, T. touo, Ta. derCgouno, Oualo kouno, 
D. dounzou et doumba-koundou. 

Falaise (partie escarpée de la montagne) : S. péguélé-kou 
{péguélé, montagne ; kou, tête) ; T. tou-deï {tou, montagne ; 
deï, hauteur) ; Ta. koyo. 

Eboulis (sur les flancs de la falaise) : S. péguélé-djou {djou, 
bas) ; T. touo-djo ; Ta. tor'o. 

Chemin, sentier : S. gon'do, T. odjou, Ta. osou. 

Plaine : S. et T. séno, Ta dou, D. taou. 



280 



ROBERT ARNAUD 



Pierre, rocher : S. tibi, T. toi, Ta. touo, B. doumbadié, D. taba. 

Terre : S. ni, T. kara ou nian\ Ta. iso. 

Trou, caverne, grotte : S. oulou, T. ounou, Ta. gono. 

Champ, terrain cultivé : S. minné, T. ouorou, Ta. or ou. 

Mare (de montagne) : S., T., Ta. et D. taga. 

Argile : D. torC do-mai. 

Sable : D. soromo. 

Puits : S. ogo, T. oté, Ta. téo, D. tôran£ 

Brousse : S. bala ou ouorou, T. 6ara, Ta. dow ou ouo, D. 
o/ow. 

Faille dans la falaise (on y monte à l'aide des coudes et 
des genoux) : S. et T. gono, Ta. ganort (la faille de Yaïouata, 
à Tabi : Yaïouata gari*), D. gagamdi. 

Monter dans une faille : Ta. gari* tang. 

Corniche (le long de la falaise) : Ta. tépa. 

Source (qui suinte du rocher) : S. di-kombo, T. di-ounou, 
Ta. tara-dédé, D. golo-nô. 

Mare (de plaine) : T. bouro, Ta. djiouré, Oualo kouzoum. 

Plateau : S. péguélé-sana (sana, plat) ou nia, T. tono-sana, 
D. taba-danna. 

Tunnel : S. koumbo, T. gounou. 

Rivière : S. di-gon'do (di, eau ; gon'do, route), T. di-odjou 
{odjou, route), D. golo. 

Cascade : S. kombo, D. doumbala-kono. 

Vallée : S. ounou- gon'do, D. ono ; forêt : D. ounaou. 

Pic : D. da-oula-koundou. 

Sommet : D. da-nouô. 

Caverne : D. kommô. 

Remarque. — La montagne, en pays habé, présente un 
aspect particulier : elle se compose essentiellement de falaises, 
qui affectent la forme de chaînons séparés les uns des autres 
par des plaines d'une largeur variable ; ces falaises sont 
d'énormes pavés de grès, qui dressent à cinq ou six cents 
mètres leurs arêtes verticales ; elles sont couronnées de pla- 
teaux qui, tantôt, forment des tables de pierre compacte 
et stérile, tantôt, sous l'action des intempéries, se sont crevas- 
sés, et sont entaillés par des ravins et des canions. Chaque 
falaise est entourée d'un cône de déjection d'éboulis, tumultes 
de roches souvent gigantesques, qui escaladent les à-pic 
jusqu'à souvent deux cents ou trois cents mètres de hauteur. 
Il faut franchir ces éboulis et s'engager dans des passes parfois 
très difficiles, grimper même à des échelles disposées par les 
Habé au fond de failles étroites, pour accéder aux plateaux. 
Des arbres, des fourrés épais s'accrochent à toutes les rides 
de la falaise, à tous les creux de l'éboulis et y prospèrent. 



NOTES SUR LES MONTAGNARDS HABÉ 281 

Un grand nombre de sources se trouvent dans la montagne, 
et les Habé s'entendent à retenir les eaux par des barrages 
fort bien construits et des réservoirs parfaitement aménagés. 
Les villages sont bâtis en général au haut des éboulis. 

La vie végétale et V agriculture. 

Coton : S. la, T. salla, Ta. ramou. 

Mil (en général) : Nadiomba djiogo. 

Petit mil : S. et B. you, T. niou, Ta. yoh (cf. bambara nion), 
Nadiomba sié. 

Gros mil : S. et T. embé, Ta. tousou, Nadiomba emba. 

Petit mil tardif : Séno-Tamari iridia ; gros mil tardif : 
même dialecte kéniki ; gros mil tardif à grains panachés de 
rouge : même dialecte éméou ; ver qui attaque le mil quand 
l'épi se forme : S. soussoum-por'o. 

Haricot : S. et T. ni, Ta. noum. 

Oseille indigène (da) : S. et T. andjou. 

Arachides : S. elle, T. ère, Ta. enné, Séno-Tamari éré-ban'- 
guéré; pois-arachide : S. èl-enna, T. èr-enna. 

Eleusine (fonio) : T. porfgo, Ta. ouso. 

Sésame : T. mené, Séno-Tamari poumpou. 

Courge (calebasse) : T. kadjou, Ta. kasou. 

Courge (gourde) : T. sabolou. 

Tomate : T. kê-lé (kê, fruit ; lé, plante). 

Plante (en général) : T. lé ou mé ou mi. 

Graine : S. et T. i, Ta. ino. 

Arbre : T. ti-mé (ti, bois ; mé, plante) ; Ta. ti-oua ou ti-nia. 

Baobab : T. oro-na (oro, sauce ; na, mère) ; Ta. oro. 

Tamarin : T. ombou-nou (ombou, menstrues ; nou, mère (?) ). 

Ronier (borassus) : T. sévé (cf. bambara sébé) et sim-ti-mé. 

Gonatier (acacia dont les gousses sont employées pour le 
tannage des peaux) : T. bouâ-na (mot bambara), Touré kiem. 

Kounan (sorte de prunier sauvage dont les fruits servent 
à préparer une boisson appréciée) : T. biridjo. 

Pékou (arbre fruitier sauvage à bois rouge) : T. sah. 

Néré (Parkia biglobosa) : T. youlo. 

Soumbara (condiment extrait des fruits du néré) : T. pour- 
gama. 

Jujubier : T. ogoul-nama {ogoul, jujube). 

Indigo : T. gara. 

Piment : S. ké-pérou, T. ké-pel (fruit brûlant). 

Nénuphar : T. koulou. 

Fonio sauvage (pagouri) : S. gou-si, T. sadji-pon' go (fonio 
d'oiseau), Ta. gan-si. 

Gombo (Hibiscus esculenta) : T. koumbaldé. 

Riz : T. moi, Ta. mo. 



282 



ROBERT ARNAUD 



Maïs : T. mézéné-mé. 

Patate douce : T. masa-kou (mot bambara). 

Oignon : T. djaba (mot bambara) ou gabou (mot peul) ou 
basala (mot arabe). 

Quinquéliba : T. djin'dji-sé (djindji, odeur ; se, bonne). 

Beurre de karité : T. min'-djou (djou, beurre). 

Gomme : Ta. dana. 

Fruit : T. kê. 

Branche : T. noumo (branche d'arbre, ti-mé noumo), Ta. 
dan 1 ga-sori. 

Feuille : T. kouro (feuille d'arbre, ti-mé kouro). 

Fleur : T. pini. 

Racine : T. dou ou boro-dou (boro, inférieur, dessous). 

Tige, tronc : T. kérou. 

Ecorce : T. kodjou, Ta. poro. 

Epine : T. die. 

Bois (d'un arbre) : S. téni, T. ti, Ta. tino. 

Herbe, paille d'herbe : T. bérou ou bér, Ta. solo, B. mbélou. 

Grenier à mil : S. guè, T. go, Ta. ga. 

Charge de mil (de 12 à 15 kilogs) : Séno-Tamari irCdia- 
télé-pari* ga. 

Boules de farine de mil : T. pounoman. 

Champ, plantation : S. minné, T. ouorou, Ta. orou. 

Plate-bande entourée de pierres où l'on cultive les plantes 
maraîchères et même, dans la falaise, le mil : T. gonno. 

Planche de tabac : T. taba-gonno. 

Grenier construit dans un creux de falaise : Ta. pan'ga. 

Semer du mil : T. you le (you, mil ; le, semer). 

Piocher (la terre), labourer : T. ouara. 

Houe : S. ouara, T. djiellé, Ta. séou, Touré sampaou ; petite 
houe : Touré diaho. 

Faucille : Touré komo. 

Hache : Touré diombéri. 

Feu de brousse : T. bara-nié (bara, brousse ; nié, feu). 

Borne, limite : T. kérou. 

Arroser : T. soro. 

Fête des semences : Touré taka ; fête des cultures : Touré 
poli ; fête des moissons : Touré nébé. 

La famille. 

Homme ou femme (être humain) : S. nirCgué ou irCdé, 
T. nerf gué ou nan'gué, Ta. noumo ou noumou (noumo-mo, 
l'ensemble des hommes). 

Homme (mâle) : S. ânânâ, T. ana, Ta. an\ 

Femme : S. yânâ ou y a, T. nyc ou y a, Ta. nya ou aya. 

Garçon : S. ânânâ-i, T. ana-i, Ta. ari-o ou arf-ori . 



NOTES SUR LES MONTAGNARDS HAHK 2S3 

Fille : S. yânâ-i, T. nyè-i, Ta. igni ou ya-ro. 

Père : S. bâ, T. bon, Ta. 6aA (m' bah, mon père). 

Mère : S. et T. nâ, Ta. nah. 

Frère ou sœur : S. sougo, T. sowgo ou sa, Ta. «'. 

Oncle : T. lidji, Ta Zm (V lisi, mon oncle). 

Tante : T. nindji ou nana, Ta. néré ou nana. 

Cousin ou cousine : T. nindji-i {ma nindji-i, mon cousin). 

Grand-père : T. bâ-gara (père vieux), Ta. bah-babah. 

Grand -mère : T. tira-ni, Ta. nana (m' nana, ma grand-mère). 

Mari : S. éguè, T. éga, Ta. e'ga (m' éga, mon mari). 

Epouse : S. et T. nyè (ma nyr, ma femme), Ta. nyano 
(m' nyano, ma femme). 

Parent par alliance (beau-père, belle-mère, gendre, bru) : 
T. ama, Ta. âma (ammama, beau-père et belle-mère). 

Frère aîné : T. dédê. 

Frère cadet : S. sougo-no (no, petit), T. oun'dja, Ta. ouaïnou. 

Famille : S. bâ-guina, T. bo-guina (maison du père). 

Remarque. — Chez les Habé, il n'est pas interdit au 
gendre de se rendre dans la maison de son beau-père, et, 
réciproquement, au beau-père de fréquenter son gendre. 

Il n'existe d'interdits que pour les repas ; un homme marié 
ne peut partager son repas avec aucun des parents de sa 
femme ni avec sa femme elle-même. Il ne peut manger non 
plus avec son père. Les vieillards sont toujours servis à part. 

Par contre, il peut manger avec ses enfants, garçons ou 
filles, tant qu'ils ne sont pas pubères ; il mangera aussi avec 
ses frères ou ses amis. 

Les parties du corps. 

Tête : S., T. et Ta. kou ou kouh, D. koum (cf. bambara koun). 

Œil : S. guiré ou gri, T. guiré ou guin'dé ou guère, Ta. 
guiro, D. guiri. 

Bouche : S. an'ga ou kè, T. kan\ Ta. kah, D. aka. 

Nez : S. kiné, T. kini, Ta. kino, D. kinou. 

Oreille : S. sougoulou, T. et Ta. sougourou, D. soungoun\ 

Visage : D. guiri-nom ; globe de l'œil ; D. guiri-tourou. 

Front : D. dimmou. 

Joue : D. tougou. 

Main, bras : S. nimé, T. noumo, Ta. loh, D. noumo ; main 
droite, nimé-niah, noumo-niah, loh-noï ; main gauche : nimé- 
nana, noumo-nana, loh-baria ; avant-bras : D. noumo-pogo. 

Pied, jambe : S. koubo, T. kouo, Ta. kouoto, D. anou (jambe) 
et art-limbe (pied). 

Epaule, poitrine : S. gono, T. gon'go, Ta. gogom. 

Dent : wS. et T. ini, Ta. guino, D. inou. 



284 ROBERT ARNAUD 

Langue : S. neh, T. na, Ta. lelah, D. niri'di. 

Cheveu : S. et T. kou-n'-kouro, Ta. kou-kouro (poil de tête) ; 
poil : S., T. et Ta. koiiro, D. koulo. 

Moustache : S. kè-rt-kouro, T. kan'-kouro, Ta. ka-kouro. 

Menton : S. et T. bè, Ta. béou ; barbe : S. et T. bè-n'-kouro, 
Ta. béou-kouro, D. en* bébé. 

Cou : S. kolokolo, T. koro, Ta. koro-kiéoura, D. korogoro. 

Mollet : S. koubo-sana (sana, muscle), T. kouo-sana, Ta. 
baou, D. arC-toaou. 

Genou : S., T. et Ta. nirigo, D. siri'diou. 

Cuisse : S. et T. larou, Ta. paga, D. paga et douri'dou. 

Ventre : S. bérè, T. bini, Ta. pouro, D. béri ; nombril : 
D. bon'gohi. 

Fesses : S. et T. koun'gou, Ta. pouro-kéta, D. doumo. 

Dos : S. dogo, T. dogo-kané, Ta. toun'go. 

Coude : S. et T. loh-toumo, Ta. loh-touri'go. 

Doigt : S. nimé-i, T. noumo-i, Ta. loh-ini (petit de la main), 
D. nouo-saï. 

Pouce : S. nimé-ana, T. noumo-ana, Ta. loh-ara (mâle de 
la main). 

Index : S. nimé-koh, T. noumo-koh, Ta. loh-iri-kasèt 

Petit doigt : Ta. loh-iri-douneï. 

Paume de la main : S. nimé-kéné, T. noumo-kéné, Ta. Zo/i- 
te'pa, D. noumo-kiri di. 

Poignet : S. nimé-kollo, T. noumo-koro, Ta. loh-koro, D. 
noumo-kogolo. 

Ongle : S. nimé-koko, T. noumo-koko, Ta. loh-kéouré, D. 
nouo-kobli. 

Sang : S. m, T. ne, Ta. nrâ', D. t'foV. 

Salive : S. et T. loro-di, Ta. /caZo, D. ariga-yomo. 

Urine : S. in'diari, T. in'sini, Ta. amna-ni, D. rfdiarro. 

Os : S. et T. 7am, Ta. kiérah, D. A%i. 

Peau : S. et T. goudjou, Ta. gousou. 

Viscères (cœur, foie, estomac) : S. et T. kéné, Ta. kéla, 
D. kin'di. 

Intestins : S. et T. koufou, Ta. bayo-kongoro. D. bin'dou. 

Reins : D. nolo. 

Artère : D. vélou ; veine : D. anouo-tieri 'gou. 

Cervelle : S. et T. kou-né (cf. bambara koun-nè). 

Seins : S. et T. m, Ta. iro, D. irou. 

Chair, muscle : S. nama, T. sana, Ta. naouah, D. nama. 

Poitrine : Ta. kel-koh, D. guigniou. 

Bras : Ta. loh-zoukoum-zoukaï. 

Membre viril : Ta. doro, D. téré ; testicules : D. dolo. 

Côtes : Ta. guimoro. 

Cœur : Ta. kéla-ton'go. 



NOTES SUR LES MONTAGNARDS HABK 286 

Poumons : Ta. kou-pasou, D. boudou-balou. 
Incisive : Ta. guino-Jcérou ; canine : Ta. nini-guino ; molaire : 
Ta. gamma. 

Menstrues : T. ombou. 

Pus : D. nem-pisou. 

Souffle de l'homme, respiration : T. ouiïdjou. 

Corps (de l'homme ou des animaux) : T. guié ou gué. 

Maladies et infirmités (1). 

Maladie : T. nou (2) ou nounou, Ta. lor'o ou nounou. 
Médecin : T. djongo-djongo, Ta. dziog-dziog-nou. 
Médicament : T. loi, Ta. ania. 
Maladie d'yeux : T. guiré-nou, Ta. guiré-lor'o. 
Syphilis : T. foto, Ta. ouséï. 

Lèpre : T. nounou-gara (maladie aînée), Ta. guésou-ani. 
Variole : T. ondjo. 
Ver de Guinée : T. nono, Ta. lolo. 
Bronchite, toux : T. kokodjo, Ta. kosio. 
Maux de ventre : T. bini-nounou, Ta. pouro-téo. 
Fièvre : T. gué-nou (mal de corps), Ta. kou-dégou. 
Boutons, pustules : T. ton'gou. 

Goitre : T. djogo. (Il y a beaucoup de goitreux dans les can- 
tons méridionaux du pays habé.) 
Gale : T. gama. 

Blénorragie : T. ponou-douro (littér. coulisse de culotte). 
Dysenterie : Ta. ni-n'-gada. 
Tœnia : Ta. dolo. 

Aveugle : T. guéré-mi, Ta. guilou-m'-nou. 
Borgne : T. guiré-n'-tono, Ta. guiré-toro. 
Boiteux : T. kouo-gon'dou. 

Bossu : T. dogo-djon'go (dogo, dos ; djorfgo, bosse). 
Fou : T. kéké, Ta. holo-nounou. 
Muet : T. momo. 
Bègue : T. kan'-koJcoro. 
Sourd : T. sougourou-sogo. 
Je suis malade : T. i nounou djo, Ta. bani sara. 
Je suis guéri : T. i baï, Ta. mi bani Jean' ouré. 
Son ventre gonfle : T. bini piri. 
Vomir : T. gouro. 



(1) Il n'y a, pour ainsi dire, pas d'infirmes de naissance chez les Habé : les 
enfants mal venus sont mis à mort dès leur naissance ; ils sont en effet consi- 
dérés comme nés de l'accointance occasionnelle de quelque démon. 

(2) C'est le mot dont on se sert pour désigner la mort. 



28() nOBËRT ARNAUD 

Le pays, le village, la maison. 

Pays, village : S. ana, T. an'da, Ta. ala, B. dama (1). 

Maison, groupe des habitations d'une famille : S. guina, 
T. guini ou guiné, Ta. ilo (ilo moutou, beaucoup de maisons (2). 

Grenier : S. gué, T. go, Ta. ga. 

Case à palabres, salle de réunion : S. togo-gara, T. togo-na, 
Ta. tan'ga-ka, Séno-Tamari saouro (3). 

Marché : T. ébé. 

Porte de la maison : S. guina-moli, T. guiné-kan\ Ta. ilo-ka. 

Terrasse, toiture : T. guiné-kou (tête de la maison). 

Mur : T. gouma. 

Serrure : T. kèm. 

Porte (en général) : T. pi, Ta. gam'bo ; ouvrir une porte : 

(1) Les villages n'ont en général que deux entrées ; là où le rocher serait 
accessible, ont été pratiqués des travaux de défense ; c'est ainsi que, du côté de 
Dé, le village de Samari est protégé par deux gros murs de pierres non cimentées, 
hauts encore de deux mètres, qui, à trois cents mètres l'un de l'autre, barrent 
une gorge qui mène au village, construit lui-même sur une éminence. A Pélinga, 
village que la colonne de 1909-1910 fit évacuer par ses habitants, la gorge qui 
menait au village, étroit couloir entre deux parois verticales, était barrée par 
un mur crénelé ne laissant qu'un passage d'une largeur de moins d'un mètre. 
Je ne rappelle que pour mémoire les formidables défenses de Tabi, dont nou3 ne 
vinmes à bout, en octobre-novembre 1920, qu'après six semaines de siège et un 
assaut meurtrier. 

(2) Les maisons ont parfois trois ou quatre étages : a Quant on pénètre à 
« l'intérieur d'une case, on traverse d'abord une sorte de vestibule perpendi- 
« culaire à l'entrée, puis on arrive dans une cour de dimensions variables, sur 
« laquelle donne le corps principal de l'habitation ; on franchit, pour pénétrer 
« dans celle-ei, une petite ouverture latérale ; on arrive dans une sorte de che- 
« minée, et, au moyen d'un tronc d'arbre muni d'encoches, on accède aux 
« pièces de l'étage supérieur, pièces fort petites et qui sont distribuées à droite 
« et à gauche du conduit d'ascension. 

« La maison est couverte en terrasses souvent décorées de fétiches divers. 
« Seule, la cage de l'escalier, protégée par une maçonnerie en forme de niche, 
« donne du jour à l'intérieur, ce qui plonge toutes les pièces dans une obscurité 
« presque complète. 

« L'intérieur des cases est d'une grande malpropreté. Par contre, l'aspect 
« général d'une maison de notable est assez agréable. 

« Hautes de six à sept mètres, crépies d'une argile grise et résistante, ornées 
« de fausses fenêtres à colonnades, ces maisons ont une allure qu'on ne trouve 
« nulle part ailleurs dans la vallée du Moyen Niger, en exceptant toutefois les 
o constructions songoï. » (Terrier, rapport déjà cité). 

(3) Soutenue par des colonnes de pierres, couverte de bottes de paille, la 
« case à palabres » sert à abriter les conciliabules des vieillards ; ceux-ci ont 
seuls le droit d'y pénétrer. Les jeunes gens qui passent devant doivent enlever 
leur bonnet et leurs sandales et saluer les vieillards ; s'ils ne témoignaient pas 
ce respect, les vieillards feraient « fétiche » contre eux, c'est-à-dire se débarras- 
seraient d'eux par le poison, La « case à palabres » est établie dans un endroit 
qui domine le pays ou sur l'une des places principales du village ; parfois il s'en 
trouve plusieurs' dans un même village. Dans la plaine, faute de pierres, les 
colonnes de soutien sont souvent en bois ; celui-ci alors est sculpté et orné de 
dessins en relief, emblèmes de prospérité. La hauteur à l'intérieur est de l m ,20 à 
l m ,40. La toiture est faite de branchages sur lesquels on entasse une épaisse 
couche de mil, ayant souvent plus de l m ,50 de haut. La forme de l'édifice est 
carrée ou rectangulaire, les côtés mesurant de 4 à 7 mètres. A l'intérieur sont 
disposés des troncs d'arbre fendus, posés à plat sur le sol et sur lesquels on 
s'asseoit. 



NOTES SUR LES MONTAGNARDS MARK 287 

T. pi n' guère, Ta. ilo-ka timna ; fermer une porte : T. pi n'gué, 
Ta. ilo-ka liloasé. 

Rue : T. odjou. Ta. osou. 

Cimetière : T. nianou. 

Place publique : T. kérè, Ta. kéna. 

Pays, contrée : T. dama. 

Canton : T. gana ou gan'da (mot songoï). 

Limite, frontière : T. kérou. 

Pierre levée, menhir (1) : S. péguélé- gourou, T. touo- gourou 
(pierre haute). 

Argile à mortier : T. lor'o. 

Brique : T. tembéré. 

Incendie : T. nié, Ta. nouoh. 

Les gens, les habitants : S. bêlé, T. na. 

Chef, maître : T. banga (correspond au tigui des Bambara). 

Chef de village : T. an* da-banga, B. an'ga. 

Chef de canton : T. garC da-banga. 

Chef de maison : T. guina-banga. 

Chef des guerriers : T. sako-tor'o-kou (tête des jeunes 
Habé) (2). 

Chef religieux : S. et T. hogon, Ta. hon , gon\ 

Vieillard notable : T. na-n'-gara. 

Esclave : S. et T. gouno, Ta. gonofo (3). 

Griot : S. et T. gon, Ta. mabo. 

Forgeron : S. et T. diemmé, Ta. gargasan\ Nadiomba tolo ; 
forgeron qui extrait le fer du minerai : Ta. zemam -; forgeron 
qui pratique la circoncision : T. et Ta. kékénen'dou. 

Habé : T. dogono, plur. dogom'vé; Ta. noum-tor'o ou tor'o- 
noumou (parler la langue des Habé, tofo tégou). 

Membre d'une association de danse : T. gogo ; sa coiffure : 
goro-odjou (peut-être pour kouro-oudjou, pointes de poils) (4). 

La maison du hogon : Ta. hortgori' tila ilo (maison des gris- 
gris du hogon). 

Construire une maison : T. guina oudjou ; habiter : Ta. 
dingda ; détruire un village : Ta. ala zogoré. 



(1) On rencontre fréquemment des pierres levées dans les falaises. 

(2) Tofo est un des noms sous lesquels se désignent les Habé. Le chef des 
jeunes gens est choisi par les vieillards. Considéré comme l'homme le plus brave 
du village, il dirigeait jadis les incursions dans la plaine ; il conservait son influ- 
ence en distribuant autour de lui le produit de ses pillages. 

(3) Les esclaves sont très rares chez les Habé. A Tabi, sur une population 
de 200 âmes, il n'y en avait que deux. 

(4) Cette coiffure consiste à grouper les cheveux en petites tresses ; pour 
arriver à. les avoir longues, les danseurs ne se coupent jamais la chevelure. Par- 
fois le gogo porte une perruque formée d'une crinière d'animal ; dans ce cas, sa 
tenue se complète par un costume voyant, le»plus»souvent une casaque verte 
galonnée de rouge ou de bleu. 



288 ftOBEUT ARNAUt) 

Le vêtement et la parure. 

Boubou (sorte de chemise ou de blouse) : S. arhoï, T. arko. 
Ta. dolliki (cf. bambara doloki), D. arkoni ; mon boubou est 
déchiré, S. arkoï ma kareï. 

Culotte : S. pon'dou, T. arCderigué ou potion, Ta. zombo, 
D. ponnou. 

Bonnet : S. kourCko, T. bambara, Ta. koun'gollo, D. golo. 

Pagne (de femme) : S. et T. yatou, D. soou-guibou (pagne 
qui se porte sur l'épaule, soou-yà). 

Sandale : S. tah, T. taga, Ta. tago, D. tara-ouro-koundou ; 
lacet de sandale : tah-soungou, taga-soungou. 

Bandes d'étoffe (que l'on coud ensemble pour faire les 
vêtements) : S. para (para-la, tissu de coton en bandes), 
T. toung, Ta. yoro. 

Fil : T. boulo, Ta. oï. 

Aiguille : T. mézéné, Ta. kala. 

Chapeau (pointu, en paille) : T. prigui. 

Pièce de tissu (d'importation européenne) : T. bagui (mot 
bambara). 

Cordon, tresse : T. douro. 

Bottes de cheval : T. som-taga. 

Ceinture : Ta. pouro-pago (pouro, ventre ; page, lier), 
D. baka. 

Ceinture de perles : D. dou-guirou. 

Coudre : Ta. ata. 

Bracelet : S. et T. ménou, Ta. timsou, D. ménou. 

Collier : Ta. koro-téla, D. dougo. 

Bague : S. pégué, T. pelé, Ta. loh-saga, D. métré. 

Bandeau : T. kiri ; bandeau garni de cauries que les jeunes 
gens portent autour du front : T. kogo-kiri (kogo, caurie), 
D. kélé-doumou. 

Scarifications : T. kari (1). 

Les outils, les ustensiles, le mobilier, les armes, les instru- 
ments de musique. 

Houe : S. ouara, T. djicllé, Ta. séou. 

Hache : S. iné, T. do, Ta. sogo, B. goulo (fig. 13 et 14), 
D. séou. 

(1) Les scarifications ethniques des Hnbé des deux sexes consistent en trois 
petits traits verticaux sous chaque œil (voir fig. 12). De plus, les femmes portent 
sur les reins deux rangées horizontales et superposées de petits traits verticaux 
{dogo-kari, scarifications du dos) : chaque femme est censée indiquer ainsi 
qu'elle désire avoir autant d'enfants qu'elle a de cicatrices. Les scarifications 
sont faites quelques jours après la circoncision ou l'excision. Les femmes portent 
généralement deux anneaux d'argent au nez, un autre à la lèvre inférieure et 
tout un ourlet de petits anneaux d'argent à chaque oreille (fig. 12). Les hommes 
portent seulement un petit anneau d'argent à chaque oreille. 



NOTES Sl'H LBS MONTAGNARDS HABE 



289 




Fig. 12. — Tête de femme habé (A, anneaux d'argent : B, bâton- 
net servant à gratter la tête), 
Fig. 13. — Hache provenant de Bargué. 
Fig. 14. — Hache de Koyo (Sarnièré). 



ETHNOGRAPHIE 



19 



290 ROBEKT ARNAUD 

Couteau : S. polou, T. sirtdé, Ta. pérou, D. poul. 

Mortier à piler : T. dokoro, Ta. bono ; pilon : T. dokoro-i, 
Ta, boné-éni. 

Meule dormante : S. péguélé-nami, T. touo-nami, Ta. noung ; 
pierre à broyer : S. et T. nami-i, Ta. noung-ini. 

Marmite : S. et T. dé ; Ta. to-guemna. 

Peau de bouc pour l'eau : S. simen\ T. omboro, Ta. lolloou. 

Peau de bouc à effets (gibecière, musette) : S. bénè, T. bono 
ou bon? do, Ta. dan'ga. 

Cuiller (faite d'une calebasse) : T. kadji-pé-guellé, Ta. so- 
golo ; manche (de cuiller), T. pê. 

Ecuelle en bois : T. bandja, Ta. bansa. 

Vase en terre (en général) : S. dé, T. té ou déï, Ta. tékou ou 
toukou ; vase très grand (pour les grains, en deux ou plusieurs 
pièces) : S. dé-m-paï, T. té-guéré, Ta. sounéï ; petit vase : 
T. dem. 

Corbeille : S. tadjou, T. to gourou. 

Calebasse : S. kadji, T. kadji et kon'dou, Ta. kasou. 

Couvercle (en sparterie) : T. bérè. 

Palette en bois (pour sortir de la marmite la pâte de farine 
de mil) : Ta. kéta. 

Sac en étoffe : Ta. boto. 

Bâton : S. fana, T. baga, Ta. bêlé (cf. bambara bêlé ou béré). 

Pipe : S. taou-dé, T. taoua-dé, Ta. tagou-sou. 

Lampe : T. pitila-dem (litt. petit pot à lumière : la lampe 
des Habé est un petit pot de terre où brûle une mèche enfon- 
cée dans du beurre de karité). 

Miroir, glace, verre : Ta. digui. 

Plume à écrire : T. kéri. 

Métier à tisser : T. kolo, Ta. yo-ti-lisa ; navette : T. kokolo ; 
tisser : T. toute ; tisserand : T. toutè-ni, Ta. yo-tim ; filer le 
coton : S. kéméné-kara ou biré, T. kana ou konou biré. 

Soufflet (de forgeron) : T. oudjou-borido (oudjou, soufflet ; 
bon'do, peau de bouc). 

Marteau : T. tou-togo ; tenailles : T. uya ; enclume : T. 
badan-golo ; fer : T. mi, Ta, ina ; cuivre : T. ménou. 

Pirogue : T. koro ; pagaie : T. koro-i. 

Selle (de cheval) : T. kékéré ; bride : T. karbé ; licol : T. 
kanié ; étriers : T. som-kérué ; éperons : T. sérué ; sangle : 
T. bara-djourou (mot bambara) ; housse (en petites lanières de 
cuir bariolé, qui protège les yeux du cheval contre les mou- 
ches) : T. guiré-mou- gourou ; sacoche double de cavalier : 
T. som-bono. 

Natte (de couchage) : S. nien'gué, T. sougo, Ta. kara et 
lèso (mot peul). 

Paillasson : T. tanga ou bcr-tanga (ber, paille). 



NOTES SU» LES MONI AGN'.VUDS HAIJK 291 

Couverture (en général) : T. yatou ; couverture de laine : 
T. et Ta. kasa (mot bambara) ; couverture de coton à larges 
rayures bleues et blanches : T. yatou-sogor , o (sogor'o, bigarré) ; 
couverture de coton à fines rayures bleues sur fond blanc : 
T. mounioro, Ta. mouniouré. 

Tabouret : T. din'gui, Ta. ding-ding. 

Echelle à encoches : Ta. tirou ; échelle à montants : T. siguili. 

Charge (d'homme ou de bête de somme) : T. dafi. 

Tas de bois : S. ti-din'gui, T. téni-yal. 

Charbon : Ta. guemné. 

Cauries : S. kélé, T. ko go. 

Lance : S. sali ou sari (pointe de lance, sari-né), T. sarou, 
Ta. saro, D. ouara. 

Arc : S. et T. kenna, Ta. mouskeng, D. tôo. 

Flèche : S., T. et Ta. tel (ï très nasalisé) ou keï, D. kimi. 

Sabre : S. polou-grou, T. siridê-grou (couteau long), D. poul- 
kabaï. 

Fusil : T. marja (mot bambara), D. malba. 

Fronde : Ta. touo-dartsi, D. binai. 

Bouclier : D. goudouga. 

Corne (trompe) : T. toutourou (jouer de la trompe, toutourou 
sondjo), Ta. et B. kéra. 

Flûte (à trois trous) : B. toutourou, Ta. sêsa. 

Tambour : Ta. bolou et garCga ; tambour bi-conique : 
B. gon' (baguette recourbée pour en jouer : gon'-ba) ; tambour 
cylindrique : B. borfgou : tambour fait d'une calebasse : 
B. bol. 

Tout instrument de musique à cordes : Ta. koli. 

Clochette en métal (non fermée, sur laquelle on frappe 
avec un bâtonnet en fer) : B. ini. 

Cuisine, nourriture et chauffage (1). 

Eau : S. ni et di, T. di, Ta. ni. 

Feu : S. niam, T. nié, Ta. nouo, nombreux dialectes (2) nia. 
Lait : S., T. et Ta. cm. 
Miel : S. et T. té, Ta. youo ou yo. 
Sauce : S. djo, T. oro ou djo. 
Noix de cola : T. goro, Ta. gouro. 
Sel : T. me, Ta. nèng. 

Faim : T. guié ; j'ai faim : T. guiéma n'sa (la faim me tient), 
Ta. arkiri m'sa. 

(1) Pour les noms des aliments, voir les vocabulaires précédents (animaux, 
vie végétale, parties du corps). Pour la cuisine et le chauffage, voir Je vocabulaire 
relatif aux outils, ustensiles, etc. 

(2) Notamment ceux des cantons d'Arou, du Séno-Togol, du Séno-Tendéli, 
du Tengourouri, du Barassara. 



292 ROBERT ARNAUD 

Soif: T. di-norou (besoin d'eau); j'ai soif: T. di-norou ma 
n'sa, Ta. ni-né youa. 

Manger : S. nié, T. gni (très nasalisé), Ta. lèh. 

Le déjeuner : T. idjlgué-pana, Ta. koningo-ka ; le dîner : 
T. daga-pana, Ta. haourou-ka. 

Pâte de mil (to des Bambara) : S. dia, T. nia, Ta. dzah. 

Bière de mil (dolo des Bambara) : S. kondja, T. kèridjé, 
Ta. koso. 

Huile : T. nin'gui (huile d'arachides, érè nin'gui). 

Beurre de karité : T. mindji-nhi' gui. 

Viande : T. nama (viande crue, nama ban' (litt. viande 
rouge) ; viande cuite, nama djanou), Ta. naouah. 

Viande pourrie, charogne : T. naoua ombou, Ta. maro. 

Beurre (de lait) : T. djou, Ta. loou, B. nié. 

Farine : T. pono, Ta. pina ; farine de mil : T. nicu-pono, Ta. 
sanga-yaourou ou pina. 

Bois à brûler : S. téni, T. baga ou ti, Ta. tino. 

Charbon : Ta. guemné. 

Flamme : Ta. nouo-léla. 

Savon : S. et T. sabouna, Ta. éra. 

Cendre : T. donié, Ta. doun'sou. 

Fumée : T. koun\ Ta. koumo. 

Tabac en poudre (qu'on chique) : Ta. hampéré. 

Casser du bois : T. baga pérè. 
.Allumer le feu : T. nié kin'dé. 

Nettoyer : T. soumbo. 

Se chauffer : S. nié sogo déon, T. nié sogo dodjo {nié, feu ; 
sogo, côté, bord ; déon et dodjo, s'approcher de). 

Le feu m'a brûlé : Ta. mi nouo détona si. 

Boire : T. noni, Ta. niné ou néna. 

Porteur d'eau : Ta. ni-kooumou. 

Il n'y a plus d'eau : Ta. ni doumbori (eau finie) ou ni m 9 sa ra 
(eau n'y avoir pas). 

Bematique. — La nourriture des Habé est très simple ; 
elle ne se compose guère que de nia, qui est de la farine de 
petit mil cuite à l'eau et mangée avec une sauce dont les 
ingrédients principaux sont des feuilles d'oseille indigène et 
des feuilles de baobab. Ce nia rappelle le to des Bambara ; 
il n'est pour ainsi dire jamais salé ; ce n'est que dans les 
grandes circonstances qu'on lui adjoint de la viande. Le mil 
rouge est employé presque exclusivement à la fabrication 
du dolo qui, très épais, sert à la fois de nourriture et de bois- 
son. Les Habé, très laborieux, cultivant les moindres recoins 
de leurs montagnes, ont le plus souvent des récoltes abon- 
dantes ; aussi sont-ils de gros mangeurs et de grands buveurs. 



NOTES SUK LES MONTAGNARDS HABK 293 

Divisions du temps. 

Année : T. ana-koudjou, Ta. boro. 

Epoque, Saison : T. et Ta. bana. 

Saison froide : T. nioumou, Ta. nioh, D. bagolou : saison 
sèehe : T. nouri 'gou-bana, Ta. noung-bana (époque du soleil) ; 
saison ehaude : Ta. foufoulé, D. nam-balou ; saison des pluies : 
S. djingué, T. djinga, Ta. dzina, D. djiniga ; saison inter- 
médiaire entre les pluies et la saison froide : Ta. dziamdé. 

Mois (lunaison) : S. yé, T. oh, Ta. youa. (Les mois n'ont pas 
de noms spéciaux ; on dit à Tabi : youa touro, premier mois ; 
youa leï, deuxième mois, etc.). 

Semaine (de cinq jours) : T. djougo. 

Jour : S. bai, T. idjigué ou nin'guini, Ta, naï, D. nam. 

Matin. : S., T. et D. aga ; aurore : D. an 'ga-dimbé. 

Midi : T. nang-kéné, Ta. noun-loh, D. nanHigué. 

Soir : S. et T. déga ou daga, Ta. déga, D. digué-na ; crépus- 
cule : D. ba-kouh. 

Nuit : S. et T. déné ; minuit : T. et Ta. niangah, D. digue. 

Aujourd'hui : T. yé, Ta. yo ; hier, T. et Ta. ya ; avant- 
hier : T. yé-n'-tari'dou ; demain : T. yogo, Ta. houon (très nasa- 
lisé) ; après-demain : T. yogo-déné. 

Tout de suite : Ta. nin'gui. 

Salutations. 

La formule ordinaire de salut est : po, B. pôo. 

A Sangha et à Téménéré, le salut du matin est aga po, 
celui du soir déga po, celui de la nuit déné mo ; à chacun de ces 
saints, on répond invariablement po. 

A Tabi, le salut du matin est a bani la a da ma ou a naoua, 
auquel on répond ka li bani a ; celui du soir est a der ma, 
celui de la nuit a po déré ; « comment allez-vous ? » se dit 
a bané ba ma ? « je vais bien », i bani da ; « au revoir », aï 
bandé né. 

Dans la falaise du Sarnièré, lorsqu'un hôte considérable 
arrive dans un village, les femmes lui présentent une corbeille 
de flocons de coton bien blanc et on lui apporte un peu de 
miel. 

Le ciel, les météores, les points cardinaux. 

Ciel : S. an\ T. ani ou anou, Ta. ana. 

Pluie : S. et T. an'-di (eau du ciel), Ta. kouro, D. ana-ya- 
minoko. 

Nuage : S. et T. ni, Ta. kouro, D. ana-kouroua ; brume : 
D. nini-banou. 

Grêle : T. anou-gara, Ta. ari-kara, D. ana-Km. 



294 ROBERT ARNAUD 

Arc-en-ciel : T. anou-louré (serpent du ciel), Ta. ar-moumou, 
D. nomma. 

Tornade : S. et T. anou, Ta. ana ou ara, D. ana-kouyo. 

Tonnerre : T. anou-moura (bruit du ciel), Ta. ana-mira, 
D. ana-ya-panaJw. 

Eclair : T. man'djia. Ta. oualo-ouoré. D. ana-yénaédé. 

Vent : S. orCdjo T. on'djou, Ta. ouso, D. ondjo ; vent du 
Nord : D. kalla-koumo ; vent d'Est : D. oso-dou. 

Soleil : S. nana, T. nang, Ta. noung, D. nani. 

Lune : S. yé, T. oh, Ta. youa, D. ?/îV ; pleine lune : Ta. youa- 
dou-louré ; croissant lunaire : Ta. gogo-nou-da. 

Etoile : S. djin'gué, T. djiri'ga, Ta. semleï, D. ton'dolo. 

Nord : T. dou-daga, Ta. haoussa ; Sud : T. kou-ri '-daga, 
Ta. gourma ; Est : T. anou-daga (côté des tornades), Ta. rtoi« ; 
D. nan'-toumhou-go ; Ouest : T. na-ri -daga, Ta. louoh, D. wflm- 
wowmow-go. 

Voie lactée : D. koulmo ; brouillard : D. ta-koulmo. 

Numération. 

Un : S. <i où toumo, T. 2£ ou iiwo, Ta. toro, B. /n (1). 

Deux : S. leï, T. foi", Ta et B. leï. 

Trois : S. taan'dou, T. tan'dou, Ta. taK, B. tan'dou. 

Quatre : S. ,T., Ta. et B. naï. 

Cinq : S. noumno, T. noumné, Ta. nouoï, B. noum. 

Six : S. koulé, T. kouré, Ta. koureï, R. kouli. 

Sept : S. souoï, T. 50, Ta. et B. soï. 

Huit : S. gagara, T. fowa, Ta. n'gâra, B. gagara. 

Neuf : S. tougo, T. siZ£a, Ta. Zaro, B. tougou. 

Dix : S., T. et Ta. pèro, B. pêne. 

Onze : S. pèr i tourou signé, T. pèr è fowrè saga, Ta. pèr i 
toro, B. tourou gui sigué. 

Douze : S. pèl gui leï gui sigué, T. pèr è lo saga, Ta. pèr i 
leï, B. leï gui sigué. 

Treize : S. pèl gui taarfdou gui sigué, T. pèr è tan'dou saga, 
Ta. pèr i tali, B. tan'dou gui sigué. 

Vingt : S. pè leï, T. pè loï, Ta. pè leï, B. pèné leï. 

Trente : S. pè taan dou, T. pè tan'dou, Ta. pè tali, B. pèné 
tan'dou. 

Quarante : S., T., Ta. et B. pè naï. 

Cinquante : S. pè noumno, T. pè noumné, Ta. pè nouoï, 
B. pè noum. 

Soixante : S. pèl koulé, T. pè kouré, Ta. pè koureï, B. pèné 
kouli. 

(1) L'unité est également représentée par tourou (S. et B.), tourè (T.), toro 
(Ta.), que nous trouvons pour l'exprimer dans le nombre « onze ». 



NOTES SUR LES MONTAGNARDS HABE 295 

Soixante-dix : S. pè souoi, T. pè so, Ta. pè soi, B. pè soi ou 
késoum péri* toulo (quatre-vingts moins dix). 

Quatre-vingts : S. késoum, T. souri gou, Ta. pè ri gara (1), 
B. késoum. 

Quatre-vingt-dix : S. késoum ké pèro, T. souri' g è père saga, 
Ta. pè lâro, B. késoum lé pèné. 

Cent : S. késoum pè lé, T. souri g è pè loi, Ta. souri gou ou 
zangou, B. késoum lé pèné lei. 

Mille : S. et T. moundiou. 

Premier : S. et T. ti-i, Ta. déouro ou ara. 

Deuxième : S. leï-nini, T. lo-nini, Ta. leï-lo. 

Troisième : S. taari dou-nini, T. tari dou-nini, Ta. tal-lo. 

Quatrième : S. et T. nai-nini, Ta. nai-lo. 

Cinquième : S. noumno-nini, T. noumné-nini, Ta. nou-ilo. 

Sixième : S. koulé-nini, T. kouré-nini. Ta. kouroï-lo. 

Septième : S. sonoi-nini, T. so-nini, Ta. soi-lo. 

Huitième : S. gagara-nini, T. toua-nini, Ta. rigâra-ilo. 

Neuvième : S. tougo-nini, Ta. lâra-ilo. 

Dixième : S. et T. pèré-nini, Ta. pèr-ilo. 

Onzième : S. pèr i tourou sigué-nini, T. pèr è tourè saga- 
nini, Ta. pèr i déouro. 

Les verbes. 

Acheter : S. ébè, T. éuè ou ébè, Ta. éoua (signifient aussi 
« marché »). 

Aller : S. boli, T. yah ou yèi, Ta. yah. 

Allumer (le feu) : T. kin dé. 

Appeler : S. borido, T. bono. 
■ S'approcher : S. déon, T. dodjo. 

Appuyer : T. boro. 

Arroser : T. soro. 

Attacher : S. kamba, T. et Ta. paga. 

Augmenter : T. bara. 

Avaler : T. mini. 

Avoir : S. se, T. et Ta. sa. 

Bâiller : T. mouridjo. 

Se baisser : T. tono. 

Battre : S. tébélé, T. laga ; battre des mains (pour rythmer 
la danse) : T. noumo lagou ; se battre : T. djao, Ta. dzongo- 
dzongo-mo. 

Boire : T. noni, Ta. néna. 

(1) Dans les trois dialectes de Sangha, de Téménéré et de Bargué, comme, 
semble-t-il, dans la plupart des dialectes de la falaise de Bandiagara, la numé- 
ration s'arrête à quatre-vingts comme chez les Bambara. Par contre, dans le 
dialecte de Tabi, elle va jusqu'à cent. La falaise de Tabi, isolée des autres falaises 
habé, paraît avoir subi de nombreuses influences peules et songoï. 



296 ROBERT ARNAUD 

Brûler : T. yôro, Ta. détoasi. 

Cacher : T. bangara. 

Casser : T. pérè, Ta. tougo. 

Chanter : T. nouri ' go-nouri 'go, Ta. noun'go. 

Chasser (renvoyer) : S. nana, T. digue ; chasser (du gibier) : 
T. gongono (veut dire « promenade » ) et longol (mot peu'l). 

Se chauffer : S. nié sogo déon, T. nié sogo dodjo. 

Choisir : T. niembé. 

Cogner, heurter : T. dorfdjo. 

Commencer : S. tolé, T. ko gué. 

Comprendre : S. êgué, T. égué, Ta. égou. 

Compter : S. yougo, T. lougo. 

Connaître, savoir : S. igo, T. iouo. 

Construire : T. oudjo. 

Coudre : Ta. ata. 

Couper : T. kédjé. 

Courir : T. djobo, Ta. zouoré. 

Cracher : T. touro, Ta. kalo touko. 

Crier : S. piyé, T. somo, Ta. kati kana ; crier (en parlant 
des animaux) : T. kon ou konkon. 

Cuire : T. djan'da. 

Danser : S. et T. go. 

Déchirer : T. kareï. 

Déféquer : Ta. boso. 

Descendre : T. sougo. 

Détruire : S. djogué, T. téoué, Ta. zogoré. 

Diminuer : T. gam-bara. 

Donner : T. o, Ta. oou. 

Dormir : S. gri-yéï, T. guin'dé-nori, Ta. léo ou léyo. 

Doubler : T. pago. 

Ecarter : T. kaora. 

Ecouter : S. kéri* guère, T. égué, Ta. éga. 

Ecraser : T. nama, Ta. nésa. 

Egorger, couper : S. semé, T. kédjé, Ta. késa. 

Enlever, ôter : S. gon'do, T. goungo. 

Ennuyer : S. ondjo, T. demi. 

Enterrer : T. noumbé. 

Envoyer : T. ti. 

Essuyer : Ta. soungoro. 

Eternuer : T. kini-bombô. 

Etre : T. bénè. 

Faire : S. kono ou kani, T. et Ta. kana. 

Fermer : T. n'gué. 

Filer (le coton) : S. konou, T. kana. 

Finir : S. dogoro ou doumé, T. doun'goro ou doui, Ta. dou- 
mno ou doum-bôré. 



NOTES SlîR LES MONTAGNARDS HABÉ 297 

Frapper : T. lagou, Ta. touoh. 

Frotter : T. sodjo. 

Fuir, se sauver : T. djobé. 

Fumer : T. koun-koumbo, Ta. koumo. 

Gagner : T. bêlé. 

Garder, conserver : S. dan'da, T. dana. 

Gonfler : T. piri. 

Gratter : T. kogo, Ta. koso. 

Habiter : T. darCguê, Ta. dangda ou dingda. 

Insulter, gronder : S. de, T. doh. 

Laisser, abandonner : Ta. pasa. 

Lancer, jeter : T. kamba ou kama. 

Laver : T. soumbo, Ta. mogo. 

Lécher : T. dégué. 

Manger : S. nié, T. gni (très nasalisé), Ta. Ich. 

Marcher : Ta. yaya. 

Mentir : S. koli, T. karigué. 

Monter : T. daoua. 

Mordre : T. kérè, Ta. kéra. 

Mourir : S. nimi, T. nou, Ta. noum-boré. 

Nager : T. di-noni. 

Naître, accoucher : S. lalla, T. nana, Ta. larouoré. 

Nettoyer : T. soumbo. 

Oublier : S. naboli, T. narigayé, Ta. nana. 

Ouvrir : T. n 'guère. 

Parler : S. tégou, T. Uni, Ta. tégo ou tégou. 

Partager : T. kouro. 

Payer : Ta. toso. 

Pendre : T. kollo. 

Percer : T. loréê, Ta. soouosi. 

Pincer : Ta. kéoua. 

Piocher : T. ouara. 

Piquer : Ta. soou. 

Pleurer : S. yayah, T. kon, Ta. yoré. 

Porter : S. djiéré, T. douo ou doua, Ta. guère ou djéri. 

Poursuivre : T. taga. 

Pouvoir : T. n'gon. 

Prendre : S. djén'djé, T. nian'ga, Ta. soukou. 

Raser : T. kah. 

Se redresser : T. igué. 

Remuer : T. bin'déré. 

Réserver : T. fourba (mot bambara). 

Rester longtemps dehors, rester absent : Séno-Tamari tamé. 

Réunir : S. mon'do, T. mono. 

Se révolter : S. mourti kani, T. mourti (mot bambara). 

Rire : T. mo, Ta. moo. 



298 ROBERT ARNAUD 

Scier : Ta. guin'gang. 
Secouer : T. youn'go. 
Semer : T. le. 
Sentir : T. djin'di. 
Serrer : Ta. emmé. 
Sortir : T. goué. 

Souffler : T. soudjou, Ta. poulo. 
Se soumettre : T. toubi kana, Ta. touba kana. 
Se souvenir : T. hakiri (mot bambara). 
Sucer (le sang, au propre et au figuré), jeter un sort : T. nono. 
Se taire : T. délé. 
Téter : T. iri ara (iri, mamelle). 
Tisser : T. toute. 

Tomber : T. bagué, Ta. louh-ouoré. 
Tordre : T. pilmé. 

Tourner (se retourner) : T. kin' guère ; tourner (en cercle) : 
T. kiguiri (1). 

Tramer : T. koro. 

Traire le lait : T. iri badja. 

Travailler : S. biré, T. ouana-biré, Ta. biri. 

Trembler : T. lagara, Ta. guéségui. 

Tromper : T. lelléé. 

Tuer : T. danê, Ta . ouoo. 

Vendre : T. dono, Ta. doro. 

Venir : T. yéré, Ta. yéri ou yara. 

Voir : T. guère. 

Voler (oiseau) : T. doui, Ta. kilou-ouoré. 

Vomir : T. gouro. 

Vouloir : T. ué. 

Voyager : S. dama boli, T. odjou yéï. 

Pronoms personnels. 

Moi : T. et Ta. mi (devient parfois i, parfois ma ou m\ 
parfois s'élide). 

Toi : T. ou, Ta. o ou ou. 

Lui, elle : T. oui, Ta. a ou ouo. 

Nous : T. et Ta. émê. 

Vous : T. et Ta. ei. 

Eux, elles : T. et Ta. bel. 

(1) C'est l'expression employée pour les mouvements des danseurs. Les 
danses habé ont un caractère religieux formel (bien que peut-être le mot « reli- 
gieux » ne soit pas tout à fait juste en matière de fétichisme africain). Les musi- 
ciens se placent au centre ; les femmes, ensemble, se groupent autour d'eux et 
tournent dans le sens des aiguilles d'une montré, en chantant ; les hommes se 
groupent autour du cercle formé par les femmes et tournent, en chantant eux 
aussi, dans le même sens qu'elles. Ces danses s'exécutent surtout à l'époque des 
pluies et ont pour but de provoquer la venue des tornades bienfaisantes. 



NOTES SUR LES MONTAGNARDS HAIJK 209 

Conjugaison du verbe. 

1° Avoir : T. se, Ta. sa. 

J'ai un cheval-: T. mi som yé-sè (moi cheval avoir), Ta. 
som m* sa (cheval ma propriété) ; tu as un cheval : T. ou som 
yé-sè, Ta. som ou sa ; il a un cheval : T. oui som yé-sè ; nous 
avons un cheval : T. émê som yé-sè ; vous avez un cheval : 
T. éï som yé-sè ; ils ont un cheval : T. bel som yé-sè. 

2° Donner : T. o, Ta. oou. 

Donne : T. o, Ta. n'dé-o ; donne de l'eau, T. di o, Ta. ni 
n'dé-o. Je donne ; T. mi o-ï, Ta. m > oou-osi ; tu donnes : T. ou 
n'-o-ï ; il donne : T. oui o-ï ; nous donnons : T. èmê o-ï ; vous 
donnez : T. è o-ï ; ils donnent : bé o-ï.^ 

Je ne donne pas : T. mi o-ro, Ta. m' oou-no ou mi ou-no ; 
tu ne donnes pas : T. ou n'-o-ro ; il ne donne pas : T. ou o-ro ; 
nous ne donnons pas : T. émê o-ro ; vous ne donnez pas : 
T. è o-ro, ils ne donnent pas : T. ébé o-ro. 

Je donnerai : Ta. m' oou-ara. 

3° Travailler : S. biré, T. ouana-biré, Ta. biri. 

Travaille : S. biré-biré, T. ouana-biré. 

Je travaille : S. m' biré-biré-djo, T. ouana-bi-djo, Ta. ma 
biri ; tu travailles : S. ou biré-biré-djo, T. ou ouana-bi-djo ; 
il travaille : S. biré-biré-djo, T. i ouana-bi-djo ; nous travaillons: 
S. émê biré-biré-djo, T. émê ouana-bi-djo ; vous travaillez : 
S. éï biré-biré-djo, T. éï ouana-bi-djo ; ils travaillent : S. bel 
biré-biré-djo, T. béï ouana-bi-djo. 

Je ne travaille pas : S. m' biré-biré-ro, T. ouana-biré-ro ; 
ne travailles-tu pas ? S. biré-biré-ro ma ? T. ouana-bi-ro ma ? 

J'ai travaillé : S. m' biré-biré, T. i ouana-biré. 

4° Exemples divers : viens-tu ? S. et T. yah-gou é ? je viens : 
T. mi yé-djo, Ta. mi yé-so ou mi yéri kida ; je ne viens pas : 
T. yé-ro, Ta. m' yé-no ; — écoute : T. égué, Ta. éga ; j'écoute, 
je comprends : T. i égué-djo, Ta. m' ég'-ouasi ; je n'écoute 
pas : T. i égué-ro, Ta. m' ég'-no ; — je me tais : T. i délé ; — 
je descends : T. i sougo-djo ; — je monte : T. i n'daoua-djo ; — 
je me lève : Ta. mi oungourou-ouoré ; — je suis malade : T. i 
nounou-djo ; — je suis guéri : T. i bai ; — je me couche : S. i bé- 
djo, T. mi djo-djo, Ta. mi so-ouoré ; — je dors : S. gri i djé, T. 
guén'dé nono-djo, Ta. mi lè-ouoré ; je ne dors pas : Ta. mi 
lè-ino ; — j'ai faim : T. guié ma n\sa ; — j'ai soif : T. di-norou 
ma rfsa ; — je parle : S. i té gué-té gué- djo, T. i tini-tini-djo, 
Ta. mi tégo-ouasi ; je ne parle pas : Ta, mi tég'-ino ou mi 
tégo-lih ; — je vois : T. i n'guéré-djo, Ta. m' ôsi ou nt > bo-osé 
(pour mi mô-ouasi) ; je ne vois pas : T. i rtguéré-ro, Ta. mi 
mô-rih ; vois-tu ? T. ô-djo ma ? — je pleure : S. i y ay ah- djo, 
T. i kon-kon-djo ; je ne pleure pas : S. i yayah-ro ; pleures-tu ? 



300 ROBERT ARNAUD 

S. o yayah-djo ma ? — je mange : T. mi nié-djo. Ta mi léh-ouasi ; 
j'ai mangé : T. i nié ou mi nié, Ta. mi léh ; tu as mangé : T. ou 
nié ; je ne mange pas : Ta. mi léh-rih ; tu ne manges pas : 
Ta. ou léh-rih ; — boire : T. noni, Ta. néna ; je bois de l'eau : 
T. di 710-djo, Ta. mi ni néh-ouasi ; j'ai bu de l'eau : T. di noni 
ma n'sa (eau boire ma propriété, j'ai eu de l'eau à boire) ; 
tu as bu de l'eau : T. di noni ou sa ; il a bu de l'eau : T. di 
noni é sa ; nous avons bu de l'eau : T. di noni émë sa ; vous 
avez bu de l'eau : T. di noni éouo sa ; ils ont bu de l'eau : 
T. di noni ébé sa ; je ne bois pas : Ta. mi néh-rih ; — j'ai une 
plume : T. mi kéri sa-djo ; tu as une plume : T. o Jcéri sa-djo ; — 
je ferme : Ta. mi UV-ouasé ; je ne ferme pas : Ta. mi tillé-no ; — 
j'ouvre : Ta. mi timna ; je n'ouvre pas : Ta. mi timné-na ; — 
je pars : Ta. mi yah-ouré ; je ne pars pas : Ta. mi yah-ina ; va : 
Ta. y ah ; — je pique : Ta. m' so-ouasi ; je ne pique pas : Ta. 
m' soou-no ; — je pince : Ta. m' ké-ouasi ; je ne pince pas ; 
Ta. ni' kém-na ; — je marche : Ta. m' yaï-ouasi ; je ne marche 
pas : Ta. m' yaï-na ; — je coupe : Ta. mi késo-ouasi ; je ne 
coupe pas : Ta. mi kés'-na ; — j'ai peur : Ta. mi léléou-ra ou 
mi léou-ra ; je n'ai pas peur : Ta. mi léléou-na ou mi léou-na ; 
il a peur : Ta. a léléou-ra ; — je prends : Ta. m' so-ouasi ou 
m'so-si ; je ne prends pas : Ta. m' so -rih ou m'so-no. 

Qualificatifs. 

Grand (long) : T. grou ou gourou ou guélé ; grand (haut) : 
S. mpaï, T. guère ou gara ; grand (âgé) : S. gara, T. gara ou 
tina ; grand (vaste) : T. et Ta. na. 

Petit : S. daï, T. sirCsin' ou sin'si-i, Ta. téguéï ; petit (court) : 
T. dégué. 

Bon : S. sien, T. se ou mai, Ta. guère; bon (de caractère) : 
S. édjouko, T. sin'ko ou mo. 

Mauvais : T. mondjou, Ta. moso. 

Fort : T. panga, Ta. pèri'ba ou késou. 

Faible : T. dongou. 

Gras : T. an'oua (très nasalisé), Ta. gouro. 

Maigre : T. dongou (comme « faible »), Ta. toukéï ou téguéï. 

Difficile : S. nan'ko, T. kéréko. 

Facile : S. nan'ko-ro, T. kéréko-ro. 

Content : S. elle, T. sin'ko, Ta. ouandi. 

Supérieur, haut : S. kou, T. niangou ou niourfgou. 

Inférieur, bas : S. djou, T. djo ou boro. 

Vieux : T. péï, Ta. paï. 

Jeune : T. souko. 

Faux (faux témoin) : T. kan'gué. 

A droite : T. niah, Ta. noï. 

A gauche : T. nana, Ta. baria. 



NOTKS SUR tES MONTAGNARDS 1IAHK 301 

Plat : T. sana. 

Lourd : T. dogoko, Ta. dousoko (dogo et donso, poids ; ko, 
doué de). 

Léger : T. dogoula, Ta. doaso-sa-ra (la et sa-ra, sans, privé de). 

Fatigué : T. déï, Ta. déré. 

Chaud : T. barbarko, Ta. poupoulé. 

Froid : T. niouniou, Ta. yoon\ 

Blanc : S. pili, T. piri, Ta. piro, D. piri. 

Noir, bleu, vert : T. guéïn\ Ta. ndiem (très nasalisé), D. 
diem. 

Rouge, jaune : T. ban\ Ta. bano, D. banou. 

Vert : Ta. dounsou, D. gara ou yourou-gara. 

Bigarré : T. sogor'o. 

Dur, ferme : T. main' ko ou waë. 

Mou : T. yoriko. 

Sale : T. néméko. 

Propre : T. païn'ko. 

Riche : T. bélé-banga (qui a du bien). 

Pauvre : T. dogo-banga. 

Intelligent : S. in'dé-sien, T. nen'gué-sé. 

Stupide : T. nerf gué-yaragou. 

Impossible : T. kéréko. 

Possible : T. kêréko-ro. 

Sec : T. marf gué. 

Mouillé : T. ori. 

Plein : T. énê ; vide : T. énéni. 

Voisin : T. bo. 

Double : T. lé-pago. 

Déchiré : T. kareï. 

Pointu : T. oudjou-ko ou odjou. 

Piquant (pimenté) : T. pèl. 

Avare : T. rf gué. 

Paresseux : T. yargou. 

Pourri : T. ombou. 

Absent : S. dama-boli, T. odjou-yéï ; présent : S. rfdaouo, 
T. yaouo. 

Premier : T. guiréké ; dernier : T. dogoké. 

Principal, notoire : T. et Ta. ara. 

Pareil, semblable : T. kékêo. 

Tout, tous : S. ouo, T. onoï ou ouo. 

Le comparatif de supériorité s'exprime au moyen du verbe 
« surpasser » (S. et T. dié ou djiê, Ta. dé). Tiékoura est plus 
grand que Samba : S. et T. Tiékoura Samba dié gara ; Tié- 
koura est plus petit que Samba : S. Tiékoura Samba dié daï, 
T. Tiékoura Samba dié sin'sin' ; Tiékoura est l'homme le 
plus grand du pays : S. et T. Tiékoura ana dié gara gana 






302 hOUEUT AKNÀUf) 

(Tiékoura gens surpasse grandeur pays) ; tu es plus vieux que 
moi : Ta. o kam dé pal ; le commandant est plus fort que 
Sabou : Ta. Sabou késou, koman'dé ouo dé késou (Sabou fort, 
commandant le surpasse force) ; Siré est plus grand que 
Sabou : Ta. Sabou na, Siré ouo dé na ; le frère cadet de Sabou 
est plus petit que lui : Ta. Sabou téguéï, ouaïnpu ouo dé téguéï 
(Sabou petit, cadet le surpasse petitesse) ; Goumbou est plus 
fort que tout le monde : Ta. Goumbou bé aga dé késou ; Siré 
est plus grand que Goumbou, mais Goumbou est plus fort : 
Ta. Siré Goumbou dé na, Goumbou ouo dé késou. 

Adverbes et locutions adverbiales. 

Oui : T. ê, Ta. din'ga, B. dagadé ; non : T. aï, Ta. mbari, 
B. yelné. 

Vite : T. ogro-ogro, Ta. man 'ga-man 'ga ; doucement : 
T. dégué-dégué, Ta. mort guei-mori* gueï. 

Beaucoup : S. gaouko, T. djô ou ma, Ta. moutou ; peu : 
S. daï, T. sirtsirt-i. 

Ensemble, avec : S. sigué, T. saga. 

Bien, c'est bien : S. guénértko, T. sirtko, Ta. bani ou guièno 
ou guéno ; ce n'est pas bien : S. guénéko-lo ou guénéko-ro, T. 
sin'ko-lo ou sirtko-ro, Ta. diami-sa-ra ou moso. 

Ici : S. irida, T. ni ou no, Ta. ini ; là : S. kora, T. éto. 

C'est loin : T. ouaga bé, Ta. ouaga ; ce n'est pas loin : T. 
ouaga lé, Ta. ouaga-sa-ra. 

En haut : T. kou, Ta. arkoum-no ; en bas : T. djo, Ta. téma 
ou iso, Séno-Tamari dio. 

Séparément, séparé : Séno-Tamari péo. 

Combien ? T. artga, Ta. an' gui, B. domo ertguenna. 

Assez : T. koy. 

Encore : T. bara. 

Devant : T. guiré (émê guiré, devant nous) ; derrière : T. 
dogo (émê dogo, derrière nous). 

Près : T. sogo (émê sogo, près de nous). 

Toujours : S. bal ouo'i, T. nirtguini ouoï ; jamais : T. abada. 

Pourquoi ? : S. rtguédjé, T. ri 1 gué. Ta. yêdé ; parce que : 
T. sabi, Ta. ogui. 

Comment ? : Ta. nin'gué. 

Peut-être : T. gama, Ta. biséma. 

Où ? : S. yo, T. ya, Ta. yaga. 

Maintenant, tout de suite : Ta. nin'gui. 

Très, excessivement : T. gara. 

Formation du pluriel des noms. 

Dans tous les dialectes habé, les noms forment leur pluriel 
en ajoutant oué ou parfois vé au singulier : dogono, un Habé, 



■ ■ 



NOTES SUH LES MONTAGNARDS HAIJÉ 803 

plur. dogom'-vé ; nan'-gara, un vieillard, plur. nari-gara-oué ; 
idji, un chien, plur. idji-oué ; nin'gué, un homme, plur. mV- 
gué-oué ; sirtdé, un couteau, plur. sirfdé-oué ; ra/£, une femme, 
plur. nyè-oué ; ondjo, un démon, plur. ondjo-oué. 

Syntaxe, construction de la phrase. 

Où vas-tu ? S. yo-gara bo-djo ? T. ya yah-djo ? Ta. yaga 
ou a-la ? B. yaba ya-dio ? Je vais à Douentza : T. i Douentza 
yah-djo. 

D'où viens-tu ? B. yaba nia yere-do ? 

Comment t'appelles-tu ? S. yago dji gué dji ? T. in'bo yam 
po-djo ? Ta. niérfgué ou isoum ? B. bol yan' guéné ? Je m'ap- 
pelle Siré : Ta. Siré mi isoum (Siré moi nom). 

Quel âge as-tu ? T. ana koudjou an'ga ? 

Quel est le jour du marché ? S. ébè nin'guini ? 

Moutre-moi la route de Dourou : B. oudou na mi nHara 
Dourou y adieu' . 

Laisse-moi : S. mi padja, T. ma n'daga, Ta. mi pasa. 

Combien vaut le mil au marché ? T. y ou an'ga don'djo ébè 
ma ? (mil combien valeur marché ; ma est une particule 
interrogative). 

Allume le feu : T. nié km' dé (feu allume). 

Casse du bois : T. baga pérè (bois casse). 

Nous sommes de Bandiagara : T. émê Bandiagara bénè 
(nous Bandiagara être). 

J'ouvre la porte : T. i pi rï guéré-djo (moi porte ouvre), 
Ta. mi ïlo kah timna (moi maison bouche ouvre). 

Qui es-tu ? T. ou ai ? (toi qui) ; où est ton pays ? T. dama yo 
bénè ? (pays où être). 

Les gens de Tabi se sont révoltés contre la France : S. Tabi 
bélè anasara mourti kani (Tabi gens chrétiens révolte faire) ; 
T. Tabi na anasara mourti (Yabi gens chrétiens révolter). 

Demande-lui où il va : T. ouo ni on* yono yayah-djo ma. 

Le Peul m'a fait cadeau d'une pièce d'étoffe : T. Poulo 
ma ni bagui oï (Peul moi à étoffe donna) ; ce n'est pas vrai, 
les Peuls sont avares : T. poulo kan'gué n'gué ouéni. 

Va me chercher du « to » et de la viande : T. yè ma ni nia 
nama djiéré (va moi à « to » viande porter). 

Pourquoi t'es-tu sauvé quand je suis venu ? T. ou n'gué-djo 
bé ma ma yéré-o ? 

Il est pareil à nous : T. émê o kékéo. 

J'ai besoin de toi : ou ma kaï yasama. 

Le chef de village est sorti de sa maison : T. arfda-banga 
guina goué (village-chef maison sortir). 

Le plateau est sec : T. nia man'guéï ; la vallée est humide : 
T. ounou-gon'do orii. 



304 ROBERT ARNAUb 

La femme a prêté une calebasse à sa sœur : T. nyè kadjou 
sougo rCoi (femme calebasse sœur donna). 

As-tu des nouvelles de Sofara ? T. kibarou Sofara ma ? 
(nouvelles (à) Sofara est-ce que). 

Je veux qu'il vienne ou qu'il envoie son frère à sa place : 
T. ouo yéré ma oua saï ti (lui venir ou lui frère envoyer). 

Appuie-toi contre le mur : T. gouma boro bara (mur appuie 
dessus). 

Choisissez un chef parmi les vieillards : T. narf-gara-oué 
ken'dé amirou niembé (vieillards parmi chef choisis). 

Le commandant est puissant : T. komari da-gara panga sa 
(commandant-aîné puissance avoir). 

Pourquoi ne coupes-tu pas l'arbre ? T. n'guédjé ou timé 
kédjé-ro ma ? (pourquoi toi arbre ne coupes pas est-ce que), 
Ta. yédé ou tioua kés-na ma ? 

Où l'as-tu acheté ? : S. yo-gara ébè ? T. ya évè ? Ta. yaga ouc 
é-ou-sa ma ? Je l'ai acheté là-bas : Ta. m > é-ou-sa iléï ton' go ; 
je l'ai acheté à Hombori : Ta. m' é-ou-sa Hombori. 

Donne-moi de l'eau : Ta. ni mi ridéo, B. di mi rCobo (eau 
moi donne) ; il n'y a pas d'eau, c'est un vilain pays : Ta. ni 
n'sa-ra, o guien* n'sa-ra (eau n'a pas, lui bien n'a pas). 

Quel jour est-il mort ? Ta. yaga naï nou rrCsoré ? 

Je suis content : Ta. mi ouan'di. 

Nous ne finissons pas de parler : Ta. tégou doumno abada 
(parler finir jamais) ; j'aime parler avec toi : Ta. tégou m'oudé 
ou se. 

Pourquoi m'arrêtes-tu ? Ta. yédé am'ba aoura ma ? 

Ne bois pas de la sorte : Ta. lago kaï né ko. 

Je suis content de te faire un cadeau : Ta. mi youa odé ooué. 

Pourquoi ne manges-tu pas ? Ta. yédé ou léh-ri ma ? Je ne 
vais pas bien, Ta. bani sa-ra (bien n'ai-pas). 

Les Habé vivent dans la montagne : Ta. Tofo noumo 
dén'gouno dédang ; ils ne veulent pas obéir aux Blancs : Ta. 
ba-ré bé touba kana anasara dé (vouloir-pas eux soumission 
faire chrétiens à). 

Deux hommes viennent : Ta. noumo léï yéré-ouré. 

Il y a deux jours de marche d'ici à Douent za : Ta. noun'dara 
léï ya am yéso ini Douentza léï. 

Siré est mon camarade : Ta. Siré m' arko nâ. 

Expressions et mots divers. 

Halte ! : T. iguè, Ta. igo. 

Assieds-toi : T. den'gué, Ta, dinié ; lève-toi : T. n'golo, Ta. 
houn'goro. 

Le bout du bâton : T. baga Jean' ; le bout du bâton de 
karité : T. min'dji baga kan\ 



Notes SUR i-ks montagnards hahi'c 305 

Mensonge ! c'est faux ! : S. koli, T. karfgué. 

Faire du bruit : T. soumou kono. 

Silence ! : S. dêlè, T. dênè, Ta. djiga pasa. 

Ça m'est égal ! : S. mi maï kolo, T. ma m'béli. 

Tourne-toi : T. kiri guère ; baisse-toi : T. tono ; redresse-toi : 
T. iguè. 

Tiens-le : S. aga, T. ah, Ta. aoukélo. 

Dépêchons-nous : T. ogoro. 

Morceau : T. kévéré ; un morceau de cola : T. goro kévéré. 

Il a bon cœur : S. kéné se ou kéné sien, T. kéné mai, Ta. kéla 
guéno ou kéla pen'ba sa. 

Jeu des douze cases : T. oualo. 

Nous deux : T. émê léï. 

Pardon (cette expression est toujours employée par un 
jeune homme qui aborde un vieillard, en même temps qu'il 
se découvre et se déchausse) : S. kabrou kana, T. kâbari kana, 
Ta. sougouri kana. 

Merci : S. gana, T. barka, Ta. gaso belli, B. bira foo. 

Se mettre en colère : T. kéné pari. 

Les biens (en général) : T. béri. 

Témoin : T. n'guémé. 

Paresseux : T. yargou. (Le paresseux est puni par le fait 
qu'aucune femme ne consent à l'épouser ; l'homme qui se 
marie doit, en effet, nourrir sa femme, et même sa belle-mère 
si celle-ci est sans ressources). 

Un Mossi : T. Morfdjiou ; un Samo : T. Norfgou. 

La tempête fait rage : D. oudo moli a sroko. 

La foudre vient de tomber : D. ya man'da soung. 

Le sommeil : D. guiri-yé-ya. 

Le rêve : D. yanga-irou (1). 

Ame : D. kinou. 

Esprit (entité qui vit en dehors de l'espèce humaine et 
peut influencer un être en bien ou en mal) : D. kadigou. 



(1) M. Laroux, chef de la subdivision de Douentza, m'a dit que les Habe" de 
cette région n'ont pas d'idées spéciales sur le rêve ; ils sembleraient plutôt 
étonnés de l'existence de ce phénomène. 

ETHNOGRAPHIE 20 



806 ROBERT ARNAUD 

ANNEXE A 

Notes sur le hogon et son entourage 
extraites d'un rapport inédit de M. l'administrateur Marzin 



Le hogon est le chef politique et religieux du village. Assisté 
du conseil des anciens qu'il préside, il centralise entre ses 
mains tous les pouvoirs. A l'origine, il y avait un hogon par 
famille. Aujourd'hui, chaque village, ou même chaque région, 
n'a, en général, qu'un hogon. 

Le hogon est nommé à l'élection par une assemblée com- 
posée de tous les chefs de famille du village ou de la région. 
Le choix de cette assemblée doit porter sur l'individu que les 
« gris-gris » auront paru désigner d'une façon toute spéciale. 

L'homme ainsi désigné par la divinité (1) et élu par les anciens 
est alors enfermé dans une maison où il doit demeurer pendant 
trois ans, dans un isolement presque complet. Ces trois ans 
écoulés, on procède solennellement à son installation dans 
la demeure réservée au hogon, demeure où se trouvent les 
« gris-gris » dont il aura désormais la garde. A partir de ce 
jour, le nouveau hogon est considéré comme entré en fonc- 
tions et sa personne devient sacrée pour tous. Nul n'a le 
droit de le toucher ni de lui adresser la parole ; la maison 
où sont les « gris -gris » est également considérée comme 
sacrée : si un criminel poursuivi parvient à s'y réfugier, nul 
n'a plus le droit de l'inquiéter. 

Les insignes du hogon varient suivant les régions. Il porte 
principalement une sorte de mitre rouge (2) et un « boubou >> (3) 

(1) Je crois que les coutumes diffèrent, en ce qui concerne le pouvoir du 
hogon, de village à village. Le défaut du travail de M. Marzin est de ne pas 
situer les coutumes dont il parle et de ne pas indiquer quels ont été ses infor- 
mateurs. Je formule toutes réserves à propos de 1 indication « l'homme ainsi 
désigné par Ja divinité », parce que je n'ai pas trouvé trace de l'existence d'une 
divinité chez les Habé, au sens que nous donnons au mot divinité ; il y a, chez, 
les Habé, des croyances relatives à l'influence qu'un homme peut avoir sur la 
production ou l'interdiction d'un phénomène naturel, sur son influence auprès de 
certaines forces, de certains esprits ; pour protéger le pays contre les mauvaises 
forces, l'homme qui jouit de facultés supranormales s'astreint à un rituel, déter- 
miné par l'expérience de ses prédécesseurs. Il n'y a, derrière ce rituel, aucun 
enseignement ésotérique, aucune explication métaphysique de la nature du 
monde, de celle de l'ame, etc. Le rituel est essentiellement réaliste ; le noir 
raisonne par analogie ; en produisant en petit tel phénomène, on peut provoquer 
sa production en grand dans la nature. (Robert Arnaud). 

(2) La coiffure rouge est réservée au seul hogon. Nul autre que lui n'a le droit 
de la porter. C'est ainsi que les tirailleurs libérés qui reviennent a leur village 
s'abstiennent, si dans le village il y a un hogon, de porter la chéchia. (R. A.). 

(3) Sorte de grande blouse. 



NOTES BUft LES MONTAGNARDS IIAIlé 30? 

bleu ; ses vêtements sont tabous et nul ne peut les toucher. 
Il possède un bâton terminé par une fourche à trois dents, 
dont il se sert pour séparer, en cas de rixe, les combattants ; 
lorsque des gens se battent sur un point quelconque du village, 
il suffit au hogon de faire porter son bâton entre les combat- 
tants pour que ceux-ci se séparent, et se réconcilient sur le 
champ. Dans certaines régions, ce bâton est remplacé par 
une queue de vache teinte en vert. 

Le hogon porte un bracelet de fer à la jambe droite et un 
anneau du même métal au médius de la main droite. 

Nul ne peut l'appeler par son nom de famille. 

Les champs du hogon sont cultivés et tous ses biens entre- 
tenus par les gens du village. Certains biens appartiennent de 
droit au hogon ; ce sont : les biens des sorciers accusés d'avoir 
causé la mort de quelqu'un ; les biens de certains voleurs ; les 
biens de l'homme qui, au cours d'une rixe, aura fait couler le 
sang de son adversaire ; les objets perdus non réclamés ; tout 
animal, domestique ou sauvage, qui aura tué quelqu'un ; le 
premier produit mâle de toute femelle d'animal domestique 
(sauf chevaux et ânes) ; toutes les poules d'une espèce parti- 
culière (à plumes longues) ; tous les chiens de la race dite 
« chiens de hogon » ; tout animal n'ayant qu'un testicule 
(sauf chevaux et ânes). 

Si un mouton se détache et qu'on le trouve errant dans le 
village, la corde au cou, ce mouton devient la propriété du 
hogon, même si le propriétaire est connu. 

Enfin, lorsqu'une femme accouche pour la première fois, 
on fait présent au hogon d'une calebasse de mil et d'un mor- 
ceau de sel. 

Le hogon est tenu d'observer dans sa vie privée certaines 
règles particulières. Il ne doit manger que dans une calebasse 
spéciale, montée sur quatre pieds. Certains, mets, tels que la 
chèvre et le « fonio », lui sont interdits. Il ne doit boire que 
l'eau d'une certaine source. Si un homme meurt dans le 
village, le hogon ne doit rien boire avant que cet homme ne 
soit enterré. 

Le hogon ne peut se marier avec une femme veuve ou 
divorcée. 

Lorsqu'il veut prendre femme (1), il charge un de ses sc'rou 
de porter son bracelet de fer à la mère de la jeune fille qu'il 



(1) Toutes les informations que j'ai recueillies tendent à établir que le hogon, 
étant retranché du monde des vivants dès qu'il a été investi de ses fonctions, 
a bien le droit de garder les femmes qu'il avait avant son intronisation, mais 
n'a piis le droit de contracter mariage. Il doit être servi par une vierge, qui 
devient impure et ne peut approcher de lui lorsqu'elle ;i ses règles. Jeme demande 
s'il n'y a pas eu erreur de la part de l'informateur de M. Marzin. (Robert Arnaud). 



308 ROBERT ARNAUD 

a choisie ; la jeune fille ne peut alors se dérober au mariage. 

Les femmes du hogon mangent et couchent à part. Si le 
hogon vient à mourir, ses femmes ne peuvent se remarier. 

Le hogon ne doit se faire raser que par les forgerons. Le 
hogon, enfin, ne peut, en aucun cas et sous aucun prétexte, 
s'éloigner de son village. 

Lorsque le hogon tombe gravement malade, on le laisse 
mourir, car il est défendu de lui administrer aucun remède. 

Tous les habitants du village assistent, dans le plus profond 
silence et sans manifestation d'aucune sorte, à ses funé- 
railles. Seuls, les forgerons ont le droit de porter le corps 
jusqu'au lieu de la sépulture. Un tombeau spécial est réservé 
au hogon. 

En principe, la mort du hogon doit être tenue cachée pen- 
dant trois ans ; en réalité personne ne l'ignore, mais personne 
n'en parle. 

Pendant les trois ans qui doivent ainsi s'écouler entre la 
mort du hogon et la nomination de son successeur, c'est son 
fils aîné qui fait l'intérim de ses fonctions (1). 

Le hogon est inamovible. Cependant, en certaines circons- 
tances exceptionnellement graves, si le hogon, en présence 
d'un danger public, donne des preuves de trop grande fai- 
blesse ou de notoire incapacité, ou lorsqu'il transgresse les 
lois imposées par la coutume, l'assemblée générale de tous 
les chefs de famille peut le déposer et procéder à son rempla- 
cement immédiat. 

Les sérou ou kédiou sont des dignitaires placés sous l'auto- 
rité directe du hogon et ne dépendant que de lui. Ils sont 
chargés de le seconder dans sa charge et, d'une façon générale, 
de faire exécuter toutes ses décisions. 

Il y a toujours, auprès du hogon, cinq ou six sérou. Le 
premier d'entre eux est chargé de veiller à la sécurité du 
hogon et de lui servir d'intermédiaire entre le peuple et lui. 
Les autres appellent le premier sérou le hogo-kando et sont 
placés sous ses ordres. 

Chaque charge de sérou n'est pas héréditaire. Les sérou sont 
nommés par l'assemblée générale des chefs de famille ; ils 
sont inamovibles. 

Leurs successeurs sont nommés de leur vivant et chaque 
sérou a son saga (successeur). Le saga, pour s'initier aux 
devoirs de la fonction, accompagne en tous lieux le sérou et 
le seconde dans l'accomplissement des missions dont il peut 
être chargé. 

Ces fonctionnaires, non rétribués, reçoivent de la commu- 



(1) Cette coutume n'est pas observée partout. (R. A.). 



NOTES Si H LES MONTAGNARDS II Mil 300 

nauté, en entrant en fonctions, un apanage consistant le 
plus généralement en champs et arbres fruitiers. 

Le laggam (1) est un personnage au sujet duquel les indi- 
gènes gardent un mutisme absolu. Il serait nommé à l'élection, 
comme le hogon, par l'assemblée des vieillards, serait inamo- 
vible, aurait la garde et l'entretien de certains « gris-gris ». 



ANNEXE B 
Noies sur les coutumes des Habé 
extraites d'un rapport inédit de M. l'administrateur Marzin 



La propriété. — A l'origine, la propriété du sol appartenait 
à celui qui, le premier, avait allumé un feu de bois sur le 
terrain. 

Chaque famille a des propriétés réservées spécialement 
au chef de famille (champs et « gris-gris »). La famille n'a 
aucun droit sur ces champs, qui sont l'apanage exclusif de 
son chef. Celui-ci doit les exploiter au mieux des intérêts de 
la famille. A sa mort, son fils aîné les cultive pendant trois 
ans, puis la propriété en revient au plus vieux de la famille. 
Enfin, à la mort de ce dernier, ces champs repasseront au 
successeur légal du chef de famille (fils aîné). Si, de son vivant, 
le chef de famille avait aliéné temporairement ces champs, 
ceux-ci doivent être rachetés à la mort du chef. 

Dans chaque famille, tout enfant ou toute femme, possé- 
dant en propre un ou plusieurs champs, gardera la faculté de 
les cultiver pour lui-même, à l'exclusion du chef et du reste 
de la famille. La copropriété ne peut exister, pour les champs, 
qu'entre membres d'une même famille. Les biens immobi- 
liers ne peuvent appartenir collectivement à plusieurs per- 
sonnes étrangères les unes aux autres. Au contraire, la pro- 
priété des biens meubles peut être collective, même si les 
copropriétaires ne sont pas parents entre eux. 

Les champs sont inaliénables ; ils ne peuvent, du moins, 
être aliénés que temporairement, avec faculté de rachat, ou 

> 

(1) Je n'ai pu obtenir aucun renseignement sur le compte de ce personnage 
qui joue cependant un rôle important dans la société habé. Le laggam a, de 
temps à autre, des crises de délire prophétique, au cours desquelles il prédit les 
grands événements de l'année ; on est obligé de lui donner tout ce qu'il demande 
lorsqu'il est dans cet état ; l'homme qui lui opposerait alors un refus s'exposerait 
aux plus grands malheurs. (Robert Arnaud). 



310 ROBERT ARNAUD 

seulement donnés en gage. Une seule exception à cette règle : 
lorsqu'un père a été obligé, faute de ressources, de vendre son 
fils, il a le droit, pour le racheter, de vendre ses champs. 

Les maisons, également, ne peuvent être vendues. On 
laisse toujours tomber en ruines les cases inhabitées ou aban- 
données et personne n'a le droit de les occuper. Tout individu 
qui vient s'établir dans un village est obligé de se construire 
ou de se faire construire sa maison. 

Le terrain d'un village appartient toujours au premier 
occupant ou à ses descendants. Tout individu qui vient s'y 
installer doit lui demander l'autorisation de construire à 
l'endroit qu'il aura choisi, mais il ne paie pas de location pour 
le terrain ainsi concédé. 

Nous avons vu qu'il y a des biens qui reviennent toujours 
au hogon (biens des sorciers, voleurs, etc.). Mais il n'y a pas 
de communauté, pas de biens appartenant en commun à 
tous les habitants du village. Les champs appartenant au 
chef de famille sont cultivés par tous les membres de la 
famille, sous la surveillance du chef. Le chef de famille ne 
peut vendre aucun bien immeuble formant le patrimoine 
familial ni aliéner les « gris-gris » dont il a la garde ; par contre 
il peut vendre à son gré les biens meubles de la famille. 

Lorsqu'un objet appartient en commun à plusieurs indi- 
vidus, l'un des copropriétaires n'a pas le droit de le vendre 
sans le consentement des autres. Au cas où il n'y a que deux 
propriétaires, si l'un d'eux veut vendre et l'autre non, l'objet 
ne pourra être vendu ; s'il y a plus de deux propriétaires, 
la majorité l'emporte. En cas de mort d'un copropriétaire, 
ses enfants héritent de sa part. Les copropriétaires n'héri- 
tent jamais de l'un d'entre eux. 

Obligations communes. — Chaque village est chargé de 
l'entretien des sentiers et des puits. Lorsque le puits ne ren- 
ferme plus qu'une petite quantité d'eau, chacun est tenu 
de n'en prendre qu'une part déterminée. Il est sévèrement 
interdit de jeter dans le puits des détritus, des cadavres d'ani- 
maux, etc. 

Le propriétaire riverain d'un cours d'eau ne peut lé capter 
à son seul profit. 

Les abris des places publiques et les accessoires de « tam- 
tam » appartiennent en commun à tout le village ; ils sont 
considérés comme sacrés. L'abri est la première construction 
du village : élevé généralement dans la montagne, sur un 
rocher escarpé, il est pour les Habé une sorte de petit Capitole 
où bat le cœur du village ; en temps de guerre, tant que l'abri 
n'a pas été détruit, le village résiste. 



NOTES Sl'K Lies MONTAONARD8 H.VHi'. 311 

Revendication. — Tout individu peut revendiquer les 
anciennes propriétés de sa famille ; l'action est toujours 
portée devant le hogon ; il n'y a pas de prescription en cette 
matière. 

Objets perdus. — Si un objet a été perdu, celui qui l'a trouvé 
le porte au hogon, qui le garde jusqu'à ce qu'on retrouve le 
propriétaire ; si celui-ci ne vient pas le réclamer, l'objet reste 
la propriété du hogon. Celui qui ne porte pas au hogon l'objet 
qu'il a trouvé est considéré et poursuivi comme un voleur. 

Au cas de vol d'un objet, si ce dernier est revendu, celui qui 
l'achète de bonne foi doit le restituer au premier propriétaire, 
mais il a un recours contre le vendeur ; l'acheteur de mauvaise 
foi est toujours considéré comme complice du vol. 

Gage. — Chacun a le droit d'engager son champ pendant 
vingt ans au maximum. Celui auquel un champ a été donné 
en gage ne peut l'engager à son tour. 

On ne peut jamais engager une maison. 

Servitudes. — Toute propriété doit être bornée. On ne peut 
construire, dans un village, que sur l'emplacement désigné 
par le propriétaire du terrain ; l'avis du chef de village n'est 
pas demandé. 

Des successions et donations. — Le fils aîné hérite toujours 
de tous les biens de son père, à l'exclusion des autres enfants. 
Les filles héritent de leur mère. Si la mère n'a pas de filles, 
ses biens reviendront à son fils aîné. 

Au cas où le défunt n'a pas d'enfants, c'est son frère qui 
hérite ; à défaut de frère, c'est le cousin ; s'il n'y a ni enfants, 
ni frères, ni cousins, ce sont les parents les plus rapprochés. 
La femme n'hérite jamais de son mari, et, réciproquement, 
le mari n'hérite jamais de sa femme. 

Celui qui hérite doit payer les dettes de celui auquel il 
succède. 

Un père a le droit de faire, de son vivant, des donations à 
d'autres que son fils aîné, et même à des étrangers ; il ne 
peut cependant donner de champs. 

Quand le bénéficiaire de la donation meurt, les biens qu'il 
a ainsi reçus doivent revenir à la famille du donateur. 

Si un mari prête un champ à sa femme, tous les arbres 
fruitiers qui se trouvent dans ce champ restent la propriété de 
la femme, et ce, pendant trois ans encore après la mort du 
mari ; ces trois ans écoulés, les arbres fruitiers repassent à 
la famille du défunt. 

Au cas où ce dernier n'a pas d'héritier, c'est le hogon qui 
hérite de ses biens. 



312 ROBERT ARNAUD 

Funérailles. — Lorsqu'un homme est sur le point de rendre 
le dernier soupir, les femmes l'entourent et se lamentent 
jusqu'à ce qu'il ait cessé de vivre. Dès que la mort survient, 
elles poussent de grands cris pour annoncer au village que 
quelqu'un vient de mourir. Aussitôt les habitants sortent de 
chez eux, tirent des coups de fusil, criant, se lamentant, 
faisant tout le vacarme possible. 

Le corps, placé dans une des chambres du rez-de-chaussée, 
est alors lavé par l'aîné des enfants ; si les enfants sont trop 
jeunes pour prodécer à cette dernière toilette, ce sont leurs 
oncles qui s'en chargent. Puis on enroule le corps dans des 
bandes de toile de coton et on le laisse ainsi pendant deux 
jours. 

Pendant ce temps, les gens des villages voisins, prévenus, 
accourent en foule pour assister aux funérailles. On organise 
des danses, abondamment arrosées de dolo (bière de mil). 

Le jour de l'enterrement on dépose le corps sur une civière 
formée de branches ou de nattes, et on le porte au tombeau. 
Tout le monde, habitants du village et étrangers, suit le 
cortège au son des tambours. La famille seule reste à la maison 
mortuaire. 

Chaque village de la falaise possède des sépultures creusées 
dans le rocher, au-dessus du village ; c'est dans une de ces 
grottes que le corps est déposé. 

Pendant l'inhumation, on organise des danses funéraires, 
toujours au son des tambours. 

Enfin, le troisième jour, on se sépare, et les étrangers 
retournent chez eux. 

La durée du deuil varie sensiblement suivant les régions : 
il peut durer de un mois à deux ans. C'est à la fin de la période 
de deuil que s'ouvre la succession du mort. 

Les hogon sont ensevelis dans des tombeaux spéciaux. 

Un enfant incirconcis est toujours enterré très simplement, 
sans chants ni danses. 

Les femmes enceintes et les lépreux sont enterrés à part, 
sans aucun cérémonial, comme des gens frappés de la malé- 
diction divine. 

Des contrats. — Ils se font publiquement, en présence des 
notables. Certains sont passés devant le hogon. 

Les enfants ne peuvent contracter ; les femmes ne con- 
tractent qu'autorisées par leur mari, sauf en ce qui concerne 
leurs biens particuliers. Les ventes se font toujours devant 
deux témoins. 

De la disposition des personnes. — Un oncle peut échanger 
sa nièce contre un objet. Un père ne peut louer ou vendre son 



NOTES SUR LES MONTAGNARDS HABE 313 

fils que lorsqu'il ne trouve pas d'autre moyen d'échapper à la 
misère. 

Dans les cantons primitifs de la montagne, il est admis en 
principe que tous les enfants du sexe féminin appartiennent 
à leur oncle maternel, qui peut s'en servir comme de véri- 
tables esclaves ; dans ces régions, le père n'a aucun droit sur 
ses filles, tant qu'il ne les a pas rachetées à leur oncle. 

L'esclavage volontaire existe, mais avec la faculté de se 
racheter n'importe quand. 

Le maître a tous les droits sur son esclave. Les enfants 
de ses esclaves lui appartiennent ; d'une façon générale l'es- 
clave est considéré comme faisant partie de la famille et 
traité sur le même pied que les membres de la famille. 

Le mari ne peut vendre ses femmes. 

L'esclavage pour dettes existe chez les Habé : si le débi- 
teur insolvable n'a pas de famille, le créancier peut le prendre 
comme esclave ; s'il a de la famille, cette dernière doit payer 
pour lui. Avant de s'emparer de la personne d'un débiteur, on 
doit en référer au hogon, qui a le droit de s'opposer à la mise 
en captivité du débiteur. 

Il n'existe pas de domestiques salariés. 

Prêt. — On peut prêter tous les objets, même les maisons et 
les champs. Les Habé connaissent le prêt à intérêt. Le mon- 
tant de l'intérêt est fixé par le prêteur ; mais l'usage a fixé le 
taux de certains prêts. Pour le mil, par exemple, si l'on a 
emprunté un panier de mil, on devra rembourser deux paniers 
au bout d'un an, quatre au bout de deux ans, huit au bout de 
trois ans, seize au bout de cinq ans. 

En général, 100.000 cauries rapportent 20.000 cauries en 
un an. 

La contrainte par corps est en usage dans certaines régions ; 
elle dure toujours un an. 

La prescription est inconnue chez les Habé en matière de 
dettes. 

De la tutelle et de V interdiction. — Les enfants sont mineurs, 
tant que leur père est vivant, jusqu'à 30 ans. L'oncle pater- 
nel est tuteur des enfants à la mort du père. Si le fils aîné 
est en âge de prendre la direction de la famille, à lui reviendra 
la tutelle de ses frères et sœurs. Le père, avant de mourir, 
peut désigner n'importe quelle personne comme tuteur, à la 
condition que cette personne soit de la famille. La mère 
n'a pas le droit de choisir le tuteur de ses enfants ; elle est 
exclue de leur tutelle. A défaut de parents, c'est le hogon ou 
le sérou qui désigne le tuteur ; la personne ainsi désignée ne 
peut refuser la mission qui lui est confiée. 



314 ROBERT ARNAUD 

Le tuteur exerce sur l'enfant les mêmes droits que le père, 
il est chargé d'administrer les biens de l'enfant ; il en a la 
jouissance jusqu'à la majorité de l'enfant (30 ans) à moins 
que celui-ci n'ait lui-même, avant sa majorité, un enfant, 
auquel cas il acquiert la jouissance de ses biens. 

L'enfant a, vis-à-vis de son tuteur, les mêmes devoirs que 
vis-à-vis de son père. Il ne peut se marier sans son consen- 
tement et reste, même marié, tant qu'il n'est pas majeur ou 
n'a pas d'enfants, sous la surveillance de son tuteur. 
Celui-ci peut aliéner les biens de son pupille, mais à charge 
de les lui rembourser à sa majorité. Le mineur n'a pas le 
droit de faire du commerce. 

Si un homme devient fou, la garde et l'administration de 
ses biens sont confiés à son frère. En cas de fautes graves, 
le hogon peut prononcer l'interdiction du coupable et même 
la confiscation de ses biens, 

La femme est sous la tutelle de son mari. Cependant elle 
garde toujours la jouissance de ses propres biens et peut en 
disposer à son gré sans avoir à demander le consentement de 
son mari. 

Les édifices publics, abris des places publiques, maison du 
hogon, emplacement de certains gris-gris, sont considérés 
comme sacrés ; la dégradation et la destruction de ces édifices 
sont punis très sévèrement (dommages intérêts et coups de 
corde). 



Contes et légendes arabes (i) 

par René BASSET 



DCCCXXV 

LE PARASITE 

Un parasite passa un jour auprès de gens en train de man- 
ger. Il s'assit et mangea avec eux. On lui dit : « Est-ce que tu 
connais quelqu'un d'entre nous ?» — « Oui, répondit-il, en 
indiquant de la main la nourriture. » Alors on se mit à rire de 
lui (2). 

DCCCXXVI 

SQTTISE DES CENS DE IIIMS 

J'entrai à Hims (Emèse) ayant dans ma bouche un dirhem 
pour acheter ce que je désirais. Je vis à la porte de la mosquée un 
homme assis sur un siège, coiffé d'un turban énorme surmonté 
d'un bonnet pointu. Il était vêtu d'une pelisse à l'envers et 
sans pantalons et était ceint d'un sabre. Il avait sur les genoux 
un livre où il lisait, à côté de lui était un chien attaché qu'il 
tenait en laisse. Je le saluai ; il me rendit mon salut. Je lui 
demandai : « Est-ce que les gens prient ? » Il répondit : « Es-tu 
aveugle ? Ne me vois-tu pas assis ? — Qui es-tu ? » lui dis-je. 
— « Je suis Abou Khâled, l'imâm de la mosquée. » Je lui deman- 
dai : « Qu'est-ce que ce costume ? — Un impie est descendu, 
lisant les sept premiers chapitres du Qorân, et injuriant Abou 
Bekr es Sanâdiqi, ( Omar el Qaouâriri, c Othmân ben Abou 
Sofyân, Mo'aouyah ben Abou Ghassan qui fut un des porteurs 
du trône et que le prophète maria à sa fille 'Aichah au temps 
d'El Hadjdjâdj ben Yousof ; il en eut El Hasan et El Hosaïn. » 
Je lui dis : « Comme tu es savant en récits et en généalogies ! » 
Il reprit : « Il y a bien plus de choses qui te sont cachées. » Je lui 
demandai : « Sais-tu le Qorân par cœur ? — Oui, dit-il. — Récite 
m'en quelque chose. » Il commença : « Au nom de Dieu clément 
et miséricordieux. Voici ce que Loqmân disait à son fils dans 
ses exhortations : Mon fils, ne raconte pas ton songe à tes 

(1) Suite. Voir Bévue d'ethnographie et des traditions populaires, n° 6, p. 109. 

(2) Journal asiatique, II e série, novembre 1832, p. 477. 



316 RENÉ BASSET 

frères, car ils te tendraient des pièges ; j'emploierai une ruse. 
Accorde aux infidèles un délai ; je leur accorderai du répit. » 
Je lui donnai un soufflet et fis tomber son turban, qui demeura 
enroulé autour de son cou. « Mon bonnet ! » cria-t-il aux gens ; 
puis il ajouta : « Amenez-le au chef de la police. » On me con- 
duisit à un individu sans casque, pieds nus, vêtu d'une cotte 
de mailles, sans pantalon. « Qu'a-t-il fait ? demanda-t-il. — Il 
a souffleté l'imâm de la mosquée. — Malheureux ! dit-il, tu t'es 
perdu ! — C'est l'ordre de Dieu, il faut prendre patience. » 
Il reprit : « Qu'est-ce que tu préfères : avoir les yeux crevés 
ou la main coupée, ou payer un demi dirhem ? » Je levai la 
main, je souffletai le chef de la police, je tirai le dirhem de 
ma bouche et je lui dis : « Seigneur, prends-en la moitié pour 
toi et l'autre pour l'imâm (1). » 

DCCCXXVII 

l'homme a la nuée 

On raconte qu'il y avait, chez les Israélites, un des servi- 
teurs de Dieu renommés pour leur piété. Dieu avait mis à son 
service un nuage qui allait avec lui partout où il allait. Un 
jour, il montra du relâchement; le Seigneur lui retira son nuage 
et cessa de l'exaucer. Il en ressentit beaucoup de tristesse et 
de chagrin ; sa tristesse et son affliction se prolongèrent ; il ne 
cessait de regretter le temps de sa sainteté, de pleurer, de 
gémir, de se lamenter et de s'affliger. Une nuit, il se leva, pria 
tant qu'il plut à Dieu, pleura et s'humilia devant lui. Puis il 
s'endormit et on lui dit en rêve : « Si tu veux que Dieu très haut 
te rende ton nuage, va trouver tel roi dans telle ville et 
demande-lui d'invoquer le Seigneur pour qu'il te rende ton 
nuage. » L'homme partit, traversant les pays jusqu'à ce qu'il 
arrivât à cette ville qui lui avait été mentionnée dans son rêve. 
Il y entra et demanda à quelqu'un de lui indiquer le palais du 
roi. Il y arriva : il y avait à la porte un jeune homme assis sur 
un magnifique siège d'or rouge, incrusté de perles et de pierres 
précieuses. Les gens étaient devant lui, lui exposaient leurs 
affaires et il les renvoyait. L'homme juste s'arrêta devant lui 
et le salua. Le jeune homme lui demanda : « Qui es-tu ? Quelle 
est ton affaire ? — Je viens d'un pays éloigné et je n'ai d'au- 
tre but que d'avoir une entrevue avec le roi. — Il n'y a pas 
moyen d'arriver à lui aujourd'hui, lui dit le jeune homme, 
expose ta demande et je la satisferai si je puis. — Le roi seul 
peut la régler. — Il n'a qu'un jour dans la semaine où les gens 

(1) Ech Cherichi, Commentaire des séances de Ilariri, Le Qaire, 2 v. in-4°, 
1300 hég., T. II, p. 343. 



CONTES ET LÉGENDES AHAHES 317 

puissent se rencontrer avec lui, retire-toi et attends que ce 
jour soit arrivé. » L'homme alla à une mosquée en ruines et 
se mit à adorer Dieu en blâmant le roi de se tenir caché 
aux gens. Quand le jour où le prince donnait audience fut 
arrivé, il alla au palais. Il trouva à la porte une foule nom- 
breuse attendant la permission d'entrer. Il se tint debout 
avec tous les gens. Lorsque le vizir sortit, il les fit entrer. Ceux 
qui avaient des affaires entrèrent et l'homme au nuage avec 
eux. Le roi était assis, ayant devant lui les grands de l'Etat 
suivant le rang de leurs dignités. Le chef des gardes fit avancer 
les gens l'un après l'autre, jusqu'à ce que le tour de l'homme 
à la nuée arriva. Quand il le vit, le roi lui dit : « Que l'homme 
à la nuée soit le bienvenu ! Assieds-toi jusqu'à ce que j'aie fini 
d'expédier les affaires des gens et je verrai la tienne. » L'homme 
juste en fut stupéfait. Quand le roi eut terminé, il se leva de 
son siège, le prit par la main et l'introduisit dans le palais ; il 
traversa le vestibule où il n'y avait qu'un seul esclave et mar- 
cha jusqu'à une porte de branches de palmier. Il y avait là 
une construction délabrée avec des murs qui pendaient. C'était 
une maison en ruines où il y avait un paillasson. Le mobilier 
ne valait pas dix dirhems : un tapis de prière usé, un vase pour 
les ablutions, une natte en lambeaux et des feuilles de palmier. 
Le roi se dépouilla de ses vêtements royaux et revêtit une sou- 
quenille de laine et mit sur sa tête un bonnet de crin. Puis il 
s'assit, fit asseoir l'homme à la nuée et appela : « Une telle ! — 
Me voici. » Il reprit : « Sais-tu qui nous avons pour hôte, 
cette nuit ? — Oui, c'est l'homme à la nuée. » Le roi lui 
demanda quelque chose et elle sortit. C'était une femme 
pareille à une outre usée, vêtue d'un cilice grossier de crin ; 
elle était toute jeune. L'homme continue son récit : « Le roi se 
tourna vers moi et me dit : « Mon frère, nous te ferons connaître 
notre situation, puis nous réglerons ton affaire et tu partiras. » 
— « Par Dieu, répondis-je, je suis plus préoccupé de votre 
situation que de ce qui m'amène. s> — Le roi reprit : s Dieu sait 
que j'ai eu comme prédécesseurs dans mon autorité des pères 
vertueux qui se sont transmis la royauté de père en fils. Lors- 
qu'ils furent retournés à la miséricorde de Dieu très haut et 
que le pouvoir m'arriva, le Seigneur me fit détester le monde 
et ses habitants : je voulus errer sur la terre et laisser les gens 
choisir quelqu'un pour administrer leurs affaires et en faire 
leur roi. Puis je craignis l'introduction de la discorde, l'affai- 
blissement de la religion et des lois, la dispersion de la commu- 
nauté des fidèles. On me prêta serment, malgré ma répugnance. 
Je laissai leurs affaires comme elles étaient : on dressa des 
tables selon l'usage ; les gardes et les serviteurs firent leur 
service comme d'habitude ; je ne changeai rien. Les esclaves 



318 RENE BASSET 

se tinrent aux portes avec des armes pour effrayer les méchants 
et protéger les gens de bien. Te laissai le palais orné comme il 
l'était ; j'ouvris une porte — c'est celle que tu as vue — pour 
me faire arriver à cette masure ; j'y entre, je dépose ma 
dépouille de mes vêtements royaux, je revêts ceux-ci, je tresse 
ces feuilles de palmier, je les vends et je me nourris de leur 
prix, ainsi que ma femme que tu as vue : c'est ma cousine ; 
elle a renoncé au monde comme j'y ai renoncé et elle pratique 
les austérités si bien qu'elle est devenue comme une vieille 
outre : les gens ne savent pas comme nous vivons. J'ai établi 
quelqu'un pour me remplacer toute la semaine. J'ai su qu'on 
me réclamait. J'ai établi un jour dans la semaine pour me 
montrer aux gens et pour découvrir les injustices dont ils sont 
l'objet, comme tu l'as vu : voilà longtemps que je suis ainsi. 
Reste chez nous, que Dieu te fasse miséricorde, jusqu'à ce que 
nous ayons vendu nos paillassons et que nous ayons acheté 
de la nourriture avec leur prix ; tu mangeras avec nous et tu 
passeras la nuit chez nous, puis tu partiras après avoir réussi 
dans ton affaire, s'il plaît à Dieu. » A la fin de la journée, un 
jeune serviteur entra chez eux, il prit l'ouvrage qu'ils avaient 
fait et l'emporta au marché ; il le vendit et, avec le prix, il 
acheta du pain et des fèves et, avec le restant de la somme, des 
feuilles de palmier. Au coucher du soleil, ils rompirent le jeûne ; 
je mangeai avec eux et passai la nuit chez eux. Au milieu de la 
nuit, ils se levèrent pour prier et pleurer. A l'aurore, le roi dit : 
« Mon Dieu, ton serviteur que voici te demande une chose, 
rends-lui son nuage ; c'est toi qui l'as guidé vers nous ; mon 
Dieu, rends-le lui, tu es puissant sur tout (1). » Sa femme s'asso- 
ciait à sa prière. Voici que le nuage monta du ciel. Le roi me 
dit : « Je t'annonce une bonne nouvelle, ton affaire est réglée 
et ton désir est promptement accompli. » Je leur dis adieu et 
je partis ; le nuage m'accompagnait. Depuis lors, je n'ai rien 
demandé en leur nom à Dieu très haut qu'il ne me l'accordât; 
que la miséricorde de Dieu soit sur eux deux (2). » 

(1) Qorân, III, 25 ; LXVI, 8. 

(2) El Ibcijihi, Mostatref, Boulaq, 1292 hég., 2 v. in-4<>, T. I, p. 181-182; 
Rat, Al Mostatraf, Paris et Toulon, 2 v. in-8°, T. I, p. 473-476. Le même récit 
existe plus abrégé dans les Mille et Une Nuits, Beyrout, 5 vol. in-8°, 1888-1890, 
T. III, p. 160-162 ; Le Qaire, 4 vol. in-8°, 1302 hég., T. II, p. 267-269 ; Bombay, 
4 vol. in-4°, 1292 hég., T. II, p. 381-383 ; Hammer, Contes inédits des Mille et 
Une Nuits, Paris, 1828, p. 437-440 ; Weit, Tamend und eine Nacht, Stuttgart, 
1889, 4 vol. in-8°, T. IV, p. 95-97 : Henning, Tausend und eine Nacht. 23 vol. 
in-18, T. IX, p. 32-35 ; Bubton. The book ofthousand Nights andaNight,L.ondres, 
1894, 12 vol. in-8°, T. IV, p. 223-224. Cf. Chauvin, La recension égyptienne des 
Mille et Une Nuits, Bruxelles, 1899, in-8°, p. 67 ; Bibliographie des ouvrages 
arabes, Liège, 1899-1909, 11 vol. in-8°, T. VI, p. 189-190. Le nuage qui abrite 
un saint est considéré comme une bénédiction de Dieu. D'après la légende, 
les moines chrétiens Bahirah et Nestorius reconnurent à ce signe la mission 
prophétique de Mohammed. Cf. Goldziher, Abhandlungen zur arabischen Phi- 
lologie, Leiden, 1896-1899, 2 vol. in-8°, T. I, p. 193. 



A propos de bottes 

par Waldemar DEONNA 



Dans un récent mémoire paru ici même, M. Saintyves 
reconnaît, dans le Chat Botté de nos contes, un animal sacré, 
protecteur, qui, objet de rites liturgiques en Afrique ancienne, 
en Eg) 7 pte, aurait apporté avec lui sa légende en nos con- 
trées (1). Les bottes de l'animal lui paraissent naturelles, le 
chat domestique de notre continent descendant du chat ganté 
de Nubie, précisément vénéré en Egypte. L'auteur rappelle 
encore à ce propos les brodequins dont se chaussent les offi- 
ciants de divers cultes antiques, faits avec la peau de l'animal 
sacré, renard ou faon (2). Il ne s'agit cependant pas ici d'hom- 
mes qui chaussent des souliers en peau animale, mais d'ani- 
mal qui revêt des bottes humaines, ce qui est autre chose. 

Le chat protecteur agit en homme, comme tant d'animaux 
sacrés ; il porte des bottes, parce qu'il est en voie de s'anthro- 
pomorphiser, suivant le processus constant d'évolution des 
dieux animaux, dont l'antiquité nous fournit tant d'exemples. 
Aussi trouvons-nous dans les rites anciens des animaux bottés, 
comme le chat. A Ténédos, on sacrifie à Dionysos un veau 
chaussé de brodequins, la victime s'identifiant au dieu conçu 
primitivement comme un taureau divin. « L'élément anthro- 
pomorphique introduit dans le sacrifice était en corrélation 
étroite avec le caractère anthropomorphique tardivement 
attribué au dieu. L'élément nouveau dans le sacrifice n'était 
pas le veau, mais le brodequin », dit M. Reinach (3). Chez les 
Arabes, la victime du sacrifice est habillée, et on lui attache 
une corde avec deux sandales pour l'identifier à l'offrant (4). 
Ce sont là des cas rituels. Mais, est-ce une survivance, cette 
curieuse pratique des habitants de la Turbie, offrant au prince 

(1) Le Chat Botté, essai de folklore et d'ethnographie, in Revue d'Ethnographie 
et des traditions populaires, II, 1921, p. 81 sq. et p. 88-89. 

(2) Page 86 sq. 

(3) Rev. arch., 1902, 41, p. 248-219 ; Rev. Ilist. Re.L, 1903, 47, p. 15 ; Eisler, 
Weltmanlel und Himmelszelt, I, p. 173, note 5 ; Lang, Mythes, p. 523. 

(4) Dussaud, Introduction à VTIist. des religions, p. 136. 



320 Waldèmar deonna 

de Monaco un agneau botté ? (1) L'animal peut être vêtu 
d'autres pièces d'habillement. Les Arméniens, le jour de la 
Nativité, immolent un veau orné d'habits sacerdotaux et 
portant sur la tête des cierges allumés (2). En Grèce, à Muny- 
chie, on sacrifie un faon habillé en jeune fille (3), d'où la 
légende d'Iphigénie, sacrifice d'un animal vivant anthropo- 
morphisé (4). On pourrait citer d'autres exemples encore, en 
tous pays et tous temps (5), dans les rites démoniaques, où 
le crapaud du sabbat, qui est le diable, est habillé d'une belle 
livrée de velours rouge ou noire (6). Bien entendu, le dicton 
populaire moderne, « il n'y a pas qu'à Paris que les ânes por- 
tent culotte », n'a rien de commun avec ces pratiques, même 
si les ânes de l'île de Ré portent des guêtres comparables à des 
culottes ! (7). 

vSi le vêtement humain de l'animal se réduit à la chaussure, 
si cette pièce seule retient l'attention, c'est qu'elle est carac- 
téristique de l'homme. Des images antiques ne montrent-elles 
pas le dieu entièrement nu, à l'exception de ses sandales ou 
brodequins ? (8). L'être divîn se reconnaît souvent à son pied 
seul. De là ces nombreuses empreintes de pieds sacrés que 
montrent les cultes et les légendes de tous les temps (9) ; le 
culte de la jambe et du pied divin (par exemple celui de Séra- 
pis) ; les amulettes en forme de pied, etc. (10). Les sandales qui 
chaussent ces pieds ont le même rôle (11), et on les vénère, telles 
celles de Persée à Chemnis, de Mahomet ou du Christ. Dans 
l'Egypte antique, Ramsès III ne fait-il pas don aux divinités 
de Memphis de 15.110 paires de sandales en papyrus ? (12). 



(1) Rev. arch., 1902, 41, p. 249, note 1. 

(2) Cumont, Textes et monuments relatifs aux mystères de Mithra, I, p. 349, 
note 2. 

(3) Lang, Mythes, p. 523. 

(4) Reinach, Observations sur le mythe d'Iphigénie, Rev. des et. grecques, 
1915, p. 1 sq. 

(5) Cf. Lang, op. I, p. 518 ; Hubert et Mauss, Essai sur la nature et la fonc- 
tion du sacrifice (Mélanges d'hist. des religions), 1909, p. 41 ; Frazer, Golden 
Bough, II, p. 145, 198. 

(6) Collin de Plancy, Dict. infernal (6), 1863, p. 189, s. v. Crapaud ; Bodin, 
De la démonomanie des sorciers, éd. 1587, p. 190. 

(7) Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux, 1914, LXIX, n° 1042, p. 746, 
n° 1405, p. 36. 

(8) Ex. statuette d'Apollon de Delphes, du VI e siècle, Bulletin de Corres- 
pondance hellénique, 1896, p. 603, etc. 

(9) Cf. le mémoire de Baudouin, Les sculptures et gravures de pieds humains 
sur rochers, 1914 ; cf. Rev. hist. des religions, LXXI, 1915, p. 152 sq. 

(10) Mon article, Le pied divin en Grèce et à Rome, in L'Homme préhistorique, 
1913, p. 241 sq. 

(11) Ibid., p. 248. 

(12) Cf. Joret, Les plantes dans l'antiquité et au moyen âge, I, p. 199. 



Bulletin bibliographique 



Ethnographie générale et comparée 

Capitan (D r ) et Peyrony (D.). — Les origines de Vart à Vauri- 
gnacien moyen, Nouvelles découvertes à la Ferrassie, in Revue Anthro- 
pologique, 1921, pp. 92 sq. — La suite des fouilles de la Ferrassie 
a apporté à l'étude des origines de l'art une contribution d'un 
intérêt capital. C'est d'abord un fragment de statuette rappelant 
celles de Brassempouy, trouvé ans les couches des pointes à base 
fendue, puis une abondante série de gravures et de peintures 
étagées dans les diverses couches de l'aurignacien moyen. Beaucoup 
sont intelligibles ou plutôt les dessins des fouilleurs les font com- 
prendre. On y reconnaît des animaux diversement entremêlés et des 
signes divers. A signaler également quelques pierres à cupules. 

Nopcsa (Fr. Baron). — Zur Genèse der primitiven Pflugtypen, 
in Zeitschrift fur Ethnologie, 1919, pp. 234 à 242. — C'est un essai 
intéressant de classification des types de la charrue ancienne. Le 
baron Nopcsa distingue deux types fondamentaux. Le premier com- 
porte deux pièces, l'une servant à la fois de manche et de soc, 
l'autre de timon ; elles se raccordent sous un angle se rapprochant 
plus ou moins de l'angle droit ; le dédoublement du manche, du 
soc, l'adjonction de pièces d'assemblage, du couteau et de la roue 
déterminent des sous-types classés généalogiquement. Le deuxième 
type comporte une seule pièce essentielle recourbée ; la branche 
longue est le timon, la branche courte le soc ; le dédoublement du 
timon et du soc, l'adjonction du manche, du couteau et des pièces 
d'assemblage déterminent les sous-types. Au premier type appar- 
tiennent diverses charrues égyptiennes et les charrues des pays 
slaves ; au deuxième d'anciennes charrues italiques, grecques et 
méditerranéennes. 

Kalliepe (Hilmar). — Rad, Hammer und Schwert auf Sachsens 
Steinkreuzen, in Zeitschrift fur Ethnologie, 1921, pp. 68 sq. — 
M. H. Kalliepe a entrepris une étude sur les croix de pierre pour 
laquelle il a rassemblé déjà d'importants matériaux. En voici un 
nouveau chapitre. Ces croix de pierre, dressées par le christianisme, 
l'ont été à des lieux où des pratiques séculaires, souvent reli- 
gieuses, attiraient les hommes, en particulier aux places d'assemblée. 
Les symboles des anciennes croyances se sont attachés aux monu- 
ments nouveaux. Les croix saxonnes portent souvent l'image 
d'une roue ou d'un marteau. L'épée est le symbole de Ziu ; la 
roue, celui de Wotan ; le marteau, celui de Donar. 

ETHNOGRAPHIE 21 



822 BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE 

Behn (Fr.). — Hausurnen Beitrœge zur prœhistorischen Religion, 
in Archiv fur Anthropologie, t. XVIII, 1920, pp. 35 à 48. — L'urne 
cabane est une application de l'une des conceptions universelles 
de la sépulture : la sépulture maison du mort ; c'est ce que nous dit 
M. Behn. Il étudie les urnes cabanes de l'Allemagne orientale, 
celles de l'Italie et quelques autres de l'Europe centrale avec 
l'érudition bibliographique qui lui est habituelle. Il ne voit aucun 
rapport historique entre les divers groupes que rapproche son 
étude. Il pose en passant quelques questions sur la communication 
de l'âme avec le dehors, le repas funéraire, mais il n'épuise pas 
encore le sujet. 

Zaborowski (S.). — Les dons votifs, in Bulletin de la Société 
d'Anthropologie de Paris, 1920, pp. 108 à 116. — A propos des 
géants de bois où les Allemands et les Autrichiens se sont amusés 
à planter des clous pendant la guerre, M. Zaborowski passe en 
revue ce que nous savons de l'usage religieux des clous. 



Henri Hubert. 



* 
* * 



Boule (Marcellin). — Les hommes fossiles, éléments de paléon- 
tologie humaine, Paris, Masson, 1921, gr. in-8, XI et 492 pages 
(avec 239 figures dans le texte et hors-texte). — Bien que ce remar- 
quable monument élevé par M. Marcellin Boule à la connaissance 
de l'homme primitif n'appartienne pas proprement au domaine 
ethnographique, il ne serait pas permis à cette Revue de le passer 
sous silence, d'une part en raison de sa très haute valeur scien- 
tifique, d'autre part parce qu'il n'est guère possible à un ethno- 
graphe de ne point se tenir au courant de ce que l'on peut savoir 
sur les origines de l'homme et sur les êtres qui ont constitué les 
premières sociétés humaines. Or, pour être renseigné à cet égard, 
on ne saurait puiser à meilleure source que dans le très bel ouvrage 
de M. Boule. Il n'est pas seulement un exposé fidèle, sincère et 
complet de toutes les découvertes qui ont été faites en matière de 
paléontologie humaine ; il montre de plus, avec une originalité 
puissante, une haute indépendance d'esprit, un style lumineux 
et prenant, et j'ajouterai avec un merveilleux bon sens qui fait 
parfois défaut à de grands savants, tous les résultats qui raisonna- 
blement découlent de l'étude approfondie de ces découvertes. 
Pour ce qu'il y a à dire de ce livre au point de vue technique, je 
renverrais volontiers nos lecteurs aux comptes rendus qui en ont 
été donnés par M. Paul Rivet dans V Anthropologie (tome XXX, 
pp. 588 à 599) et par M. Joleaud dans la Revue générale des sciences 
(n° du 15 février 1921). 

Derendinger (Commandant). — L'inventaire ethnographique 
et linguistique de notre domaine colonial, in Revue des troupes colo- 
niales, janvier-février 1921, pp. 21 à 33. 

Maurice Delafosse, 



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE 323 



Traditions populaires 

Journal of American Folk-Lore, n° 180, oct.-déc. 1920. — Ce 
fascicule du Journal of American Folk-Lore est uniquement consa- 
cré au folklore du Canada Français. Il comprend : 

1° Des Formulettes; rimettes et devinettes du Canada, de M. E. Z. 
Massicotte, p. 299 ; le plus gros paquet est fourni par les formu- 
lettes de jeux ; 

2° Des chansons du bourg de Percé (Songs jrom Percé, p. 821), 
par M. Loraine Wyman ; 

3° Des Chansons et rondes de Laprairie, par M. Gustave Lanctôt, 
dont M. C.-M. Barbeau a recueilli la musique ; 

4° Un article de M. C.-M. Barbeau : Blason, géographie et 
généalogie populaires de Québec, p. 316 ; il s'agit de surnoms et de 
noms, noms d'hommes et noms de lieux ; 

5° 15 planches de photographies du terroir canadien. 

Un grand nombre de ces dictons et de ces chansons nous sont 
familiers. Beaucoup portent leurs dates, les chansons de la Révo- 
lution par exemple (p. 327). C'est une branche lointaine, mais 
bien conservée, de notre folklore national que nos amis canadiens 
nous font connaître avec une minutie de bon aloi. 

Saintyves (P.). — Vorigine de Barbe Bleue, in Bévue de l'His- 
toire des Beligions, 1921, I, pp. 1 à 31. — M. Saintyves ramène 
toute la légende de Barbe Bleue au thème caractéristique de la 
chambre interdite, puis il le compare à d'autres types de légende 
où figure ce thème et en particulier à celui de V Apprenti magicien. 
L'apprenti magicien viole également le secret d'une chambre 
interdite ; il doit prendre la fuite, aidé par des objets magiques 
qu'il y trouve et par le bénéfice de l'enseignement reçu. Toutes 
ces légendes seraient bâties sur des rituels d'initiation. Les ultimes 
secrets sont interdits à l'initié avant un stage final où leur commu- 
nication a pour suite la mort, dernière épreuve avant la résurrec- 
tion. Mais où ces rituels d'initiation ont-ils été pratiqués ? Où la 
légende les a-t-elle suivis ? M. Saintyves élude la question ou 
plutôt sa réponse est toute faite : la légende n'a pas de patrie et les 
rites en question sont universels. M. Saintyves prend la place 
du regretté Cosquin, mais il ne se met pas au même point de vue. 



Henri Hubert. 



* 
* * 



Deonna (Waldemar). — Sauriens et batraciens, in Revue des 
études grecques, tome XXXI, 1919, n 09 146-150, pp. 132 à 148, et 
tirage à part, Paris, Leroux, 1921, 17 pages, 2 figures. — A propos 
de représentations figurées de sauriens et de batraciens sur des 
objets d'art de diverses époques, l'auteur étudie le rôle joué par 
ces animaux dans les traditions populaires des anciens et des 



324 BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE 

modernes et notamment le caractère infernal et androphage qui 
semble leur être souvent attribué. 

Brandstetter (Renward). — Wir Menschen der indonesischen 
Erde (I. Die indonesische und die indogermanische Volksseele. Eine 
Parallèle auf Grund sprachlicher Forschung), Luzern, E. Haag, 1921, 
in-8, 21 pages. — Il est toujours intéressant et fort instructif d'étu- 
dier les idées des hommes à travers les formes sous lesquelles ils les 
expriment. C'est à une étude de ce genre que s'est livre M. Brands- 
tetter, dans le but de comparer la mentalité des Indonésiens à 
celle des Indo-Européens, et il a commencé par rechercher la 
conception populaire que les uns et les autres se font de l'âme, en 
analysant les différents termes par lesquels ils la désignent ainsi 
que ses divers aspects. Ce curieux essai vaut d'être signalé, en un 
temps où l'on s'aperçoit de plus en plus des ressources que peut 
procurer la linguistique pour la connaissance profonde des civi- 
lisations. 

Maurice Delafosse. 



Europe 

Picard (Ch.). — L'ancien droit hellénique et la vendetta alba- 
naise, in Revue de l'histoire des Religions, 1920, I, pp. 260 sq. 

Bugiel (H.). — Un rite agricole en Pologne, in Bulletin de la 
Société d'Anthropologie, 1920, pp. 10 sq. — C'est la cérémonie 
d' « habilitation » du jeune faucheur; elle se compose d'épreuves, 
de brimades, de ripailles, au cours desquelles le principal intéressé 
reçoit le nom de loup. M. Bugiel rapproche ces pratiques de celles 
du compagnonnage et, d'une façon plus pressante, des pratiques de 
l'initiation. A mon avis, la cérémonie est un peu plus complexe. 
On nous dit qu'elle se passe à la veille d'une fête et toujours en 
pleine période de travail ; il est probable que les faucheurs polonais 
font jouer au nouveau le rôle de l'esprit de la végétation. 

M. Robert Mielke a fait, à la Société d'Anthropologie de Berlin, 
une très importante communication sur une forme bien connue de 
village allemand. On le lira dans le fascicule II-III de la Zeitschrift 
fur Ethnologie de 1920-21, pp. 279 sq. Il s'agit du village rond, le 
Rundling, bâti autour d'une place plus ou moins grande. C'est une 
opinion communément répandue, consacrée par Meitzen, que ce 
type de village est slave. Et cependant beaucoup de ces villages 
ne portent pas de noms slaves et ont des terres organisées sur un 
modèle tout à fait germanique. M. Robert Mielke s'attache d'abord 
à bien définir le type. Une bonne définition apporte toujours quelque 
lumière. De celle de M. Mielke ressort que l'extension des villages 
ronds n'est pas exactement celle que l'on avait dite ; elle n'est pas 
bornée au limes sorabicus ; elle s'étend vers l'Ouest. Il en résulte 
encore que le type du village rond est un type particulier d'un 
genre plus étendu, qui comportait au centre du village un espace 



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE 



325 



libre, un pâturage commun et, tout autour, les maisons du groupe, 
type de village parfaitement approprié à une communauté pasto- 
rale. M. Miclke suppose que ce type de village correspond à l'exten- 
sion des Sucves, qui des bords de la Baltique, entre Elbe et Oder, 
ont gagne l'Allemagne centrale et la vallée du Rhin. Une partie des 
villages suèves auraient été occupés par les Slaves. 



Henri Hubert. 



* 
* * 



Sundelin (U.). — Om stenalders folkets och sjœnœlens iuvandring 
till smœlandska hœglandet (de l'immigration des peuples de l'âge 
de pierre et des macres flottantes sur les plateaux du Smaland), 
in Ymer, 1920, n° 2-3, pp. 131-195, 12 figures et une biblio- 
graphie. 

Armstrong (E. C. R.). — National Muséum of science and art, 
Dublin. Guide of the collection of Irish antiquities. Catalogue of 
Irish gold ornaments in the collection of the Royal Irish Academy, 
Dublin, 1920, IV et 104 pages, 19 planches. 

Armstrong (E. C. R.). — Two Irish finds of glass beads of the 
Viking period, in Man, may 1921, n° 40, pp. 71-73, 2 fig. — Il est 
intéressant de comparer les perles irlandaises de l'époque des 
Vikings, décrites et représentées dans cet article, avec certains 
types de perles de verre, dites aggry ou aigris, provenant d'ancien- 
nes sépultures de l'Afrique Occidentale. 

Ault (Norman). — Life in ancient Britain, a survey of the social 
and économie development of the people of England from earliest 
times to the Roman conquest, London, Longmans Green and Co., 

1920, in-8, XIV et 260 pages, nombreuses illustrations. 

Bugiel (D r ). — La Pologne et les Polonais, Paris, Bossard, 

1921, in-12, 390 pages et 1 carte hors texte. — La première partie 
de l'ouvrage est la plus importante pour l'ethnographie. 

Réau (Louis). — Uart russe des origines à Pierre le Grand, 
Paris, Laurens, 1921, in-8, XI et 387 pages, 104 planches et 4 
cartes. — Cet ouvrage, publié sous le patronage de Y Institut 
d'études slaves de Paris, étudie la naissance et l'évolution première 
des manifestations artistiques de la Russie méridionale (art gréco- 
scythe), de la région de Kiev et de Novgorod (art byzantin) et de 
celle deJVIoscou (art moscovite). Il est accompagné d'un lexique 
archéologique, d'une bibliographie et d'un index. J? 

M/D. 



326 BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE 



Asie antérieure 

Bouvat (Lucien). — Le droit coutumier des tribus bédouines de 
Syrie, in Revue du monde musulman, vol. XLIII, février 1921, 
pp. 27 à 45. — D'après une brochure publiée à Constantinople, 
un peu avant la guerre, sous le titre de Ousoûl-i- c Achâïr, par 
Ahmed Nazef, ancien inspecteur des services judiciaires pour 
Beyrouth et la Syrie, M. Bouvat nous entretient des principes 
du droit coutumier en usage parmi les Bédouins de la Syrie, du 
châtiment des meurtriers et de leurs complices, des ordalies et des 
serments judiciaires, du prix du sang, du rapt des femmes, des 
razzias et de leurs conséquences, etc. 

M. D. 



Extrême-Orient 

Hershey (A. -S. and S.-W.). — Modem Japan: social, industrial, 
political, Indianapolis, Bobbs-Merrill Co., 1919, in-12, 8 et 382 
pages. — Les auteurs tracent un tableau, qui semble sincère et 
consciencieux, de l'état actuel de la civilisation japonaise. A signa- 
ler les pages consacrées à la famille, à la condition de la femme, 
aux religions. 

M. D. 



Océanie mélano-polynésienne 

Detzner (Hermann). — Vier Jahre unter Kannibalen von 1914 
biszum Waffenstillstand unter deutscher Flagge im unerjorschten 
Innern von Neuguinea, Berlin, August Scherl, 1921, in-8, 338 
pages, 9 fig. et 1 carte. — Au milieu du récit d'aventures person- 
nelles, on trouvera dans le livre du capitaine Detzner des obser- 
vations intéressantes sur les populations cannibales de la Nouvelle - 
Guinée orientale. 

Wirz (D r P.). — Ethnographiecke Skizzen aus Hollaendisch Sùd- 
Neu-Guinea, in Mitteilungen der Ostschweiz geogr. komm. Gesell- 
schaft, Saint-Gallen, 1920, pp. 28 à 50, 4 fig. et 1 carte. — Etude des 
Tugeri chasseurs de têtes et de leurs croyances et cérémonies 
magico-religieuses. 

The Journal of the Polynesian Society, vol. XXIX, New-Ply- 
mouth (New-Zealand), 1920, in-8, XI et 225 pages. — Parmi les 
nombreux et très intéressants articles de ce recueil consacrés à 
l'ethnographie et au folklore des populations polynésiennes, on 
peut citer les suivants : Te Ariki-tara-are, History and tradi- 
tions of Rarotonga, translated by S. Percy Smith (pp. 1 à 19, 45 à 
69, 107 à 127 et 165 à 188) ; The Polynesians in San Cristoval, 



BULLETIN mm.lCXJHAI'IlIQlïK 



327 



Solomon islands (pp. 22 à 23) ; Hare-iiongi, The gods of Maori 
worship sons of light (pp. 24 à 28) ; Story of the race of people called 
ihe Menchunes, of Kauai, a Hawaiian tradition, translatée! by 
Th. G. Thrum (pp. 70 à 73) ; Banafa, An old tradition from Raka- 
hanga island (pp. 88 à 90) ; H. Beattie, Traditions and legends 
collected from the natives of Murihiku (Southland, New-Zealand), 
(pp. 128 à 138 et 189 à 198) ; Te Haupapa-o-Tane, Io, the suprême 
god, and other gods of the Maori (pp. 139 à 143) ; S. -P. Smith, 
Clairvoyance among the Maoris (pp. 149 à 161). A signaler aussi : 
S. -H. Ray, Polynesian languages of the Santa-Cruz Archipelago 
(pp. 70 à 86 et 207 à 214). 

M. D. 



Amérique 



Jijon y Caamano (J.). — Los tincullpos y notas acerca de la 
metalurgia de los aborigènes del Ecuador, in Boletin de la Academia 
naçional de historia, Quito, vol. I, n° 1, juillet-octobre 1920, pp. 4 
à 43, 8 planches, bibliographie. — Le Boletin de la Academia 
naçional de historia a remplacé, à partir de 1920, le Boletin de la 
Sociedad Ecuatoriana de estudios historicos americanos. 

Humbert (Jules). — Histoire de la Colombie et du Venezuela 
des origines jusqu'à nos jours, Paris, Félix Alcan, 1921, in-4, 216 
pages et 1 carte. — Il convient de signaler le livre I, consacré aux 
populations indigènes (Caraïbes, Guaraunos, Tamanacos, Goajires, 
Quimbayas, Muyscas). 

Rivet (P.) et Tastevin (C). — Les tribus indiennes des bassins 
du Purus, du Jurua et des régions limitrophes, in La Géographie, 
XXXV, n° 5, mai 1921, pp. 449 à 482 (avec une carte linguistique 
hors texte et un index bibliographique). — Grâce aux observations 
faites par le Père Tastevin pendant neuf années de résidence en 
Amazonie, il est devenu possible de dresser la carte ethnogra- 
phique et linguistique de la région arrosée par le Jurua et le Purus ; 
auparavant, nous n'avions une documentation sérieuse qu'en ce 
qui concerne le bassin de la seconde de ces rivières. Les auteurs 
énumèrent, dans l'ordre alphabétique des noms qu'on leur donne, 
les quelque quatre-vingt-dix tribus ou sous-tribus de la région 
étudiée, donnant pour chacune d'entre elles des indications som- 
maires sur son habitat, son apparentement, son dialecte, et des 
détails plus circonstanciés sur les principales ou les moins connues. 
Passant ensuite de l'analyse à la synthèse, ils montrent qu'en 
dehors de quelques unités aberrantes ou difficiles à classer avec 
certitude, ces nombreuses tribus se répartissent, d'après leurs 
parlers, entre trois grands groupes : pano, J uirawak et katukina ; 
ce dernier, spécial à une bande de terr-'a dont l'axe serait la 
Jurua, ne leur apparaît que comme provisoire et devant être 
« fusionné tôt ou tard avec un autre groupe déjà constitué ». Ce 
travail, extrêmement méthodique et consciencieux, est destiné à 



328 BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE 

rendre de très importants service à tous ceux qui s'occupent de 
l'ethnographie et de la linguistique des populations indigènes de 
l'Amérique du" Sud. 

Maurice Delafosse. 

Afrique orientale 

Puccioni (Nello). — Studi sui materiali e sui dati antropologici 
ed etnografici raccolti dalla missione Stefanini-Paoli nella Somalia 
italiana méridionale, extrait de Archivio per Vantropologia e la 
etnologia, Vol. XLVII, 1917, e Vol. XLIX, 1919 ; Florence, 1920, 
in-8, 333 pages. 

Le docteur N. Puccioni, auteur de recherches antérieures sur 
les Somali, a élaboré avec le plus grand soin les matériaux rappor- 
tés par MM. Stefanini et Paoli (mesures, ossements, silex taillés, 
objets modernes). 

Les mesures qui fournissent le fond de l'ouvrage ont été l'objet 
d'érudites comparaisons avec les données jusqu'à présent connues 
tant sur l'Afrique orientale que sur l'Arabie. 

Il est maintenant bien établi que les Somalis sont répartis en 
trois groupes physiquement distincts, et d'ailleurs distingués par 
les généalogies indigènes : les Sab, à nombreux traits négroïdes, 
sont groupés entre le Webi Ganana à l'Ouest et les abords du 
Webi Chebeli à l'Est ; les Hawiya, intermédiaires par leurs carac- 
tères entre les Sab et les Hadji, dont il va être question ensuite, 
sont compris entre les abords du Webi Chebeli (qu'ils débordent 
un peu à l'Ouest) et la côte, leur limite Nord étant au Ras Garad ; 
le reste, c'est-à-dire la plus grande partie de la corne orientale de 
l'Afrique jusqu'à la longitude de Harrar, est peuplé par un élé- 
ment auquel M. Puccioni donne le nom de Hadji (Heggi), avec les 
subdivisions principales Dir et Darod : ce sont les Somali à type 
« fin », à nez droit, de très grande taille, à mollet relativement 
développé. 

M. Puccioni formule nettement, quoique avec prudence, les 
conclusions auxquelles ses études l'ont conduit : l'élément grossier 
des Sab serait sensiblement la race ancienne de la Somalie, l'élé- 
ment fin devenu ensuite prépondérant résulterait du 'croisement 
de cette race avec des éléments arabes immigrés. 

Cette opinion, que des recherches ultérieures peuvent fortifier, 
mais aussi infirmer, a le défaut d'une vue partielle, résultant de 
documents partiels : il serait naturel de ne pas conclure au sujet 
des origines dans une étude sur des mesures de Somali d'une part, 
d'auxiliaires arabes d'autre part, où les Galla et les Danakil ne 
sont pas envisagés en même temps : en effet, il y a là un bloc à 
considérer d'ensemble. 

En tous cas, cet ouvrage consciencieux restera utile et on ne 
pourra pas s'occuper des Somali sans y recourir. 

Conti Rossini (Carlo). — Ueditto di ras Gugsa sui jeudi, in-8, 
6 pages ; extrait de La Rassegna coloniale, rivista di dottrina, 



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE 329 

lcgislazione e giurisprudcnza délie colonie d'Africa e d'Orienté, 
l re année, fascicule 1, janvier 1921, à Tripoli. — M. Conti Kossini 
marque utilement, par l'exemple d'un acte de gouvernement au 
milieu du xix e siècle, combien l'attribution de territoires en fiefs, 
a, dans le droit abyssin, un caractère précaire. 

Conti Rossini (Carlo). — La citta di Deire e i due laghi di Strab. 
XVI, 14, in-8, 8 pages ; extrait de Rendiconti delV Accademia 
dei Lincei, Vol. XXIX, Nov. 1920. — On trouve des traces de 
colonisation sudarabique à l'endroit où l'intervalle est le plus 
étroit de la côte d'Afrique à celle d'Arabie (entre Assab et 
Djibouti). Il en résulte la preuve, aussi utile pour la linguistique 
que pour l'ethnographie, que la sémitisation de FAbyssinie ne 
s'est pas faite uniquement par la voie du Nord (Adulis-Axoum). 

Marcel Cohen. 



Afrique occidentale et centrale 

Marty (Paul). — Tableau historique de Cheikh Sidia, in Bulletin 
du Comité d'études hist. et scient, de VA. 0. F., janvier-mars 1921, 
pp. 76 à 95. — Sous ce titre, M. Marty nous donne la traduction 
d'un opuscule rédigé en arabe par Cheikh Sidia, célèbre et savant 
personnage de la Mauritanie, et traitant de l'histoire de son pays. 
On y relèvera quelques indications intéressantes sur les preuves 
de l'occupation ancienne par les Noirs de la région actuellement 
habitée par les Maures et sur l'origine canarienne de certaines 
familles de Mauritanie. 

Le même. — Etudes sur VIslam et les tribus maures : les Brakna 
(l re partie), Paris, Editions Leroux, in-8, 204 pages, 3 fig. (forme 
le volume XLII, décembre 1920, de la Revue du monde musulman). 
— Cette monographie historique et religieuse de l'une des prin- 
cipales tribus de la Mauritanie fait pendant à l'ouvrage du même 
auteur, paru en 1919, sur L'émirat du Trarza. Elle présente une 
égale importance et offre un intérêt analogue. 

Gaden (H.) et Verneau (D r R.). — Stations et sépultures néoli- 
thiques du Territoire Militaire du Tchad, in V Anthropologie, tome 
XXX, 1920, pp. 513 à 543, 16 fig. 

M. Gaden eut l'occasion, en 1906, de pratiquer des fouilles à 
Yao, près du lac Fittri, dans un gisement renfermant des instru- 
ments en pierre polie. Au dessous d'une couche sablonneuse de 
l m ,50 de profondeur, ne renfermant aucun débris d'industrie ni 
aucun ossement, il rencontra une tranche de terre dure et compacte, 
épaisse de 25 à 30 centimètres, où se trouvaient des fragments de 
charbon, quelques arêtes de poisson, des écailles d'une grande 
tortue d'eau douce, d'innombrables tessons de poterie et enfin des 
outils néolithiques. A la base gisaient trois squelettes humains, 
dont les crânes, apportés au Muséum de Paris, furent étudiés par 
M. le D r Verneau. Il résulte des observations faites par ce dernier 



330 BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE 

que les individus auxquels ont appartenu ces crânes remontent 
à la période du Néolithique africain. Ils présentent des caractères 
anthropologiques extrêmement curieux : par la boîte encéphalique, 
ils ne se distinguent pas des populations soudanaises actuelles, non 
plus que des Arabes ni des Néolithiques dolichocéphales de France ; 
mais la face, par sa largeur démesurée et les proportions des orbites, 
rappelle la face des Mongols, tandis qu'elle s'éloigne aussi bien de 
celle des Nègres que de celle des Arabes et de celle des Néolithique» 
dolichocéphales de France. « Nous n'hésiterions pas, écrivent les 
auteurs du mémoire, à faire de nos Néolithiques de Yao une race 
à part, si les documents dont nous avons disposé pour cette étude 
avaient été en nombre suffisant et en meilleur état de conserva- 
tion ». Il est à souhaiter que d'autres fouilles exécutées dans la 
même région viennent permettre aux anthropologistes de se pro- 
noncer définitivement sur une question qui, à première vue, pré- 
sente un très vif intérêt. 

Cardin all (A. W.). — The natives of the Northern Territories 
of the Gold-Coast : their customs, religion and folklore, London, 
George Routledge and Sons, 1920, in-8, 158 pages. — Les rensei- 
gnements fournis par l'auteur sur les civilisations des populations 
septentrionales de la colonie britannique de la Côte d'Or, popu- 
lations qui appartiennent dans leur ensemble au groupe voltaïque 
(type mossi et type gourounsi), viennent s'ajouter d'heureuse 
façon à l'abondante documentation rassemblée par M. Tauxier sur 
les peuples de même souche du territoire français dans son Noir 
du Soudan et son Noir du Yatenga. Il ressort des indications que 
nous fournit M. Routledge sur la religion de ces populations que 
la Terre occupe une place prédominante dans leurs préoccupations 
tant religieuses que civiles et que son culte se trouve très intime- 
ment mêlé à celui des ancêtres. 

Prouteaux (M.). — Premier coup d'œil sur la religion Séné, in 
Bulletin du Comité d 'études historiques et scientifiques de l'Afrique 
Occidentale Française, 1921, n° 2 (avril-juin), pp. 225 à 251, 6 
figures. — Ce mémoire constitue une excellente monographie des 
croyances religieuses et du culte d'une population soudanaise 
connue sous les noms de Séné, Siéna et Sénoufo, et particulière- 
ment de celles de ses tribus habitant les cantons du Ténéouré, 
du Kadlé et du Niéné (subdivision de Boundiali, Côte d'Ivoire). 
L'auteur y fait preuve des qualités d'observation scrupuleuse 
et de conscience qui caractérisent toutes ses contributions à l'ethno- 
graphie ouest-africaine. Il décrit avec précision et détail les curieux 
bois sacrés qui jouent un si grand rôle dans la religion des Séné 
et nous renseigne avec abondance sur l'initiation, sociale plutôt 
que religieuse, à laquelle sont soumis, durant trois cycles de plus 
de six ans chacun, tous les jeunes hommes de chaque village ; 
cette coutume fort originale avait été signalée déjà, notamment 
par moi-même (Le peuple Siéna ou Sénoufo, in Revue des études 
ethnographiques et sociologiques, 1908), mais nous ne possédions 
jusqu'à présent que des lueurs sur la nature, le but et le fonction- 
nement de l'institution, qui est l'une des plus curieuses et des 



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE 831 

moins connues de l'Afrique Noire. Grâce à M. Prouteaux, nous 
commençons à y voir clair et il convient de le féliciter du résultat 
de ses patientes recherches. 

Laplagne (Père F.). — Coutumes kissiennes au sujet des malades 
et des morts, ibid., pp. 268 à 272. — Bonne description de coutumes 
en usage chez les Kissi ou Kissiens de la Guinée Française (cercles 
de Kissidougou et de Guékédou). 

Tauxier (L). — Etudes soudanaises. Le Noir de Bondoukou : 
Koulangos, Dyoulas, Abrons, etc., Paris, Editions Ernest Leroux, 
1921, gr. in-8, XII et 771 pages, XXIV planches hors texte. 

Il faudrait beaucoup plus de place que je n'en dispose pour 
analyser comme il le mérite cet ouvrage bourré de faits, qui 
représente un labeur considérable et fait le plus grand honneur à 
son auteur. M. Tauxier discute les opinions de ses devanciers, 
peu nombreux d'ailleurs, avec une impartialité et un souci de 
l'exactitude qu'il convient de louer. Il ajoute surtout beaucoup 
aux données que nous possédions auparavant sur le sujet de son 
nouveau travail. 

L'histoire de Bondoukou et du royaume abron est traitée avec 
ampleur. Quelques-unes des conclusions de M. Tauxier sur la 
priorité dans le pays de tel ou tel élément ethnique et sur ses 
origines pourront être l'objet de redressements, mais, dans l'ensem- 
ble, il ne saurait être dit désormais sur la matière beaucoup de 
choses nouvelles présentant un réel intérêt. 

Ce qu'il me faut signaler ici plus particulièrement, ce sont les 
chapitres consacrés à chacune des nombreuses populations, très 
variées, qui cohabitent dans le Nord-Est de la colonie de la Côte 
d'Ivoire et dont l'auteur nous donne d'exceljentes monographies : 
les Koulango, les Dyoula ou Dioula, les Abron, les Gbin et Gouro, 
les Nafana, les Huéla, les Noumou. lesDégha, lés Siti. Les croyances 
et pratiques religieuses ont été étudiées de haut, objectivement, 
et l'importance de la divinité Ciel ou Atmosphère et de la divinité 
Terre a été parfaitement mise en relief. 

Une série de 28 appendices (pages 417 à 768) fournit quantité 
de renseignements curieux d'ordre historique, ethnographique et 
surtout linguistique. Des vocabulaires abondants de langues jus- 
qu'ici peu connues, et même parfois totalement inconnues (comme 
le loron, le tégué, le béri) apportent aux linguistes une documen- 
tation dont ils sauront gré à M. Tauxier ; il est seulement regret- 
table que l'auteur n'ait guère recueilli que des mots et qu'un 
plus grand nombre de phrases simples ne permette pas une étude 
plus précise des systèmes grammaticaux. La comparaison de sim- 
ples vocabulaires, en effet, ne saurait suffire à la classification de 
parlers quelconques ; quant aux numérations, elles ne donnent à 
peu près aucun résultat à cet égard, pouvant facilement avoir 
donné lieu à des emprunts réciproques. 

Mais ce n'est point ici le lieu de me lancer dans une longue 
dissertation sur ce sujet. Je préfère me contenter de dire, en toute 
sincérité; que le dernier ouvrage de M. Tauxier est l'un des plus 



332 BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE 

importants qui aient été publiés sur les populations soudanaises 
et l'un de ceux où il sera le plus utilement puisé pendant fort 
longtemps. 

Maurice Delafosse. 



Afrique équatoriale et méridionale 

Martin (D r Gustave). — L'existence au Cameroun : études 
sociales, études médicales, études d'hygiène et de prophylaxie, Paris, 
Emile Larose, 1921, in-8, VIII et 534 pages, 17 cartes et plans, 
37 fig. en XVI planches. 

Œuvre d'un médecin désireux de voir assurer de meilleures con- 
ditions sanitaires aux habitants européens et indigènes du Came- 
roun, ce livre est avant tout d'ordre médical et, bien que s'adres- 
sant aux colons, aux administrateurs et aux officiers coloniaux 
plus encore qu'aux médecins, comme le fait observer M. le docteur 
Calmette dans sa préface, il intéresse principalement la protection 
de l'hygiène et de la santé publiques. Cependant l'auteur a étudié 
toutes les faces du problème qu'il avait entrepris de résoudre 
et il a eu garde de ne point en négliger l'aspect social, ainsi que 
nous en avertit le premier des trois sous-titres qu'il a donnés à 
son ouvrage. 

Aussi celui-ci a-t-il sa place marquée dans le bulletin biblio- 
graphique de cette Revue. Non seulement ceux qui s'occupent 
d'ethnographie africaine trouveront à y glaner d'utiles indica- 
tions sur les différents groupements, très variés, de la population 
du Cameroun, sur les conditions de la natalité, de la mortalité 
et de la morbidité des indigènes, mais ils y rencontreront en outre 
d'excellents éléments de documentation sur leurs croyances magico- 
médicales, leurs pratiques thérapeutiques et chirurgicales, l'accou- 
chement et l'avortement, la circoncision, la préparation et l'emploi 
des poisons, l'anthropophagie, le mariage considéré du point de 
vue physiologique, etc. Une table analytique des matières (pp. 523- 
527) facilite au lecteur la recherche de renseignements dispersés 
au cours des chapitres. 

Mathieu (Charles). — Petit vocabulaire français-boulou, Paris, 
Geuthner, 1921, in-18, 80 pages. — Les Boulou constituent l'une 
des fractions du sous-groupe bantou connu généralement sous les 
noms de Fang ou Pahouin. Ils habitent dans le Sud du Cameroun 
(circonscription d'Ebolowa) et le Nord de la Guinée espagnole. 
L'administrateur Mathieu a recueilli chez eux les éléments d'un 
vocabulaire où il a groupé les mots par ordre de matières et qui 
contribuera à faciliter l'étude d'un parler intéressant. 

Brauniioltz (H. J.). — A peculiar type of armlet, in M an, may 
1921, n° 37, pp. 65 à 67, 11 fig. — Description, extension, usage et 
origine d'un anneau de bras à ailettes observé chez les Massai et 
quelques tribus des districts du Kénia et du Kilimandjaro. 



Itl I.I.KTIN UIBLIOGRAPIUQI I. 

Kidney (Ella). — Native songs from Nyasaland, in Journal 
of the African Society, jan. 1921, pp. 116 à 126. 

Ferrand (G.). — Les Bantous en Afrique Orientale, in Journal 
asiatique, janvier-mars 1921, pp. 162 à 165. — L'auteur établit que, 
ai la côte orientale de l'Afrique a été mentionnée dès l'an quatre 
mille cent avant J.-C, dans les textes égyptiens memphitiques, 
sous le nom de Pwnt (Pount), et si l'appellation de zang ou xeng 
(Zendj), donnée aux Noirs qui l'habitent, peut être retrouvée dans 
Ptolémée, les premières indications sur la langue parlée par ces 
derniers remontent au x e siècle de notre ère. Dans ses Prairies d'or 
(943), Massoudi cite des mots employés par les Zang qui appar- 
tiennent certainement à un parler bantou ; d'autres vocables, 
rapportés aux deux siècles suivants par Birouni et Edrissi, donnent 
lieu à une semblable constatation. 

Smith (E. W.) and Dale (A. M.). — The Ila-speaking people» 
of Northern Rhodesia, London, Macmillan, 1920, 2 vol. in-8, 423 et 
433 pages. — Très intéressante contribution à la connaissance 
d'un groupe de populations relativement peu étudié jusqu'à pré- 
sent. 

Maurice Delafosse. 




Membres nouveaux : 

Laval, Ramon A., sous-directeur de la Bibliothèque Nationale, 
Santiago, Chili. 

(244) Bourrilly, juge de paix, Rabat, Maroc. 

(245) Cazanove, médecin major des troupes coloniales. 

(246) Ruxton, Fitz Herbert, commissaire du Royaume-Uni au 
Cameroun Britannique, Buea, par Douala, Cameroun. 



Nécrologie. 

René Ciiudeau. — La Société Française d'Ethnographie a 
perdu l'un de ses membres de la première heure en la personne 
de René Chudeau, docteur ès-sciences, attaché au Muséum 
d'Histoire Naturelle, chevalier de la Légion d'honneur, décédé à 
Paris le 7 août 1921, à l'âge de 57 ans. Il s'était rendu célèbre par 
ses belles et nombreuses explorations dans le Sahara, le Soudan 
et la Mauritanie, qui ont contribué pour une large part à compléter 
et à préciser la géographie et la géologie de ces contrées africaines. 
Au cours de ses voyages, il avait observé les hommes et les choses 
et ses connaissances dans les domaines préhistorique et ethno- 
graphique étaient précieuses pour notre Société. 



Publications reçues par la Société Française d'Ethnographie 



Deonna, W., Sauriens et batraciens, extrait de la Revue des 
études grecques, Paris. Editions Leroux, 1921, in-8, 17 pages. — 
Hommage de l'auteur. 

Ferris, H. B., Anthropological studies on the Quichua and Machi- 
ganga Indians, New-Haven (Connecticut), Transactions of the 
Connecticut Academy of arts and sciences, volume 25, April 1921, 
in-8, 92 pages, 1 carte, 61 reprod. phot. et 4 tabl. anthropol. — 
Hommage de la Connecticut Academy of Arts and Sciences. 

Natuurkundig Tijdschrift voor Nederlandsch-Indie, Tomes 
LXXIV (1915)' et LXXV (1916). — Hommage de la Koninldijkc 
Natuurkundige V ereeniging de Batavia. 

Hespéris (Archives Berbères et Bulletin de l'Institut des hautes 
études marocaines), 1921, 1 er trimestre. — Hommage de la Direc- 
tion de l'enseignement du Maroc. 

University of California publications in American archœology 
and ethnology (don du Comité de l'Afrique Française) : 

Pope, Saxton T., The médical history of Ishi, vol. 13, n° 5, pp. 
175-213, plates 38-44, 8 text figs. (may 15, 1920). 

Moss, C.-R., Nabalai law and ritual, vol. 15, n° 3, pp. 207-342, 
plates 34-37 (oct. 28, 1920). 

Moss, C.-R., Kankanay cérémonies, vol. 15, n° 4, pp. 343-384 
(oct. 29, 1920). 

Cope, Leona, Calendars of the Indians north of Mexico, vol. 16, 
n° 4, pp. 119-176, 3 maps (nov. 16, 1919). 

Waterman, T.-T., Yurok geography, vol. 16, n° 5, pp. 177- 
314, plates 1-16, 1 fig. in text, 34 maps (may 31, 1920). 

Hooper, Lucile, The Cahuilla Indians, vol. 16, n° 6, pp. 815- 
380 (april 10, 1920). 

Radin, Paul, The autobiography of a Winnebago Indian, vol. 
16, n° 7, pp. 381-473 (april 15, 1920). 

Kroeber, A.-L., Yuman tribes of the Lower Colorado, vol. 16, 
n° 8, pp. 475-485 (august 21, 1920). 

Radin, Paul, The sources and authenticity of the History of the 
ancient Mexicans, vol. 17, n° 1, pp. 1-150, plates 1-17 (june 29, 
1920). 

Kroeber, A.-L., California culture provinces, vol. 17, n° 2, 
pp. 151-169, 2 maps (sept. 28, 1920). 

Journal de la Société des Américanisies de Paris (N. S.), tome xiii, 
fasc. i, 1921. (Echange). 



Table des matières de la deuxième année 




N" 

A. Notices et Mémoires. 

Robert Arnaud, Notes sur les Montagnards Habé des cer- 
cles de Bandiagara et de Hombori (Soudan Français). 

— Avec 14 flg. dans le texte 8 241 

Henri Basset, Quelques nouveaux contes berbères 5 26 

René Basset, Contes et légendes arabes 6 109 

» d° 8 315 

» Contes et légendes de la Grèce ancienne. ... 7 211 
Alfred Bastin, La légende des treize-nés de Trazegnies. . . 6 103 
Henri Cordier, Contribution à la bibliographie ethnogra- 
phique de la Chine (suite et fin) 5 56 

Emmanuel Cosquin, La dispute entre les libérateurs de la 

captive 5 41 

Gustave de Coutouly, Les populations de l'archipel des 

Bissagos 5 22 

Waldemar Deonna, Ciste funéraire de Cyrénaïque. — Avec 

1 planche hors-texte 5 18 

» A propos de bottes 8 319 

Joseph Desparmet, Contes maures recueillis à Blida 5 47 

» d" 6 138 

» d° 7 213 

Henri Galland, Les Babi (Afrique Equatoriale Française). 5 16 

Gustave Julien, Fate-dra ou fraternisation par le sang 

chez les Malgaches du Sud-Ouest. . . 5 1 

» Charmes thérapeutiques et séducteurs : 

les tabake. — Avec 3 fig. dans le 

texte et 1 pi. hors-texte 7 161 

Camille Le Barbier, Contes et légendes du pays des Bara 

(Sud-Ouest de Madagascar) 6 119 

D r Neveux, Le culte orthodoxe en Serbie du Sud (Macé- 
doine). — Avec 4 fig. dans le texte et 1 pi. hors-texte. 7 188 

D r Petit, Un cas d'adaptation 5 89 

Maurice Prouteaux, Le culte de Séké dans la basse Côte 

d'Ivoire 7 166 

P. Saintyves, Le Chat Botté, essai de folklore et d'ethno- 
graphie 6 81 

B. Comptes-rendus bibliographiques. 

Ethnographie générale et comparée (Maurice Delafosse).. 5 62 

» » .. 6 145 

» » .. 7 228 

» » .. 8 322 



,36 



TABLE DES MATIERES 



Ethnographie générale et comparée (René Basset) 

» (P. Saintyves) 

» (Henri Hubert) 

Traditions populaires (Paul Clavelin) 

» (G. Huet) 

» (P. Saintyves) 

» (Henri Hubert) 

» (Maurice Delafosse) 

Europe (Maurice Delafosse) 

» » 

» (Henri Hubert) 

Monde islamique (Maurice Delafosse) 

Asie antérieure (Maurice Delafosse) 

» » 

» » 

Asie centrale (M. D.) 

Inde, Indochine et Extrême-Orient (M. D.) 

» » 

» » 

Indonésie et Madagascar (M. D.) 

» » 

Australasie et Océanie mélano-polynésienne (M. D.) 

» ...... 

» » 

Amérique (Paul Clavelin) 

» (Maurice Delafosse) 

» » 

Afrique du Nord (Paul Clavelin) 

» (Henri Basset) 

» (Maurice Delafosse) 

» » 

» (René Basset) 

Afrique orientale (Marcel Cohen) 

» » , 

Afrique occidentale et centrale (Maurice Delafosse) 

» » 

» » 

» » 

Afrique équatoriale et méridionale (Maurice Delafosse) . . 



C. Réunions mensuelles. — Pages 71, 159 et 238. 

D. Publications reçues. — Pages 72, 239 et 334. 

E. Liste des membres. — N° 5, page 73. 

Membres nouveaux. — N° 6, page 160, et n° 8, page 333. 

Nécrologie. — N° 5, page 80, et n° 8, page 333. 

Erratum. — Dans le n° 7, la page numérotée 216 doit porter le n° 215 
et inversement. 



7 


225 


7 


225 


8 


321 


5 


62 


5 


62 


7 


229 


8 


323 


8 


323 


6 


148 


8 


325 


8 


324 


6 


149 


5 


64 


7 


236 


8 


326 


7 


237 


5 


64 


7 


287 


8 


326 


5 


65 


6 


150 


5 


65 


6 


150 


8 


326 


5 


65 


6 


150 


8 


327 


5 


66 


5 


67 


6 


151 


7 


229 


7 


231 


6 


152 


8 


328 


5 


70 


6 


152 


7 


285 


8 


329 


5 


71 


6 


156 


8 


332 



V Éditeur- Gérant : E. Larose. 



Rochefort-sur-mer. — Imprimerie Norbertine. 



REVUE D'ETHNOGRAPHIE 

ET DES TRADITIONS POPULAIRES 



Le service de la Revue est fait gratuitement aux membres 
effectifs de la Société Française d'Ethnographie (voir au 
verso de la première page de la couverture). 

Prix de l'abonnement pour les personnes qui ne sont pas 
membres effectifs de la Société Française d'Ethnographie : 
35 fr. par an. 

Prix de chaque numéro isolé : 9 fr. 50. 



La Revue d'Ethnographie et des traditions populaires paraît 
provisoirement quatre t'ois par an, à raison d'un numéro d'au 
moins 80 pages in-8° raisin par trimestre. Les membres de la 
Société sont invités à y collaborer sous la forme de mémoires ori 
ginaux de courte étendue, consacrés de préférence à des objets 
d'étude bien déterminés. Seuls pourront être acceptés les manus- 
crits dactylographiés ou très lisiblement écrits. Des dessins à la 
plume pourront y être joints, à condition de ne comporter que des 
traits noirs sur fond blanc, sans ombres portées au crayon ou au 
fusain, ni à l'encre épandue ; les numéros renvoyant au texte seront 
portés au crayon. Les photographies ne pourront être reproduites 
que dans la limite des ressources de la Société, à moins que les 
auteurs n'offrent de contribuer aux dépenses supplémentaires de 
reproduction. Provisoirement, il ne sera pas alloué d'honoraires 
ni fourni de tirages à part aux auteurs par la Société, mais ceux- 
ci pourront obtenir des tirages à part, à leurs frais, de l'éditeur de 
la Société, en en faisant la demande lors de l'envoi des manuscrits 
et en indiquant le nombre d'exemplaires qu'ils désirent recevoir. 

Il sera rendu compte dans la Revue de tout ouvrage se rappor- 
tant à l'ethnographie dont un exemplaire au moins aura été 
envoyé à la Société et de tout article d'ordre ethnographique paru 
dans un périodique dont le service sera fait à la Société. 



ADRESSER : 

1° les adhésions à la Société, les demandes de renseignements, 
les changements d'adresse et les publications et ouvrages dont on 
désire un compte rendu à M. Glavelin, secrétaire-archiviste, 61, 
rue de Bufïon, à Paris, V e ; 

2° les cotisations, dons, paiements et factures à M. Edmond 
Destaing, trésorier, 2, route de Ghoisy, à L'Hay-les-Roses, Seine 
(de préférence, pour les cotisations, sous forme de mandat-carte 
ou sous forme de mandat ou chèque libellé au nom personnel du 
Trésorier) ; 

3° les manuscrits et tout ce qui concerne la rédaction de la 
Revue ou le fonctionnement de la Société à M. Maurice Delafosse, 
secrétaire général, 54, rue Vaneau, à Paris, VII e ; 

4° les demandes d'abonnement, d'achat au numéro ou de tirages 
à part à M. Emile Larose, éditeur et dépositaire de la Revue, 
11, rue Victor-Cousin, à Paris, V e . 



A LA MEME LIBRAIRIE 



--Sénégal-Niger (Soudan Français). — 

ries d'études publiées sous la direction de 
■(. le Gouverneur Clozel. 
l re série : Le pays, les peuples, les langues, 
l'histoire, les civilisations, par Maurice Dela- 
fosse, administrateur en chef des Colonies, 
chargé de cours à l'Ecole Coloniale et à l'Ecole 
des langues orientales (1912) (Ouvrage cou- 
ronné par l'Académie Française), 3 vol. in-8°, 
80 illustrât, photogr. 22 cartes dont 1 carte 
d'ensemble au 1/5.000.000, l'ouvrage complet 

33 fr. 50 

Les Touaregs du Sud-Est. — L'Aïr. Leur 
rôle dans la politique saharienne, par le lieu- 
tenant Jean, de l'Infanterie coloniale, in-8° 
avec reprod. photogr. et cartes. 15 fr. 60 

Le Noir du Soudan. Pays Mossi et Gourou nsi, 
par Louis TAUXIER, administrât, des Colonies 
(1912), fort volume in-8° ... 15 fr. 60 

Le Noir du Yatenga. Mossis. Nioniossés, 
Samos, Yarses, Silmi-M( ssis, Peuls. Etudes 
soudanaises, par L. ïauxier, 1917. in-8° 

80 fr. 80 

Le Plateau Central Nigérien. Une Mission 
archéologique et ethnographique au Soudan 
français, par le capitaine L. Desplagnes ; 
236 reprod. photogr. et une carte en cou- 
leurs (1907), in-8° 15 fr. 60 

Atlas des cartes ethnographiques et admi- 
nistratives des différentes colonies du 
Gouvernement Général de l'Afrique 
Occidentale française (1911), in-4» 9 fr. 75 

Le Pays Mossi. — Le pays et les peuples de 
la partie centrale de la boucle du Niger, par le 
lieutenant L. Marc, de l'Infanterie coloniale, 
avec photogr. et cartes (1908), in-8 () 7 fr. 80 

L'ancien royaume du Dahomey. Mœurs, 
Religion, Histoire, par A. Lu HÉRISSÉ, admi- 
nistrateur des Colonies. 23 pi. hors texte, 
in-8o 15 fr. 60 

La Côte d'Ivoire. — Le pays, les habitants, 
par G. Joseph, licencié ès-sciences, adminis- 
trateur des Colonies, préface de M. le Gouver- 
neur Angoulvant (1917), in-8°, avec reprod. 
photogr. et cartes. . . . . . 10 fr. 40 

L'Afrique Equatoriale Française. Le pays. 
Les habitants. La colonisation. Les pouvoirs 
publics, par G. Bruel, administrateur en chef 
des Colonies, préface de M. Merlin, gouver- 
neur général, 1918. In-8° avec 186 reproduc- 
tions photogr., 33 diagrammes et 7 cartes 
dont 5 en couleurs S5 fr. 

Ce que tout Français devrait savoir sur 
nos Colonies, par MM. Ch. Regismanset, 
G. François, F. Rouget. 1919. In-16 avec 
gravures et cartes 5 fr. 



Étude anthropologique des populations 
des régions du Tchad et du Kanem, pai 

les D r * Gaillard et Poutrin [Extrait det 
Documents scientifiques de la Mission Tilho, 
tome 111). 1914, in-8° avec graphiques, carte 
et flg 7 fr. 3< 

Langues Sango - Banda - Baya - Mandjia, 

notes grammaticales, mots groupés d'ap 
sens, phrases usuelles, vocabulaire, par A. F. 
Eboué, élève breveté de l'Ecole Coloniale] 
administrateur des Colonies (1918), un vol. 
oblong cartonné 10 fr. 

L'Indochine sud-centrale. — Les Jungle, 
moï, par H. Maître; préface de M. S te] 
Pigiion, sénateur, ancien Ministre des Affaires 
Etrangères, cartes, 145 reproductions piiotc 
graphiques (1912) grand in-8°. . 32 fr. 5< 

Le Maroc. — Les Ressources de ses r 
Sa mise en valeur, par J. Goulven, sous-chef 
de bureau des services du Maroc, préface de 
M. A. Terrier, Directeur de l'Office du Pro- 
tectorat de la République Française au Maroc, 
avec 7 cartes. 32 reprod. phot. et 1 carte en 
couleurs ; in-8° 1 5 fr. 

La place de Mazagan sous la domination 
portugaise, 1503-1769, par J. Goulven, 
in-18 ; avec reproduct. photogr. 5 fr. SC 

Nomades et Sédentaires au Maroc, p 

M lle Suzanne Nouvel, licenciée ès-lettr 
préface de M. Augustin Bernard, professe! 
à la Sorbonne, avec 2 cartes hors texte, 191 
in-16 5 

La Société Marocaine. Etudes sociales, 
le D r Mauran, hi-8" illustré. . . 6 fr. 

Les réformes en Algérie et le statut d 
Indigènes, par Victor Piquet, 1919, in-1; 

4 fr. 

Chez les Maoris. — Tahiti et la Noi 
Zélande, notes de voyage, par Levaco 
cat, préface de Paul Pelliot, professi 
Collège de France (1912), avec 32 reprod 
photographiques, petit in-8° . . 5 fr. 2 

Cours d'ethnographie indochinoise, pn 

fessé aux élèves de l'Ecole supérieure 
culture et de sylviculture par le lieu 
colonel BoNiFAcy, membre de la 
d'anthropologie de Paris, correspondant ( 
l'Ecole française d'Extrême-Orient, in-8° av< 
fig 5 f 

Gouvernement général de l'Afrique Occ 
dentale Française (Bulletin du 
d'Etudes historiques et scientifiques de V. 
Occidentale Française). Abonnements : Frai 
Colonies : 16 fr. — Etranger : 18 fr. Prix d 
numéro : 4 fr. 50. 



Le catalogue général est envoyé franco sur demande 

Rochefort-sur-mer. — Imprimerie Norbertine. 



X.